L'ajustement budgétaire, version FEB

Au moins 80% de l’effort de 22 milliards devra être produit du côté des dépenses, estime son administrateur-délégué Rudi Thomaes.

L’impasse politique n’a pas que des mauvais côtés. "Nous avons le temps de regarder les mesures d’ajustement des autres pays, avant de prendre les nôtres", sourit Rudi Thomaes, l’administrateur-délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Ses services tirent déjà les premières conclusions des actions entreprises par nos voisins. Leur analyse se balise en trois chapitres.

1. La gouvernance économique européenne

Les pays émergents ont bousculé les données. Songez qu’en dix ans, la Chine s’est constitué des réserves de plus de 5.000 milliards de dollars! "Dans ce monde multipolaire, nous n’aurons notre place qu’avec une Europe forte, formant un vrai bloc avec une politique économique cohérente", estime Thomaes, satisfait des avancées récentes en la matière.

Tout le monde applaudit. Mais tout le monde n’anticipe pas les conséquences: un tel bloc accepterait-il des exceptions sociales, comme les allocations de chômage à durée illimitée ou l’indexation automatique des salaires? "Cela va effectivement réduire le degré de liberté des gouvernements nationaux, répond notre interlocuteur. Ils devront tenir compte des choix de l’Europe, des politiques qu’elle souhaite et de celles qu’elle ne souhaite pas. Je n’exclus pas que l’indexation devienne un débat européen. Je n’en fais pas une avancée personnelle en vue de l’AIP, mais je constate les remarques claires et récurrentes de la BCE à cet égard."

2. Les dépenses

La nouvelle loyauté européenne aura un impact sur le plan d’assainissement des finances publiques. Thomaes relève ainsi que le 17 juin dernier le gouvernement belge a approuvé l’accord européen prônant un ajustement "favorable à la croissance" et affichant "un accent prononcé sur le côté des dépenses". "Cette phrase semble oubliée par les partis qui réclament un effort 50/50 en recettes et en dépenses", concède le patron de la FEB.

Il estime de toute façon que dans un pays "surfiscalisé" comme la Belgique, "il serait catastrophique" de trop miser sur des recettes nouvelles. Son ratio est plutôt 80/20, soit des économies de 17,6 milliards d’euros dans les dépenses publiques.

Cela viendrait de la politique d’activation des demandeurs d’emploi, des dépenses de santé (le budget croît deux fois plus vite que les projections du Comité de vieillissement quant à l’évolution des besoins), de la révision de certaines largesses sociales ("faut-il vraiment dépenser 750 millions d’euros pour encourager les congés thématiques et le temps partiel?") et du non-remplacement de 70.000 fonctionnaires (hors enseignement et santé).

Ce dernier chiffre correspond au sur-effectif administratif de la Belgique, tous niveaux de pouvoir confondus, par rapport à ses voisins, selon une étude de la FEB. "Il faut être extrêmement dur avec chaque euro de croissance des budgets, insiste Thomaes. Geler certaines enveloppes est quand même moins pénible que de les couper."

3. Les recettes

Un simple regard sur les taux pratiqués en Europe incite la FEB à écarter toute hausse de l’impôt sur les personnes physiques et de l’impôt des sociétés ("et cessons ces polémiques sur les notionnels") alors que pour la TVA, il n’y a presque pas de marge de manoeuvre. "Parce que nous sommes responsables, nous réfléchissons malgré tout à de nouvelles recettes, assure Thomaes. Comme nous aimerions que les syndicats réfléchissent à des réductions de dépenses. C’est une question de crédibilité des acteurs."

La première piste qui vient à l’esprit est celle de l’impôt sur la fortune. La FEB la juge contre-productive: d’une part, cela fait fuir des gros contribuables et donc des grosses recettes; d’autre part, cela implique un coût administratif "gigantesque".

Le point de départ devrait être, selon Thomaes, d’examiner "la panoplie des déductibilités fiscales", pour vérifier si elles se justifient encore toutes. Ce ne sera évidemment pas suffisant. Thomaes convient donc que, si toute la société participe à l’effort d’ajustement, tous les revenus doivent être mis à contribution, y compris les revenus mobiliers et immobiliers. La FEB ne s’oppose pas à une hausse du précompte mobilier prélevé sur les placements à revenus fixes. Il suggère 20% au lieu de 15%. Et, dans un souci d’uniformisation, la taxe sur les dividendes baisserait, elle, de 25 à 20%. Le résultat net serait de 550 millions d’euros au profit de l’État.

Enfin, le patronat défend le principe d’une révision cadastrale, même si "elle fera mal à certains". "Notre système suppose que l’administration produise régulièrement un inventaire de la valeur des biens, dit Thomaes. Ce n’est pas le cas et cela rend la situation malsaine." Il met toutefois en garde contre les effets pervers d’une révision cadastrale aveugle. Il préconise d’une part de ne pas alourdir la fiscalité immobilière des entreprises; et d’autre part d’éviter de "nuire à la dynamique du secteur de la construction". Il serait par exemple possible d’immuniser en partie la première maison d’un ménage.

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