L'homme qui ne devait pas être roi

Fils cadet, gai luron, bon vivant, Albert de Belgique n’était pas né pour régner.

C’est pourtant ce prince dilettante qui, en montant sur le trône pour succéder à un frère aîné moulé dans la fonction depuis plus de 40 ans, est devenu l’un des meilleurs monarques que la Belgique ait connus. Tellement homme, et finalement tellement roi.

De l’homme, ses concitoyens ont appris à apprécier le sourire, l’humour, mais aussi l’empathie et la chaleur. Ils retiendront le grand éclat de rire des dix ans de règne, mais aussi la main tendue aux parents des victimes de Marc Dutroux et les mots de consolation à tous les Belges meurtris par les accidents et les catastrophes. Ils retiendront aussi les contradictions d’un homme qui manie avec bonhomie l’art d’être grand-père, alors qu’il a eu, et qu’il a toujours, plus de difficultés à être un père, tout simplement. Un homme que, pourtant, on a entendu pour la première fois évoquer en public "mon fils".

Mais si les tensions personnelles et les drames collectifs ont émaillé la vie du prince Albert, les 20 ans de règne d’Albert II n’ont pas été moins mouvementés. Entré en fonction à peine votée la 4e réforme de l’État, le roi a dû et su faire face à des changements très profonds de la société belge et à des crises véritablement sans précédent. Ne retenons que loi sur l’euthanasie, la légalisation du mariage homosexuel ou la crise politique de 541 jours, en 2010-2011. Quel pays, autre que la Belgique, peut-il se vanter d’avoir traversé de tels bouleversements sans y laisser de plumes?

Hier, c’est à la fois le roi et l’homme qui s’est adressé à la Nation: un roi qui s’effaçait pour laisser à son fils le temps de prendre sa place avant de nouvelles élections périlleuses; un homme qui avait choisi d’annoncer sa décision debout, regardant chacun les yeux dans les yeux.

Merci, Sire. Et… qu’il nous soit permis: bonne chance, Philippe!

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