L'IVG se réinvite dans l'imbroglio fédéral

Une manifestation en faveur de la réforme de l'IVG était organisée mercredi à Bruxelles. ©Photo News

La réforme du droit à l'avortement doit être votée à la Chambre ce jeudi. On soupçonne les partis du gouvernement de vouloir reporter le vote.

Un débat parlementaire sensible vient télescoper la formation – pour le moins laborieuse – du gouvernement fédéral. Ce jeudi, en séance plénière de la Chambre, est prévu le vote sur la réforme de la législation en vigueur concernant l’interruption volontaire de grossesse.

Pour rappel, une majorité "progressiste" de 8 partis s’est formée pour, entre autres, sortir l’avortement du code pénal (tant pour les médecins que pour les patientes), allonger le délai maximum d’intervention de 12 à 18 semaines et raccourcir à 48 h le délai de réflexion imposé aux candidates à l’IVG. C’est le corps de ce projet qui se heurte à des résistances obstinées du CD&V, de la N-VA et du Vlaams Belang ainsi que du cdH. Le vote prévu ce jeudi intervient après plusieurs années de débats et d’auditions au Parlement et deux avis favorables du Conseil d’État.

Les manoeuvres du CD&V

C’est que depuis plusieurs mois, le CD&V place ce dossier au cœur du bourbier qu’est devenue la formation du gouvernement fédéral. Il a indiqué, par ailleurs, qu’il userait de tous les outils à sa disposition pour empêcher l’adoption de ce texte contre une large majorité parlementaire. Aujourd’hui, le président du CD&V Joachim Coens tente, non sans mal, avec ses homologues du MR et de l’Open Vld de trouver une nouvelle majorité fédérale, ce qui pourrait freiner le Parlement.

Le nouveau chef de groupe de l’Open Vld Vincent Van Quickenborne a indiqué qu’il ne verrait pas d’un mauvais œil que le vote soit retardé en attendant que se décante la situation. Il faut temporiser, dit-il. On s’attend donc à un coup de théâtre ce jeudi.  

"Ce serait se moquer du Conseil d'État, qui s'est déjà prononcé deux fois."
Sophie Rohonyi
Députée DéFI

"Il y a deux manières de le faire sur la base de nouveaux amendements qui seraient éventuellement déposés, explique la députée DéFI Sophie Rohonyi. Soit ceux-ci sont renvoyés au Conseil d’État, soit le texte est renvoyé en commission, ce qui pourrait retarder le processus jusqu’à la rentrée."

Pour la première option, il ne faut que 50 députés – "les adversaires du projet les ont mais ce serait se moquer du Conseil d’État, qui s’est déjà prononcé deux fois" – et une majorité simple pour la seconde. "Il faudra voir quelle sera l’attitude des libéraux", poursuit Sophie Rohonyi. Mercredi, elle leur lançait un appel afin qu’ils ne "cèdent pas aux pressions des partis conservateurs".

Contacté vers 16 h mercredi, le chef de groupe MR Benoît Piedboeuf indiquait qu’aucun élément nouveau ne justifiait un report du vote. "Chaque député MR pourra voter en âme et conscience", précisait-il. Le MR est signataire du texte mais certains de ses 14 élus y sont opposés. Une poignée de votes libéraux pourraient permettre un report.

"Il est inadmissible d’empêcher une majorité parlementaire d’avancer pour le droit des femmes."
Eliane Tillieux
Députée PS

Guéguerre Bouchez/Rousseau

"C’est l’heure du choix politique, estime Eliane Tillieux (PS). Il est inadmissible d’empêcher une majorité parlementaire d’avancer pour le droit des femmes. Les femmes sont prises en otage alors que le gouvernement est minoritaire et que le Parlement peut jouer son rôle premier, celui de légiférer."

Alors qu'on accuse à demi-mots les libéraux de ménager le CD&V dans le dossier IVG, le processus initié par ceux qu’on appelle les rois mages (Bouchez, Coens et Lachaert) est marqué par une détérioration croissante des relations entre le président du MR et Conner Rousseau, président du sp.a. Les deux hommes se lancent des piques par presse interposée depuis ce week-end.

Mercredi, le sp.a attendait toujours une note pouvant lancer un processus de formation du gouvernement. MR, Open Vld et CD&V planchent sur une coalition dite Arizona en attirant la N-VA, le sp.a et le cdH. Côté MR, on estime que le sp.a a toutes les infos nécessaires pour dire oui ou non à un début de négociation.

D’aucuns y voient surtout un jeu de valet puant destiné à mettre les socialistes flamands en difficulté.

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