L'accord social face au spectre du refus syndical

Que vont penser les instances syndicales de l'accord social obtenu mardi alors que leur base s'est mobilisée jusqu'au bout? ©BELGAIMAGE

Décrocher le feu vert des trois syndicats sur l'accord social conclu par le Groupe des Dix ne sera pas une formalité. Loin s'en faut.

Seize heures de négociations au finish furent nécessaires mardi dernier aux membres du Groupe des Dix (G10) pour s'entendre sur un projet d'accord social. Avant cela, des semaines de réflexion et de calcul, émaillées de leur traditionnel lot de crispations, avaient occupé les deux bancs.

Ces efforts pourraient-ils être anéantis par les instances syndicales le 22 juin, jour où elles se prononceront sur le compromis atteint? On tente d'y voir plus clair.

FGTB, la plus rebelle

Depuis plusieurs années, le syndicat socialiste a fait de la revalorisation du salaire minimum l'une de ses priorités. En obtenant une trajectoire permettant de le rehausser en plusieurs phases, il engrange indéniablement un succès. Pourtant, au sein de la maison rouge, certains s'indignent.

"Le prix que nous payons en termes de flexibilité est gigantesque."
Source syndicale FGTB

En cause? Les concessions jugées trop importantes sur les heures supplémentaires volontaires. "Certains craignent que nous ayons mis un pied dans l'engrenage en acceptant ces heures sup' additionnelles et qu'on ne parvienne plus à en sortir après 2022", nous explique une source syndicale.

"Le prix que nous payons en termes de flexibilité est gigantesque", lâche une autre. Toujours au rayon des doléances: les moyens publics sont trop mis à contribution. "Les patrons s'en sortent à bon compte, ils ne payeront pas grand-chose", fulmine l'un de nos interlocuteurs.

Du côté de la centrale des Metallos (MWB), on a déjà prévenu: ce sera "non" pour ce projet d'accord "trop déséquilibré". Selon le directeur du Centre de recherche et d'informations socio-politiques (Crisp), Jean Faniel, ce positionnement n'est pas étonnant: "C'est une centrale francophone qui a une tradition de contestation et de radicalité".

À bonnes sources, on apprend toutefois que la grogne agite d'autres centrales, dont la CGSP, le Setca ou la Centrale générale (CG). Pour l'heure, seule l'UBT (Transport) s'est ouvertement prononcée en faveur de l'accord.

La FGTB a un beau palmarès en matière de rejet d'accord: ce fut le cas en 2019, 2015 et 2011.

Un défi pour Thierry Bodson

Et dans les interrégionales, ce n'est vraisemblablement pas le grand enthousiasme non plus. Péril en la demeure? "Pas nécessairement, mais le président Thierry Bodson devra se montrer convaincant pour rallier les troupes, d'autant qu'il risque d'y avoir des perceptions différentes au nord et au sud du pays quant à l'attitude à adopter", explique un syndicaliste.

Rappelons-le, la FGTB a un beau palmarès en matière de rejet d'accord: ce fut récemment le cas en 2019, 2015 et 2011. Conscient de cet historique, mais aussi des réticences de certains, Bodson prendra probablement son bâton de pèlerin afin de présenter, voire peut-être défendre, le projet de compromis dans ses instances dans les prochains jours.  

"Je ne pense pas que ce soit plus mal embarqué que d'habitude pour une approbation de l'accord."
Un membre de la CSC

La CSC, fidèle à ses négociateurs

C'est notable: la CSC n'a jamais désavoué ses négociateurs en rejetant un accord conclu en Groupe des Dix. "Mais ça ne passe pas toujours comme une lettre à la poste", nuance Faniel. En 2015, le résultat du vote fut, par exemple, particulièrement étriqué.

Et aujourd'hui, quel est l'état d'esprit dans les rangs du syndicat chrétien? "C'est difficile à dire. Je ne pense toutefois pas que ce soit plus mal embarqué que d'habitude", nous glisse une source bien informée.

Du mécontentement, on est quand même parvenu à en trouver un peu dans les rangs de la Centrale nationale des employés et des cadres (CNE), dont le secrétaire général Felipe Van Keirsbilck s'est fendu d'une série de tweets pour dire tout le mal qu'il pensait de l'accord. À l'en croire, les syndicats ont payé bien trop cher la revalorisation du salaire minimum. Pour autant, précise Van Keirsbilck, son avis personnel ne préjuge pas de la position qu'adoptera sa centrale après avoir analysé le texte en détail.

"Il suffit parfois d'un orateur brillant pour renverser une tendance."
Un membre de la CGSLB

À la CSC-BIE (bâtiment- industrie- énergie), quelques voix discordantes se font aussi entendre. Ces quelques expressions négatives semblent cependant loin d'être suffisantes pour menacer une approbation de l'accord.

La CGSLB, l'imprévisible

Dans la plus petite des trois organisations syndicales, le service d'études a été mis à contribution dès mardi. Son objectif? Rédiger une note pour informer l'ensemble des cadres et des militants avant le Comité national. "Nous estimons que l'accord devrait passer, mais les dynamiques d'assemblée sont imprévisibles. Il suffit parfois d'un orateur brillant pour renverser une tendance", commente un membre de la CGSLB.

Une telle situation, le syndicat libéral l'a vécue en 2011, lorsque son Comité avait, à la surprise générale, rejeté l'accord conclu au G10. "On ne s'y attendait vraiment pas. Dans les autres syndicats, on commence à y voir plus clair en cours de processus, mais à la CGSLB, on ne sait souvent rien avant le dernier jour", commente Jean Faniel.

Dans son histoire, le syndicat libéral n'a toutefois rejeté qu'un seul accord. Remettra-t-il le couvert dix ans après? Réponse le 22 juin.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés