interview

JO: "Nous récoltons les premiers fruits de notre stratégie à long terme"

©Nicolas Vadot

L'interview de Pierre-Olivier Beckers, président du COIB, à la veille de la clôture des JO de Rio.

À en juger par les photos, Pierre-Olivier Beckers, président du Comité olympique et interfédéral belge (COIB) a bien fêté les succès des athlètes belges aux Jeux Olympiques. À la veille du week-end de clôture, l’ex-CEO de Delhaize fait, depuis Rio, le bilan de ces JO pour la délégation belge.

Les résultats des Belges sont meilleurs qu’espérés, non?
Oui. Nous espérions 3 à 5 médailles, nous en ramènerons au moins 6 alors qu’il reste un week-end de compétition. C’est notre meilleure performance depuis les Jeux d’Atlanta il y a vingt ans. Ce qui est étonnant, c’est que ceux que nous considérions comme nos plus grandes chances de médailles (Charline Van Snick en judo, Evi Van Acker en voile, Philip Milanov en lancer du disque et Jaouad Achab au taekwondo, NDLR) n’en ont finalement décroché aucune. Conjugué au fait que plusieurs autres athlètes ont terminé au pied du podium et que beaucoup d’athlètes ont été en finale cela veut dire que des talents sont en train d’exploser et que le potentiel de médailles ne cesse d’augmenter.

Avoir obtenu une médaille d’or dès le premier jour a-t-il servi d’adjuvant?
Cela a dû transcender les autres athlètes. On a d’ailleurs senti une énorme solidarité entre les membres de la délégation. L’ambiance au village olympique était extraordinaire et même des sportifs professionnels comme les golfeurs Thomas Pieters et Nicolas Colsaerts ou David Goffin ne voulaient plus quitter les lieux.

Comment expliquer ces bons résultats après deux Olympiades très décevantes?
Essentiellement par la prise de conscience que, pour préparer un athlète olympique, il faut huit à dix ans, depuis la détection, la prise en charge et l’accompagnement en termes techniques, d’infrastructures et de coaching. Dans le temps, on s’y prenait au dernier moment, certains s’entraînaient seuls comme Frederik Deburghgraeve (médaillé d’or à Atlanta, NDLR) tandis que d’autres se préparaient au sein d’une cellule presque détachée de leur fédération, comme le judo dans les années 90. Ce qui a changé, c’est que dans un grand nombre de fédérations, il y a une volonté de professionnalisme et une meilleure collaboration avec le COIB, les administrations du sport, la Loterie et les sponsors privés. C’est tout l’objectif du projet Be Gold que nous avons lancé en 2005 afin d’amener les sportifs au plus haut niveau. Nous en sommes récompensés car plus de 60% des athlètes qui ont presté à Rio sont issus de ce projet.

Quels messages voulez-vous faire passer à la fois aux pouvoirs publics mais aussi au secteur privé à l’issue de ces Jeux?
Les athlètes qui prestent aux JO sont des exemples extraordinaires de dépassement de soi et de volonté de gagner. Ils doivent déteindre sur les jeunes et la population en général. Les médailles sont certes un aboutissement pour eux qui ont sacrifié une partie de leur jeunesse pour accomplir leur passion, mais, je le répète, elles ne sont pas un but en soi. Elles doivent être un moyen pour nos autorités et tous les acteurs du sport d’aider la jeunesse et la population à être en meilleure santé physique et mentale. L’image dégagée par les sportifs est positive. Elle doit pousser toute une population vers le haut. Ici à Rio, je sens très bien à travers les médias l’engouement en cours en Belgique. Mon message, c’est donc que l’on continue à investir dans le sport même si on est en crise économique permanente. Les montants investis dans le sport en Belgique sont relativement faibles alors que le retour est énorme.

Vous attendez-vous à un boom des inscriptions dans les clubs de hockey et d’athlétisme?
Oui, et c’est un fameux défi car avant même les Jeux, il y avait déjà un trop grand nombre d’affiliés dans les clubs de hockey par rapport au nombre de terrains disponibles. Cet enthousiasme touche aussi d’autres sports. Je rejoins donc le président de la fédération de hockey, Marc Coudron, dans sa volonté d’étendre le Tax Shelter aux infrastructures sportives. On a besoin de ces ressources financières pour aller plus loin et aider davantage de sports. Aujourd’hui nous ne pouvons réellement en soutenir qu’une dizaine alors qu’il y a 28 sports olympiques.

Vu les bons résultants, peut-on s’attendre à davantage de médailles en 2020?
C’est trop tôt pour le dire. Il faudra faire le bilan. Certains athlètes vont sans doute réorienter leur vie, se lancer dans une carrière professionnelle. Par contre, il y a du potentiel dans de plus en plus de sports. Je pense à la natation. À Athènes, on n’avait aucun nageur, à Rio on a fait quatre finales et décroché une médaille d’argent.

Au-delà de la délégation belge, qu’est-ce qui vous a le plus plu dans ces Jeux?
La qualité générale des infrastructures sportives. J’ai aussi apprécié l’atmosphère au Village olympique qui a été très bien pensé même s’il y a eu quelques couacs techniques au début. Et puis, Rio offrait un cadre fabuleux pour les compétitions hors stade, comme la voile ou le triathlon.

Et ce qui vous a moins plu?

Des problèmes logistiques, surtout dans les transports des athlètes. Mais on savait bien qu’en amenant pour la première fois les Jeux en Amérique latine, il était impossible pour les organisateurs de tout prévoir. Il y a parfois eu un manque de préparation, mais dans l’ensemble, le bilan est positif.

Et votre plus grande émotion?

Sans doute la médaille d’or remportée à l’heptathlon par Nafissatou Thiam et ses larmes quand je lui ai remis la médaille. Là, j’ai vraiment vibré!

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés