interview

Jean-Marc Nollet (Ecolo): "Il faut élargir la bulle sociale"

©Kristof Vadino

En vue du prochain Comité de concertation, Jean-Marc Nollet plaide pour la réouverture encadrée de la culture, de l'horeca et l'élargissement de la bulle sociale.

Comme à son habitude, Jean-Marc Nollet a tout préparé. Sur ses notes couchées sur papier jaune, la brochure "Créons demain" dont le numéro de février est exclusivement consacré à la naissance du Centre Jacky Morael, le centre d'étude du parti Écolo. Le coprésident en appelle à son mentor pour affirmer que ce nouveau-né marque "un nouveau chapitre de l'histoire d'Écolo". Le quatrième, après les trois premiers théorisés en leur temps par Jacky Morael, rappelle Jean-Marc Nollet. "Entre 1980 et 1986, Écolo s'opposait à une série de dossiers, entre 1986 et 1999, on proposait des solutions, des idées, des concepts, des textes, ensuite, entre 1999 et 2018, on a travaillé à participer (au pouvoir, NDLR). Aujourd'hui, non seulement on participe, mais on oriente. C'est le cas avec le plan de relance et de résilience européen. Il y a 25 ans, avec ces 6 milliards, on aurait fait des autoroutes, des aéroports, des centrales nucléaires, aujourd'hui on fait des pistes cyclables, on investit dans le rail, on fait de l'off-shore et de l'hydrogène vert. Si on regarde la part du subside européen qui concerne les gouvernements où les écologistes sont présents, on a 60% d'investissements dans la transition écologique, alors que l'Europe demandait 37%. Ce n'est pas le fruit du hasard."

Et d'invoquer les 8 à 9 milliards supplémentaires qui seront nécessaires pour respecter l'accord du gouvernement fédéral en vue de rattraper le retard de la Belgique en matière d'investissements publics. Ils devront être injectés dans l'économie selon la même ligne directrice, estime-t-il. "Ces six milliards sont une première étape franchie brillamment", dit-il. En comptant l'apport du secteur privé, on doit pouvoir atteindre 50 milliards d'investissement et un effet levier significatif sur l'économie, avance encore Jean-Marc Nollet. Fin de l'intro, place aux questions.

Cette étape passée brillamment, dites-vous, est tout de même critiquée. Trop de projets régionaux qu'on aurait dû financer en dehors du subside européen. Pas suffisamment de projets structurants, entend-on. Que répondez-vous?

Est-ce que dans ce qui a été proposé aujourd'hui à l'Europe, il y a des choses qui avaient été envisagées avant? Oui. Et heureusement. Ce qui est proposé sur l'hydrogène par exemple est très structurant. Et quand on regarde les masses financières en jeu, la plupart des dossiers sont clairement dans la droite ligne du Green Deal. Si ce n'est pas le cas pour l'un ou l'autre projet, l'Europe les recalera de toute façon. Je ne veux pas mettre le doigt là-dessus alors que l'orientation globale qui s'en dégage est bonne.

Ce n'est donc pas vous qui allez tirer sur le projet de rénovation du palais de justice de Bruxelles?

Je peux comprendre qu'il y ait des questions sur l'opportunité de ce projet symbolique fort qui aurait pu se faire dans le cadre d'un autre plan. Mais on verra ce que l'Europe dira.

Que proposez-vous en matière de réformes structurelles? Alléger la fiscalité?

Nous n'avons pas la volonté d'alourdir la fiscalité. Par contre, on doit pouvoir procéder à des réorientations fiscales, notamment celles qui soutiennent la transition écologique.

"L'espoir s'installe, on peut passer d'une gestion de crise à une gestion de risque."

Écolo est-il en faveur d'un assouplissement des mesures sanitaires?

Il faut d'abord dire merci aux 11 millions de Belges. Et au-delà, on peut leur dire que l'espoir s'installe avec la vaccination des plus fragiles et une meilleure maîtrise du virus. De là, on peut passer d'une gestion de crise à une gestion de risque. En période de crise, on considère que le risque est maximal tant que le virus circule avec un regard sur le nombre de contaminations. En gestion de risque, à l'inverse, on instaure un calcul des risques relatifs de contaminations, on déploie des protocoles secteur par secteur avec un regard concentré sur le nombre de personnes en soins intensifs. Rester ad vitam dans une gestion de crise est intenable.

Concrètement, cela veut dire quoi?

Avec ce changement de paradigme, on peut envisager, à partir du prochain Comité de concertation (programmé le 26 février, NDLR), une réouverture des secteurs de la culture. Pas tout et pas n'importe comment, mais dans le cadre de protocoles. Je vise aussi l'élargissement de la bulle. On est toujours contraint de ne recevoir qu'une personne. Et alors les jeunes! Un an de leur vie a été mis entre parenthèses. Je ne vais pas donner de date, mais une perspective doit être donnée. Je le répète, sur la bulle aussi. Il ne s'agira pas de dire qu'on peut repartir à l'étranger, comme l'Europe le dit, et que quand on est en Belgique, on doit rester confiné avec une personne. Il faut élargir la bulle, je le répète.

Quid de l'horeca?

Pour les restos, oui, il y a des possibilités, avec les terrasses, en fonction de l'aération, etc. Je dis "protocoles et gestion du risque".

Pour les bars aussi?

