L'allocation universelle, fausse bonne idée

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Circulez, y a rien à voir. Lors du douzième "Chantier des idées", le président du PS a rangé au placard du Boulevard de l'Empreur le dossier de l'allocation universelle. "Le débat interne n'a pas encore eu lieu, a dit Elio Di Rupo, alors que le docteur en sciences sociales Mateo Alalouf (ULB) était venu expliquer tout le mal qu'il pensait de cette piste de réforme de la sécurité sociale.

C'est ce qui s'appelle un recadrage dans les règles de l'art, et l'air de pas y toucher... Ce samedi, en clôturant le douzième chantier des idées du PS consacré à l'avenir des mécanismes de protection sociale, le président du parti Elio Di Rupo a renvoyé dans les cordes le patron de la région wallonne, Paul Magnette. Une petite phrase a suffit: "le débat en interne concernant l'instauration d'une allocation universelle n'a pas encore eu lieu".

Mardi dernier, le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) s'était dit convaincu que l'on passera, un jour, du régime de la sécurité sociale au régime de l'allocation universelle. Il avait essuyé très rapidement des critiques de certains de ses collègues socialistes, dont le ministre-président de la Fédération Wallonie Bruxelles Rudy Demotte ou encore la ténor bruxelloise Laurette Onkelinx. Onkelinx avait balancé sur twitter un post assassin pour l'idée de Magnette:

Quatre autres Tweet avaient suivi pour préciser la pensée de la socialiste, qui expliquait alors: "Il y a d'autres moyens pour éliminer la pauvreté. La réduction du temps de travail et l'individualisation des droits sociaux sont beaucoup plus modernes. L'allocation universelle risque de balayer tout le débat sur la nécessité de salaires décents".

"Une fausse bonne idée", pour Mateo Alaluf

Samedi, Elio Di Rupo s'est toutefois montré très attentif aux propos de Mateo Alalouf, docteur en sciences sociales à l'ULB, venu exposer sans ambigüité pourquoi il est radicalement opposé à cette "fausse bonne idée", "instrument de l'échec que le néolibéralisme tente de transformer en victoire".

Le président du PS a dit refusé d'émettre un jugement en la matière "pour éviter de penser qu'il pourrait y avoir des divergences en interne", ajoutant aussitôt à l'adresse de M. Alalouf: "Mateo, je te demanderai de venir au Bureau du parti" (ndlr: pour venir expliquer son point de vue). "Le débat en interne n'a pas encore été mené, a ajouté le président du PS.

Cheval de Troie du néolibéralisme

Pour Mateo Alalouf, l'allocation universelle est un instrument de "l'échec du néolibéralisme qui a réussi le tour de force de faire de cet échec un succès en s'attaquant au déficit public". Le recours à l'allocation universelle se justifie par un amoindrissement constant des droits sociaux. "C'est le cheval de Troie du néolibéralisme qui contribue à affaiblir l'Etat social, instrument majeur de lutte contre les inégalités sociales, avec l'impôt progressif. Cela s'inscrit dans les rapports de force politiques à un moment donné" au profit de ceux qui "ont dans le collimateur les dépenses publiques", a-t-il ajouté.

Pour le sociologue, le montant de l'allocation universelle est toujours faible car il résulte d'un transfert de revenus de ceux qui travaillent vers ceux qui ne travaillent pas. Qui plus est, c'est une mesure bien plus coûteuse que l'ensemble des mesures de protection sociales existantes.

A côté du courant néolibéral qui vise la suppression des mécanismes de protection sociale en échange de celle-ci, à travers le régime 'un même montant pour tous et à chacun de se débrouiller ensuite' il y en a un autre, plus à gauche, qui suggère de l'additionner aux mécanismes de protection sociale, mais c'est impossible à réaliser, a-t-il expliqué.

Menaces sur la protection sociale

La matinée a notamment été consacrée plus largement aux menaces qui planent sur la protection sociale et qu'on décrites, notamment, Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de l'Union nationale des mutualités socialistes, Christine Mahy, Secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, et Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB de Bruxelles.

Selon ce dernier, ces menaces sont d'ordre financier essentiellement à travers la réduction massive des cotisations patronales concédées par l'actuel gouvernement sans obligation de créer des emplois, et l'augmentation de la part de salaire non soumise aux cotisations. Cela a pour effet de faire du modèle de protection sociale une machine à exclure.

A celles-ci, Jean-Pascal Labille a ajouté la rupture de solidarité fédérale, la politique européenne, la faiblesse durable de la croissance, l'individualisation croissante, le vieillissement, la baisse de l'indemnisation via la sécurité sociale, ou encore le renoncement à utiliser le financement de la sécurité sociale comme un instrument de cohésion et d'émancipation sociale.

Comme lui, Elio Di Rupo a plaidé pour un refinancement de la sécurité sociale en veillant à ne pas aller trop loin dans l'intervention de l'Etat.

Tirant quelques conclusions générales de la longue matinée de réflexion, M. Di Rupo a plaidé pour la réduction du temps de travail et pour l'individualisation des droits.

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