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L'offre de formations pour les demandeurs d'emploi est-elle adéquate?

©laurie dieffembacq

La formation peut constituer une voie royale pour l'insertion dans le monde du travail. À condition qu'elle réponde à un besoin réel des entreprises.

À côté des formations destinées aux travailleurs, il y a évidemment celles proposées à ceux qui cherchent un job. Au Forem, l'office régional de l'emploi wallon, on propose, par exemple, 352 formations métiers, dont 193 concernent des fonctions en pénurie, soit 55% du total, un pourcentage en hausse constante ces dernières années.

Avec quels résultats? Eh bien, ne le cachons pas, les données objectives récentes manquent un peu. Par la faute d'une année 2020 chamboulée par le Covid, avec une diminution très nette des formations dispensées au sud du pays, tout comme dans les autres Régions.

32.431
Demandeurs d'emploi
En 2019, 32.431 demandeurs d'emploi ont suivi une formation via le Forem

Restent les chiffres de 2019 pour se faire une idée plus précise, mais convenons-en, c'est déjà un peu loin. Faute de mieux, jetons tout de même un coup d’œil à ces données: au total, 32.431 demandeurs d'emploi ont suivi une formation au cours de cette année via la Forem.

Parmi ceux qui ont suivi des formations "métiers", un chouïa moins de 60% s'étaient insérés sur le marché de l'emploi après 6 mois. Les personnes ayant suivi celles menant à des fonctions en pénurie ont logiquement rencontré le plus de succès.

Un Forem "pas suffisamment efficient"?

Ces résultats n'en restent pas moins insuffisants aux yeux d'Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises (UWE). "En Wallonie, l'un des problèmes majeurs, c'est qu'on ne forme pas assez. Avec 10.000 personnes formées avec succès pour des métiers en pénurie en 2019, on parle de seulement 2,5% du flux de demandeurs d'emploi passés par le Forem sur l'ensemble de l'année", déplore-t-il.

"Notre credo, c'est que le Forem doit jouer un rôle de régisseur et externaliser au maximum les formations vers les entreprises"
Olivier de Wasseige
Administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises

À l'entendre, il est impératif que l'office wallon développe considérablement son offre de formations, potentiellement en externalisant une partie de celle-ci vers des opérateurs privés. "Actuellement, le Forem a une forme de monopole en matière de formations. Cependant, il coûte cher et son efficience n'est pas optimale. Notre credo c'est qu'il doit jouer un rôle de régisseur et externaliser au maximum les formations vers les entreprises", explique de Wasseige.

Au Forem, on ne balaie pas toutes les critiques d'un revers de main, mais on rappelle que les responsabilités sont, avant tout, partagées. "Faire des formations aux métiers en pénurie des succès nous concerne évidemment, mais cela implique aussi des actions à d'autres niveaux. À celui des entreprises notamment, lesquelles doivent se mobiliser pour rendre plus sexys les fonctions en pénurie. Sans oublier le politique qui a également son rôle à jouer", contextualise son directeur de la communication, Thierry Ney.

La carotte ou le bâton

Du côté de l'Elysette, le ministre de l’Économie, Willy Borsus (MR) en est visiblement bien conscient. Le libéral a, en effet, proposé que les demandeurs d'emploi se formant à un métier en pénurie puissent obtenir une prime de 2.000 euros net pour les y aider, contre 350 euros actuellement. Si des discussions sont en cours avec le Forem, mais aussi au sein du gouvernement, l'atterrissage risque toutefois de se faire encore un peu attendre. À suivre donc…

"Si on oblige quelqu'un à suivre une formation dans une filière qu'il n'aime pas, ça ne fonctionnera tout simplement pas."
Olivier Valentin
Secrétaire national de la CGSLB

Bien que de nouveaux incitants aideraient indéniablement, l'administrateur délégué de l'UWE craint toutefois que ceux-ci ne suffisent pas s'ils ne sont pas accompagnés d’une "politique de sanctions cohérente, allant au-delà de celle en place aujourd'hui".

Un renforcement des sanctions pour lutter contre les pénuries, c'est aussi ce que défend le président du MR, Georges-Louis Bouchez, qui a récemment suggéré d'exclure du chômage ou du CPAS les chômeurs de longue durée – plus de deux ans – qui refuseraient deux formations et/ou deux emplois pour un métier en pénurie. "Si on oblige quelqu'un à suivre une formation dans une filière qu’il n'aime pas, ça ne fonctionnera tout simplement pas", rétorque Olivier Valentin (CGSLB). Le débat n'est pas près de s'éteindre…

Et Bruxelles dans tout ça?

Dans la capitale, un peu plus de 19.000 personnes, dont 13.409 chercheurs d'emploi, ont été formées en 2020 via l'opérateur public Bruxelles Formation. Pour obtenir des données sur le taux de sortie vers l'emploi à l'issue des formations dites professionnalisantes, il faut en revanche remonter à 2018, année où celui-ci atteignait 66% après 12 mois. Un rien plus qu'en Wallonie, donc.

Notons encore que sur les 89 fonctions critiques qui entrent dans le champ d'action de l'opérateur public et de ses partenaires, 78 étaient couvertes par un ou plusieurs produits de formation, soit 87,6%, en 2019.