Je parle surtout des restos. Les bars cela dépend. Si c'est à l'extérieur, dans les parcs pourquoi pas. On ne peut pas tout rouvrir bien sûr. En outre, il faut maintenir les mesures de soutien économique, il ne s'agit pas de supprimer les aides parce qu'on décide de rouvrir. Il doit y avoir des mesures d'accompagnement de la réouverture.

Rétrospectivement, ne pensez pas que la Belgique a été trop loin dans le confinement?

On est encore trop le nez dans le guidon pour pouvoir dire si on a été trop dur au niveau sanitaire. Par contre, je suis fier du bouclier social qu'on a mis en place. Aujourd'hui, on a suffisamment de recul pour pouvoir donner ces signaux nécessaires que je viens d'évoquer.

"Il faut augmenter le tracing sur base sectorielle, sans attendre que les gens tombent malades."

En matière de tracing et de testing, cela n'a pas exactement roulé comme sur des roulettes. D'accord avec ce constat?

Il y a eu du retard à l'allumage. Je plaide pour qu'on fasse du tracing sectoriel. Qu'on organise un suivi spécifique des restos dans le cadre de cette gestion de risque. Il faut augmenter le tracing sur base sectorielle, sans attendre que les gens tombent malades. Partir de situations réelles, secteur par secteur, ce sera au Comité de concertation de l'organiser.

N'est-ce pas ce qu'on aurait dû faire il y a plusieurs mois?

Je suis d'accord qu'il y a clairement des leçons à tirer, c'est tout le travail qui est fait dans les commissions spéciales au Parlement.

"La ministre Verlinden est en faute par rapport à l'accord de gouvernement."

Une des leçons de cette crise, c'est que le fonctionnement de l'État n'est pas suffisamment efficace. Que dites-vous de la proposition de Belgique à 2+2 avancée par Annelies Verlinden, ministre (CD&V) des Réformes institutionnelles?

Que ça ne va vraiment pas. Un, c'est insultant pour 1,2 million de citoyens belges qui vivent en Région bruxelloise que de dire qu'ils relèvent d'une sous-entité, en dépendance d'autres. Ce n'est pas seulement insultant pour les institutions, les députés ou les ministres, mais pour les citoyens. Deuxièmement, c'est totalement irrespectueux de l'accord de gouvernement. Celui-ci dit qu'on travaillera autrement que par le passé sur les questions institutionnelles. On doit travailler en trois temps: évaluation d'abord, participation de la société civile ensuite et enfin, viendra le temps du politique. La ministre arrive - boum ! - en déposant une proposition. Elle est en faute par rapport à l'accord de gouvernement. Son job, ce qu'Écolo attend d'elle, c'est qu'elle dépose une note sur la façon dont le gouvernement compte traduire cet accord pour impliquer les citoyens.

Avant cette consultation il y a aussi la volonté de présenter une liste provisoire des articles à réviser de la Constitution... C'est un travail politique.

C'est vrai. Mais il doit se faire à l'intérieur du gouvernement en parallèle à la définition de la méthode d'implication des citoyens. Et soyons bien clair, il faut une vraie implication des citoyens, pas juste un site internet. Le 8 mars, les ministres des réformes institutionnelles viennent au Sénat. J'attends de Mme Verlinden et M. Clarinval (le ministre francophone - MR - également en charge des Réformes institutionnelles, NDLR) qu'ils soient en mesure de présenter la méthode pour la phase d'évaluation avec les académiques et la phase de participation des citoyens. Mme Verlinden a l'occasion de se rattraper. Et éventuellement de déposer la première liste des articles à réviser.

Comment l'imaginez-vous cette consultation citoyenne? Cette matière est d'une complexité sans nom.

Il y a suffisamment de travail scientifique pour définir une méthode qui garantisse que les citoyens ne soient pas juste associés, mais vraiment impliqués dans cette réforme de l'État. Les citoyens ne doivent pas devenir des techniciens, mais ils peuvent dire comment ils envisagent la Belgique. Ce n'est pas eux qui vont rédiger l'amendement "1224 à l'article 127 bis de la Constitution". Il faut leur donner les outils, mais les citoyens ne sont pas plus bêtes que les politiques, ils peuvent dégager des orientations, faire des propositions. On a besoin d'une vision positive.

L'idée d'une Belgique à quatre a le vent en poupe. Qu'en pense Écolo?

Je vais rester cohérent. Je ne vais pas positionner Écolo sans avoir d'abord entendu l'évaluation et la participation. Et je veux que les citoyens s'expriment aussi sur les structures intrafrancophones.

N'avez-vous pas un peu savonné la planche de Georges Gilkinet à l'occasion de son clash avec la patronne de la SNCB au sujet des guichets de gare?

Pas du tout. Quand la SNCB a imaginé cela, Écolo n'avait pas de représentant au CA. Quand le ministre a voulu revoir la décision, il l'a obtenu.

Madame Dutordoir a estimé qu'il y avait rupture de confiance avec le ministre, qui avait, dit-elle, marqué son accord avec la décision avant qu'elle soit communiquée.

Il faut voir le film dans son ensemble. Aujourd'hui, la SNCB doit faire un travail de terrain guichet par guichet pour garantir des gares vivantes. Grâce à l'intervention de Georges Gilkinet, il y a ce protocole pour chaque situation. Tant mieux si la SNCB dit que c'était son plan au départ. Mais il a été nécessaire de dire qu'il fallait réorienter les choses.

Votre ministre a été abimé au passage.

Il faut regarder cela sur la durée. Bien sûr, ce n'était pas le moment le plus agréable. Au global, on s'en sort pas mal.

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