analyse

L'IVG sort des pieds de la formation fédérale

Un manœuvre parlementaire de la N-VA, soutenue par le CD&V, reporte le vote sur la réforme du droit à l'avortement. ©Photo News

Le vote de l'élargissement du droit à l'avortement est reporté à la rentrée suite à une nouvelle manœuvre parlementaire. Le processus "Arizona" enclenché par le MR, l'Open Vld et le CD&V peut repartir.

Les jours passent et le sentiment de chaos qui naît de l'observation de la situation politique nationale perdure. Plusieurs dynamiques s'entrechoquent. Passons-les en revue.

C'était quasi annoncé, la Chambre n'a pas pu se prononcer sur l'extension du droit à l'avortement portée par une majorité de 8 partis. Le texte est à nouveau bloqué par le dépôt d'amendements, signés N-VA cette fois, ce qui suppose une quatrième analyse par le Conseil d'Etat. Celui-ci ne pourra sans doute pas rendre son avis avant la rentrée parlementaire. Ce blocage procédurier est soutenu par le CD&V, la N-VA et le Vlaams Belang qui s'opposent toujours aux principes de ce texte et font de l'obstruction. CD&V et N-VA souhaitent en faire une affaire de gouvernement afin d'enterrer définitivement le parcours parlementaire de ce texte. Rendez-vous à l'automne donc.

Un problème en moins pour le trio

Quoi qu'on en pense, le report du vote sur l'IVG permet de sortir, comme une épine du pied, ce dossier sensible de la mission de débroussaillage politique que continuent de mener les présidents Bouchez (MR), Coens (CD&V) et Lachaert (Open Vld). Le trio s'est montré plus discret ces derniers jours mais tente toujours de réunir la coalition Arizona (N-VA, MR, CD&V, Open Vld, sp.a, cdH). Ceux qu'on appelle les rois mages devraient essayer de réunir les six partis d'ici la fin de la semaine.

Mercredi, rien ne semblait avoir été agendé. L'entourage de Conner Rousseau, le président des socialistes flamands, indique ne pas avoir de nouvelles. Pour rappel, le sp.a a déposé une note de base. L'Echo apprenait mercredi que Bouchez, Coens et Lachaert avaient vu la N-VA en début de semaine. En coulisse, on parle d'un rapprochement des partis de la suédoise qui a conduit le gouvernement fédéral de 2014 à fin 2018.

Le PS étale ses divisions

Les socialistes francophones sont toujours au balcon de ce processus et certains de ses cadors s'en inquiètent de manière de plus en plus pressante. Lundi en bureau de parti, plusieurs personnalités ont ouvertement averti l'appareil des dangers de se retrouver dans l'opposition.

Mardi soir sur LN24, le président du parti, Paul Magnette, a remis son parti sur la carte. "On peut envisager de gouverner avec la N-VA. Ce qui compte, c'est le contenu", a-t-il lancé, ce qui a immédiatement été interprété comme une ouverture claire vis-à-vis d'une alliance très difficile à assumer pour les socialistes. Mercredi, au PS, on tempérait, en indiquant que Paul Magnette n'avait en réalité fait que répéter ce qu'il avait toujours dit, à savoir que pour qu'il négocie avec elle, la N-VA devait accepter toute une série de mesures sociales, qui ne sont pas sa tasse de thé.

"On a donné un peu trop d'importance à ces propos, juge un socialiste. Mais il est vrai qu'on assiste à une poussée en interne de ceux qui craignent l'opposition alors que des mesures keynesiennes seront prises pour faire face à la crise." D'autres estiment qu'une telle alliance serait trop risquée, voire suicidaire. "Le PTB et Ecolo ne nous rateraient pas", dit l'un d'eux. Le PS étale ses divisions, ce qui n'est pas son genre. Côté libéral, la méfiance est de mise. Et si le PS faisait mine d'entrer dans la danse uniquement pour faire capoter le projet Arizona?

Les socialistes rouvrent au passage la porte à une réforme de l'Etat. Dans les colonnes de L'Echo mercredi, le ministre du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Frédéric Daerden (PS), a appelé de ses vœux une réforme de la loi de financement qui organise les dotations entre les entités fédérées. "Je rappelle que pour une réforme de l'Etat, il faut une majorité des deux tiers", tempère un ténor PS. Soit 100 députés sur 150. Un chiffre que l'Arizona, même élargie au PS, n'atteint pas.

Les rois mages sont donc toujours en piste sans pour autant que le Schmilblick fédéral n'avance beaucoup.

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