Olivier Willocx, CEO de BECI ©ImageGlobe

Pour Olivier Willocx, CEO de la fédération patronale bruxelloise BECI, l'offre de formation par l'opérateur public reste toutefois "relativement insuffisante", vu que celui-ci peut offrir quelque 20.000 places et que la Région compte environ 90.000 demandeurs d'emploi. Mais attention, souligne-t-il, la formation ne peut pas être regardée uniquement via le prisme de ce que fait cet opérateur, vu que de nombreux autres acteurs, notamment les établissements de promotion sociale, sont actifs dans la capitale.

"Le vrai débat aujourd'hui, c'est plutôt de se demander à quoi on forme les gens. Nous faisons un constat, c'est que depuis une vingtaine d’années, on a les mêmes pénuries aux mêmes endroits. On a une inadéquation entre l'offre de formation et les besoins futurs du marché du travail. Trop de gens se forment encore à des métiers qui ne mènent pas à l'emploi. On a besoin d'une vraie réflexion sur la manière dont on oriente les gens", assène-t-il.

Agir dès l'école

Cette réflexion, il convient, selon Willocx, de la mener en amont, comprenez dans l'enseignement, où de nombreuses filières ne mènent à rien. "L'accès à l'emploi après le secondaire qualifiant n'est pas suffisant en Belgique francophone. On ne se soucie pas de ce que deviennent les élèves. La Flandre suit cela de beaucoup plus près", insiste-t-il.

Pour le boss de BECI et son homologue de l'UWE, il conviendra de mettre le paquet pour attirer les jeunes vers les métiers en pénurie, ce qui passera par une meilleure sensibilisation de ceux-ci dès l’école. "Il faut convaincre les pouvoirs organisateurs de l'intérêt de sensibiliser. Trop souvent, l'école a encore des difficultés à accepter qu'on explique les besoins du marché du travail. On nous attaque tout de suite en criant à l'adéquationnisme. Mais ce n'est pas le cas! Je suis convaincu qu'un des objectifs de l'enseignement consiste à mener les jeunes vers l'emploi et à les intégrer dans la société par ce biais", insiste Olivier de Wasseige.

"Trop souvent, l'école a encore des difficultés à accepter qu'on explique les besoins du marché du travail"
Olivier de Wasseige
Administrateur délégué de l'UWE

Outre la sensibilisation, ce dernier pointe l'intérêt de miser bien plus sur la formation en alternance, soit une formule d'apprentissage qui combine des périodes de formation générale et professionnelle à l'école ou en centre de formation avec des périodes de stage pratique en entreprise. Un point sur lequel le rejoint Olivier Valentin de la CGSLB: "On a encore de l'espace pour ce type de formation. Quand on voit l'importance et le succès de celle-ci en Allemagne, on se dit qu'il y a une réelle opportunité de la développer en Belgique."

Histoires de formation

  • Jérôme, un quadra qui dispose du statut d'artiste, a pris part à une formation du Forem en "sound design" au centre Technocité de Mons. Son idée? Se réorienter vers les métiers de l'audiovisuel. Perturbée par le Covid-19, sa formation s'est terminée en février après quatre mois de cours à temps plein. S'il s'estime aujourd'hui mieux préparé pour bosser dans le secteur audiovisuel, Jérôme n'a toutefois pas encore trouvé d'emploi. "En fin de formation, nous avons pu présenter nos acquis à des gens actifs dans le domaine et nouer des contacts. Je ne pense cependant pas que cela ait conduit à des engagements", admet-il.
  • Alain, un trentenaire bruxellois, a lui presque tout testé. Dès 2008, sans diplôme du secondaire, il se lance dans une formation accélérée d'aide comptable via Bruxelles formation. "Elle a été efficace vu qu’elle m'a permis de dégoter un job chez Vivaqua après six mois. J'y suis resté deux ans avec un CDD, mais ensuite je me suis à nouveau retrouvé au chômage. Après une formation visant à intégrer la police, j'ai décidé de me réorienter et d'entreprendre des études de kiné. Comme c'est un métier en pénurie à Bruxelles, j'ai pu conserver mes droits au chômage pendant celles-ci", explique-t-il.  A ce parcours bien rempli s'ajoute une autre formation pour devenir moniteur auto-école. "Je savais qu'il y avait de la demande, donc je l'ai fait et j'ai rapidement pu travailler aussi comme moniteur indépendant", note-t-il. Si Alain estime que l'offre bruxelloise est suffisante, il regrette "que certains participants aux formations ne soient là que pour conserver leurs droits aux allocations, c'est quelque chose qu'on ressent tout de suite".
  • Caroline, employée dans une entreprise de titre-services a perdu son job après l'éclatement de la crise. Après avoir digéré le coup, cette quadragénaire s'est tournée vers le Forem pour bénéficier d'une formation d'assistante de direction, organisée avec Cefora. Dispensée pendant quatre mois et suivie d'un stage, elle lui a permis "d'apprendre beaucoup de choses, même si tout n'était pas parfait", reconnaît-elle. Fin heureuse dans son cas, l'entreprise où elle a effectué son stage lui a offert un poste.

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