L'accord salarial allemand, exemple à suivre?

Le syndicat allemand IG Metall réclamait des hausses salariales de 4%. Elles atteindront 2,3%, avec une prime de 500 euros pour chaque travailleur. ©REUTERS

L’accord salarial conclu en Allemagne pourrait inspirer nos interlocuteurs sociaux. À condition que ceux-ci acceptent de faire des compromis.

Alors que les négociations sur les salaires patinent chez nous, patrons et syndicats sont parvenus à un accord en Allemagne. Au cours des deux prochaines années, une hausse progressive des rémunérations de 2,3% y est prévue. Elle est cependant assortie de garanties pour les employeurs en difficulté à cause de la crise sanitaire.

+2,3%
Augmentation salariale
Dans le secteur industriel de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les syndicats ont obtenu une augmentation des salaires de 2,3% sur les deux prochaines années.

Bien qu'il ne concerne que les travailleurs du secteur industriel en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ce compromis servira de ligne directrice pour les discussions qui seront menées dans les autres secteurs et régions du pays.

Indexation automatique

Le deal scellé en Allemagne suscite aussi de l'intérêt chez nous. Selon Bart Steukers, nouveau CEO de la fédération de l'industrie technologique Agoria, cet accord constitue déjà "une mauvaise nouvelle" pour la compétitivité des entreprises belges. Afin d'étayer son propos, celui-ci compare l'augmentation de 2,3% prévue sur vingt-et-un mois outre-Rhin à celle de "3,2%" jugée insuffisante par les syndicats belges pour les deux prochaines années.

Contextualisons rapidement. En Belgique, la marge maximale d'augmentation des salaires pour 2021 et 2022 a été fixée par le Conseil central de l'économie (CCE) à 0,4%. Sur la base d'une comparaison de la situation belge avec celles de l'Allemagne, de la France et des Pays-Bas, le CCE a estimé que ce seuil ne devrait pas être dépassé, faute de quoi le pays pâtirait d'une perte de compétitivité.

La hausse graduelle des rémunérations s'accompagne d'importantes mesures de flexibilité sur les versements.

Mais pourquoi Steukers évoque-t-il alors des hausses salariales de 3,2% en Belgique? Simplement car il tient compte de l'indexation automatique des salaires, estimée à 2,8%, qui est de mise dans nos contrées mais pas en Allemagne. "Chez nous, la hausse de l'inflation sera répercutée immédiatement", déplore-t-il. À l'entendre, nos entreprises seraient donc déjà perdantes sur le plan de la compétitivité.

Pour le CEO d'Agoria, l'accord conclu par nos voisins montre le sens d'une concertation sociale et "l'absurdité" des actions de grève. Visés, les syndicats ne manqueront pas de lui rappeler que les négociations allemandes furent émaillées de grèves au cours des dernières semaines. Reste qu'un compromis a finalement été atteint, tandis que les perspectives d'en obtenir un en Belgique n'ont jamais paru proches, faute de véritables négociations.

Accord équilibré

Soulignons-le encore, l'accord scellé en Allemagne résulte d'efforts des deux bancs. Alors qu'elle réclamait initialement des hausses salariales de 4%, l'organisation syndicale IG Metall a in fine accepté une prime de 500 euros pour chaque travailleur avant une augmentation progressive des salaires. Notons ici une similitude avec la négociation belge, où l'éventualité de fonctionner avec des primes uniques cette année été évoquée afin d'octroyer des augmentations supérieures à 0,4% dans les secteurs qui se portent bien. Pour l'heure, cette piste se heurte cependant à des réserves du banc syndical, qui craint ses effets à moyen terme.

Quant à la hausse graduelle des rémunérations de 2,3% acceptée chez nos voisins, elle s'accompagne d'importantes mesures de flexibilité sur les versements, notamment en fonction de l'état des carnets de commande des entreprises. La possibilité de transformer des augmentations en temps libre pour le travailleur a aussi été entérinée, ce qui pourra parfois ouvrir la voie à des semaines de quatre jours, une revendication récurrente d'IG Metall.

Le deal allemand, qui fait la part belle à la créativité, a été salué pour son équilibre. Inspirera-t-il nos interlocuteurs sociaux? Réponse attendue dans les prochaines semaines...

Le résumé

  • En Allemagne, patrons et syndicats ont conclu un accord salarial dans l'industrie
  • Outre une prime "corona" de 500 euros pour chaque travailleur, les rémunérations pourront augmenter graduellement de 2,3% sur les 21 prochains mois. Les employeurs en difficulté disposeront d'une marge de manoeuvre
  • En Belgique, la concertation sociale est dans l'impasse. Les hausses salariales potentielles de 3,2% (indexation comprise) sont jugées insuffisantes par les syndicats.

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