analyse

L'accord wallon va-t-il accélérer l'information royale?

©BELGA

Elio Di Rupo ouvre de plus en plus la porte à une négociation avec la N-VA. L’information royale se poursuit jusqu'à début octobre. Sans les écologistes flamands.

C’est donc reparti pour un tour pour Didier Reynders et Johan Vande Lanotte. À une différence près. Après leur septième rapport au Roi, les deux informateurs ont annoncé la fin d’une période d’information "classique", pour laisser place à une recherche de convergences. Ils devront boucler leur mission au début du mois d’octobre. A la presse, ils ont confirmé ce qui était apparu le 28 août dernier: leur travail se poursuivra sans Groen qui s’oppose à toute participation gouvernementale sans son partenaire francophone, Ecolo, qui refuse d’entamer la moindre discussion avec la N-VA. Au fédéral ne restent donc que six partis en piste: N-VA, PS, sp.a, MR, Open Vld et CD&V. Il est encore trop tôt pour qualifier les discussions qui s’annoncent de préformation gouvernementale dont les bases doivent être jetées d’ici le début du mois d’octobre, selon les vœux de Didier Reynders. Objectif logique: trouver des points de convergence entre les six partis. Le Palais donne donc encore un peu de temps aux deux missionnaires, le temps sans doute que le gouvernement flamand se forme, la date butoir du 23 septembre étant de mise alors que PS, MR et Ecolo viennent de boucler l’accord wallon.

"Nous cherchons un gouvernement qui bénéficie d’une majorité simple au Parlement, nous n’avons pas entendu nos interlocuteurs demander de chercher une autre formule", a réaffirmé Didier Reynders, interrogé sur l’opportunité de constituer un gouvernement technique pour faire face notamment au défi budgétaire. "Nous n’avons essuyé un refus ni du côté N-VA ni du côté du PS, ce qui nous conforte dans l’idée que nous pouvons continuer à travailler", ajoutait-il.

On a invité plusieurs fois huit formations autour de la table, sept sont venues et Groen ne souhaite pas participer sans Ecolo. Nous allons donc travailler avec 6 formations. Cela me paraît assez logique.
Didier Reynders
MR

La N-VA, ou non

La question centrale au niveau fédéral demeure celle de savoir si une collaboration entre les deux partis les plus importants du pays est possible malgré leurs divergences idéologiques. Interrogé à l’occasion de la conférence de presse de présentation de l’accord wallon, Elio Di Rupo, président du PS, n’a pas fermé la porte à une négociation avec la N-VA, inaugurant un changement de ton "Gouverner? La question est pour que faire? Si c’est pour une suédoise, non, mais si c’est pour répondre à nos exigences sociales, le PS négociera. Je n’exclus rien, ni personne", a indiqué le Montois, cité par l’Agence Belga qui estime que le président du PS a "à demi-mots" admis des différences d’attitude au sein de son parti par rapport à la N-VA. Notamment avec un Paul Magnette, appelé à lui succéder à à la tête du PS. On rappelle que la N-VA conditionne toute alliance avec le PS à une négociation sur le confédéralisme, ce que les rouges refusent.

Si c’est pour répondre à nos exigences sociales, le PS négociera.
Elio Di Rupo
PS

Jusqu’ici, le discours officiel du PS procédait toujours de la même volonté: contourner la N-VA, pourquoi pas grâce à une alliance arc-en-ciel (socialistes, libéraux et écologistes), associée au CD&V. Ce propos est conforme aux engagements électoraux du parti. Conforme à ses intérêts politiques, qui ne sont pas de faire alliance avec un parti de droite conservatrice alors que face au PTB, il s’agirait de regagner des couleurs à gauche. Reste qu’à l’interne, un débat peut potentiellement s’ouvrir sur la question d’une alliance avec la N-VA.

Combien de temps la mission de Didier Reynders et Johan Vande Lanotte va-t-elle encore durer? Cela fait plus de 100 jours que les informateurs sont en piste. ©BELGA

Laurette Onkelinx a dit la semaine dernière qu’à titre personnel, elle ne s’oppose pas au principe d’une nouvelle réforme de l’Etat, à condition que celle-ci ne mène pas au confédéralisme sauce N-VA. Cette position existe au sein du PS. Charles Picqué s’est déjà exprimé en ce sens. Une idée vit chez les socialistes: laisser un trophée institutionnel à la N-VA tout en emportant un trophée social susceptible de montrer que quand le PS prend ses responsabilités, il "améliore la vie des gens" (du moins celle de ses électeurs). Des avancées en santé, en pouvoir d’achat, en pensions qui seraient suffisantes pour damer le pion à l’adversaire PTB. Au sein du PS, certains soulèvent le risque, en cas de non-négociation avec la N-VA, d’apparaître comme le parti avec qui rien n’est possible. "Il ne faut pas qu’on puisse nous désigner comme le fossoyeur du pays", indique un ténor. Deux éléments plaident en faveur de ce courant pragmatique: la fenêtre d’opportunité pour les nationalistes de provoquer une réforme de l’Etat et les engagements très à gauche utilisés par le Vlaams Belang durant la campagne et pouvant adoucir le projet N-VA au niveau socio-économique. Même au PS, certains alertent sur le problème de laisser la N-VA dans l’opposition, lui rendre sa position de martyr et lui permettre de remonter dans les urnes et éventuellement faire une majorité avec le Belang lors des prochaines élections, qu’elles soient anticipées ou non.

Lire aussi | "Imaginons une réforme de l'État définitive basée sur l'efficacité" (François De Smet, député DéFI)

Même si ce courant devait finir par gagner du terrain au PS, le problème de la fiabilité de la N-VA reste posé. N’a-t-elle pas fait chuter le gouvernement Michel quelques mois avant les élections? Pour le PS, pareil scénario s’avérerait désastreux s’il intervenait avant d’avoir affaibli suffisamment le PTB.

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