L'affaire des visas humanitaires vire au règlement de comptes politique

Pour Kris Peeters (au premier plan), vice-Premier ministre CD&V, l'ancien secrétaire d'Etat Theo Francken prenait ses décisions à ce sujet en toute autonomie, "et il y tenait beaucoup". ©Photo News

L’ex-secrétaire d’Etat Theo Francken est ciblé par ses adversaires politiques pour sa responsabilité dans la délivrance de visas qui ont conduit à l’inculpation du conseiller communal malinois (N-VA) Melikan Kucam qui a été placé sous mandat d'arrêt ce jeudi. Charles Michel envisage une constitution de partie civile de l’Etat belge. Liesbeth Homans ouvre une enquête.

En quelques heures, la traînée de poudre s’est enflammée et pourrait, à quelques mois des élections, brûler la N-VA et son franc-tireur préféré, Theo Francken.

Mardi soir, le parquet d’Anvers annonçait l’arrestation du conseiller communal malinois Melikan Kucam, dans un dossier ouvert pour trafic d’êtres humains, organisation criminelle et corruption. Le suspect, toujours pas inculpé ce mercredi, a été mis en cause par plusieurs témoins d’un reportage de l’émission Pano, sur la VRT, comme étant un personnage clé d’un réseau permettant l’octroi de visas humanitaires à des chrétiens de Syrie et d’Irak. Melikan Kucam, immédiatement suspendu par la N-VA, aurait perçu entre 2.000 et 10.000 euros par visa délivré.


Dès mardi soir, Theo Francken, qui avait la responsabilité en tant que le secrétariat d’Etat à l’Asile et à la Migration de délivrer les visas humanitaires au moment des faits, a réagi, se disant "choqué et consterné", affirmant que le retour des chrétiens d’Orient était "une initiative magnifique" faite "avec le gouvernement, en plein consensus".

"Cette délégation totale à un secrétaire d'Etat sans contrôle conduit malheureusement à des malversations."
Kris Peeters
Vice-Premier ministre (CD&V)

Insuffisant pour éviter un démenti et une vague de réactions ce mercredi. Dès le matin, le vice-premier ministre (CD&V) Kris Peeters affirmait que la délivrance des visas était une prérogative de Theo Francken "qui y tenait beaucoup". Avant d’évoquer l’effet de cette arrestation comme celui "d’une bombe au sein du gouvernement", d’une affaire "très très grave", regrettant que "cette délégation totale à un secrétaire d’Etat sans contrôle conduise malheureusement à des malversations".

"Particulièrement grave et choquant"

©Photo News

Charles Michel n’est pas en reste, qui a évoqué des faits qui, s’ils sont établis, sont "particulièrement graves et choquants". Il également annoncé que son gouvernement donnerait mandat à un avocat pour évoquer la possibilité de se constituer partie civile. Le fait qu’un Premier ministre s’exprime ainsi sur une affaire judiciaire en cours avant toute inculpation est suffisamment rare pour être signalé.

Quant à Maggie De Block, en charge de l’Asile et de la Migration, elle a annoncé vouloir dorénavant travailler exclusivement avec des "organisations fiables" sur l’octroi des visas humanitaires. Le nombre de ceux-ci a explosé sous le magistère Francken, passant de 208 en 2014 à 2.361 en 2017. Dans le courant de l’après-midi, Theo Francken a dit vouloir lui aussi se constituer partie civile, tout comme Maggie De Block.

Le parquet anversois a précisé qu’il n’y avait, pour l’heure, aucune preuve d’une implication de M. Francken dans cette affaire. Il n’empêche que, pour l’opposition, cette affaire est du pain bénit alors que les nationalistes flamands font la course en tête dans les sondages. Ecolo a vu aussi l’occasion de réagir en pointant "la responsabilité de Theo Francken" qui serait "également engagée".

La ministre flamande du Logement Liesbeth Homans (N-VA) ouvre une enquête sur la société malinoise de logement social afin de déterminer si son ancien président, Melikan Kucam, a abusé de sa fonction pour octroyer injustement des logements, rapportent ce jeudi les journaux de Mediahuis. "Avec ce que nous savons, je vais enquêter pour déterminer s'il y a eu des irrégularités au sein de la société de logement", affirme Liesbeth Homans: "Nous souhaitons contrôler qu'il n'y a pas eu d'attributions suspectes, d'écarts à la liste d'attente ou si certaines nationalités n'ont pas été privilégiées."

Ce jeudi, le conseiller communal malinois Melikan Kucam a été placé sous mandat d'arrêt pour trafic d'êtres humains, organisation criminelle, corruption passive et extorsion, a indiqué le parquet anversois. 

En 2017, Theo Francken avait signé avec le réseau catholique de la communauté Sant’Egidio pour l’accueil en Belgique de 150 réfugiés syriens, pour beaucoup des chrétiens d’Orient, grâce à des visas humanitaires. L’association assure que les couloirs humanitaires "sont une initiative transparente et de bonne foi qui n’a rien à voir avec les pratiques corrompues dont il est question".

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