analyse

L'Arizona, Wilmès et les problèmes aggravés de la Belgique

Sophie Wilmès, Koen Geens et Alexander De Croo ont entendu mercredi la BNB, le Bureau du plan, le Conseil central de l'économie et plusieurs professeurs d'économie. ©Photo News

Le gouvernement Wilmès entame des consultations pour jeter les bases d'un plan de relance. Dans le même temps, le trio Bouchez/Coens/Lachaert tente d'attirer le sp.a, le cdH et la N-VA à une même table.

La gestion politique de l'Etat belge ne gagne pas en lisibilité ces dernières semaines. On peut même parler de cacophonie. Le trio d'informateurs autoproclamés - les présidents de partis Bouchez (MR), Lachaert (Open Vld) et Coens (CD&V) - continue d'explorer la piste de la coalition Arizona pour doter le pays d'un gouvernement en bonne et due forme. Même s'il y a des signes de bonne volonté, on voit mal comment ce processus pourrait donner naissance à un plan de relance économique à court terme. C'est dommage car l'actualité économique n'attend pas. A mesure que la crise sanitaire s'éteint, les secteurs en difficulté pressent l'Etat de se doter d'une stratégie claire. Les pays d'Europe se mobilisent pendant que la Belgique semble s'embourber dans l'immobilisme.

Donc Sophie Wilmès (MR), Première ministre, et ses partenaires de l'Open Vld et du CD&V ont décidé de commencer le boulot. Ils défrichent le terrain pour préparer ce fameux plan attendu de relance. Deux dynamiques s'enclenchent parallèlement. Faisons un petit tour de la situation politique du jour.

Que fait Sophie Wilmès?

La Première s'informe sur la situation économique du pays. Elle va le faire en trois phases, dont la première débutait ce mercredi par la consultation, entre autres, de la Banque nationale, du Bureau du Plan, du Conseil central de l'économie et d'académiques. Constat connu mais réexposé: la Belgique est confrontée à un triple problème structurel qui préexistait à la crise Covid mais qui s'en trouve aggravé: des perspectives de croissance en berne, une prise en compte insuffisante de l'enjeu environnemental et l'explosion des coûts du vieillissement. Pour ces derniers, le ministre des Pensions doit d'ailleurs exposer l'état de la situation ce jeudi matin.

Dans ce contexte, les mesures à prendre doivent répondre à divers impératifs, a-t-on fait comprendre au gouvernement. Il faut que le plan soit rapidement applicable, crée de la résilience, de la confiance, notamment chez les consommateurs, soit compatible avec l'enjeu environnemental. Par ailleurs, il est essentiel que chaque euro investi ait un effet multiplicateur suffisant dans l'économie. L'investissement public massif oui, mais à condition qu'il rapporte plus qu'il ne coûte.

Côté Bureau du Plan, on insiste également sur la nécessité de préserver les capacités productives du pays (éviter la destruction de valeur). Mais en empêchant les entreprises non rentables avant la crise de subsister au détriment d'une réallocation saine des ressources. La relance passera par l'innovation, par la formation et l'éducation, mais aussi par un filet de sécurité "qui ne laisse personne au bord du chemin". L'ensemble doit se traduire par des gains de productivité, a-t-on également averti.

C'est une phase préparatoire. Vendredi, sont prévues des entrevues avec des grandes entreprises. La semaine prochaine, les consultations devraient se concentrer sur les questions sociales, la culture et la santé, toujours en lien avec la relance. La semaine du 21 juillet sera consacrée à la question environnementale, au développement durable et à la mobilité.

Que font les Rois mages?

Même si la démarche avait été annoncée, ce travail mené par Wilmès &Co ressemble à s'y méprendre à ce qu'un ou des informateurs royaux auraient fait pour préparer un programme de gouvernement. Quid du trio Bouchez/Coens/Lachaert dès lors? "S'ils réussissent, le travail de Wilmès pourra servir de base, s'ils échouent on aura au moins quelque chose", indique une source gouvernementale. De fait, les "Rois mages" sont plus occupés à réunir des partis qu'à parler relance économique. Les trois partis gouvernementaux doivent attirer à eux la N-VA, le sp.a et le cdH pour former la seule coalition possible compte tenu des vetos des uns et des autres (dixit Georges-Louis Bouchez).

"Si Bouchez, Coens et Lachaert réussissent, le travail de Wilmès pourra servir de base, s'ils échouent on aura au moins quelque chose."
Une source gouvernementale

Cette semaine, l'attention s'est portée sur le sp.a et le cdH dans un climat de tensions. Echaudé par Bouchez, le président des humanistes a été finalement heureux "d'enfin présenter ses priorités", au cours d'une longue réunion organisée mardi soir. Une réunion avec le président du sp.a, Conner Rousseau, est annoncée pour jeudi. Les socialistes flamands attendent des garanties quant à certaines de leurs exigences principales (hausse des bas salaires et pensions, investissements supplémentaires dans les soins de santé et fiscalité ciblant davantage les gros revenus).

Pendant ce temps, et dans l'attente d'une réunion plénière que Georges-Louis Bouchez espère encore organiser cette semaine, la N-VA se tait dans toutes les langues. Bart De Wever s'est déplacé au MR lundi soir et on attend de voir ce que son parti et ses 24 députés pensent des priorités affichées par le sp.a et le cdH. Celles-ci sont encore éloignées des fondamentaux de la coalition suédoise (N-VA, Open Vld, MR, CD&V).

Et un troisième milliard

La crise économico-sanitaire battant toujours son plein, le ministre du Budget, David Clarinval (MR), a demandé des crédits supplémentaires au Parlement mercredi. C'est le troisième milliard d'euros débloqué, cette fois pour faire face à une éventuelle deuxième vague Covid et payer par exemple le rapatriement de Belges à l'étranger ou racheter du matériel de protection. Ces fonds doivent également fournir les 300 millions d'euros que pourrait avaler Brussels Airlines à l'issue d'autres négociations qui, elles aussi, semblent traîner en longueur. A ce jour, plus de 2,3 milliards ont déjà été engagés pour faire face à la crise.

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