Karel Van Eetvelt: "Les gens veulent un accord, c'est tout"

Le patron de l’Unizo déplore la perception erronée, selon lui, d’une Flandre aux velléités séparatistes.

Pour Karel Van Eetvelt, administrateur-délégué de l’Unizo, qui représente les PME et les indépendants en Flandre, le blocage politique ne peut plus durer. Les vainqueurs du 13 juin doivent prendre leurs responsabilités.

Vos entrepreneurs actifs en Wallonie souffrent-ils de la situation politique actuelle?

Il existe en Wallonie une certaine perception négative vis-à-vis de la Flandre, mais c’est un phénomène très limité. Les entrepreneurs sont avant tout des gens pragmatiques. Mardi dernier, nous avons organisé un petit événement avec des membres de l’UWE, UCM, Voka et Unizo. Les gens ont discuté affaires et non politique. Cela prouve que les choses sont gonflées au-delà de toute proportion.

Les francophones ont pourtant l’impression que, quoi qu’ils fassent, il n’y a plus moyen d’arrêter la marche de la Flandre vers son indépendance.

C’est un énorme malentendu. Les 28% de Flamands qui ont voté pour la N-VA ne sont pas tous des séparatistes. Seule une petite minorité d’entre eux sont des radicaux qui veulent la fin du pays. La majorité souhaite au contraire une réforme du pays et tient au maintien de la solidarité interpersonnelle. À condition que cette solidarité s’appuie sur des bases budgétaires saines. Cette prise de conscience qu’il faut réformer les choses est présente dans tous les segments de la population flamande. Ça n’a rien à voir avec un soi-disant mépris à l’égard des Wallons et des Bruxellois. Je regrette qu’une perception aussi fausse soit véhiculée.

Il y a quand même des approches fondamentalement différentes au nord et au sud.

Il y a des différences, y compris dans les milieux patronaux. Ainsi, je suis surpris de voir que la problématique budgétaire n’est pas toujours considérée avec la même importance au sein des différentes organisations patronales.

Au sud du pays, on craint qu’une responsabilisation accrue des entités fédérées ne soit synonyme d’appauvrissement de la Wallonie et de Bruxelles.

Il y a 22 milliards d’euros à trouver. Si on ne fait rien en termes de responsabilisation, on va tout droit vers un appauvrissement collectif. D’ailleurs, il ne faut pas se leurrer, le financement du vieillissement coûtera un multiple des 22 milliards dont on parle aujourd’hui. Si on ne règle pas le problème, on court un double risque: soit la faillite du pays, soit une forte hausse de la pression fiscale. Dans chaque cas de figure, c’est la population active, c’est-à-dire les travailleurs et les entrepreneurs, qui paieront la facture. Le temps presse. Les marchés haussent les épaules face aux déclarations de Bart De Wever. Par contre, ils sont très attentifs à l’évolution de notre niveau d’endettement.

La position des francophones a pourtant déjà considérablement bougé depuis 6 mois.

C’est un fait incontestable. Mais j’ai aussi l’impression qu’on complique les choses inutilement: on régionalise des morceaux de compétences par ci par là, mais là n’est pas le problème. L’important, c’est de revoir la loi de financement. Or c’est là que ça bloque.

Si une réforme de la loi de financement devait priver une région de certaines ressources financières, que faire alors?

Une réforme de la loi de financement, si elle est bien faite, doit éviter qu’une entité ne soit brusquement privée de centaines de millions d’euros. Si cela devait néanmoins être le cas, il faudra organiser des mécanismes de transferts.

Des transferts temporaires?

Pour ma part, je préfère des mécanismes de solidarité sans limite dans le temps, à condition qu’ils soient transparents. Car la situation peut très bien à terme se retourner. Personne ne peut prédire l’avenir.

Une régionalisation de l’impôt des personnes physiques peut entraîner des différences salariales entre travailleurs d’une même entreprise. C’est tenable?

Précisons d’abord qu’il ne peut s’agir que de différences entre salaires nets. C’est une situation que nous connaissons déjà avec le principe du "jobkorting" en Flandre. Une entreprise qui s’établit dans le Hainaut bénéficiera de subsides plus importants et paiera moins d’impôts que celle qui se trouve en Flandre occidentale. Cela pourrait devenir un problème si la Flandre occidentale devait se vider de ses entreprises. Jusqu’ici ce n’est pas le cas.

Faut-il accroître la marge de manœuvre de l’équipe Leterme en attendant un déblocage?

Il ne faudrait pas que les discussions durent encore des mois. Un gouvernement Leterme renforcé n’aura jamais la force de frappe d’un gouvernement de plein exercice. Il nous faut un nouveau gouvernement pour négocier le prochain accord interprofessionnel.

Faire monter les libéraux constitue-t-il une piste?

Monter des scénarios pour écarter la N-VA ne mènera pas à grand-chose. Imaginez qu’on essaie en Flandre de monter une coalition pour écarter le PS: comment l’électeur francophone va-t-il réagir? L’électeur a donné un mandat très clair. Les deux grands vainqueurs du 13 juin ne pourront pas échapper à leurs responsabilités.

Pourquoi ne pas retourner aux urnes?

Ça avancerait à quoi? De nouvelles élections ne feraient que renforcer la polarisation actuelle. Demandez aux gens dans la rue ce qu’ils veulent: ils veulent qu’il y ait un accord, c’est tout. Le dossier n’est pas facile, je le sais. D’où l’importance pour les négociateurs de se faire assister par des spécialistes. Ce qui n’a pas toujours été le cas jusqu’ici, et je le regrette.

Vos collègues du Voka ont un profil politique nettement plus affirmé. Vous vous efforcez de pratiquer une certaine retenue?

Comme tout le monde, un entrepreneur doit pouvoir donner son opinion. Nous l’avons fait. Aujourd’hui, l’heure est à la recherche de solutions, ce qui implique de pouvoir évoluer à partir de ses propres positions de départ. Cela aussi, nous l’avons fait. L

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