L'Onem met 60.000 jeunes au rapport

Pour les syndicats, avant de sanctionner, il faudrait plutôt dénicher des emplois pour les jeunes. Pas simple quand on sait que l'on a perdu 25.000 emplois en 2013. ©BELGA

À partir de ce lundi, les jeunes sans emploi sortis de l’école l’été dernier vont connaître leur premier entretien à l’Onem. La CSC craint que 15.000 d’entre eux n’échouent. Elle parle de bain de sang social à venir. Le gouvernement corrige le tir.

Arthur a 21 ans. En août dernier, il a terminé ses études en arts graphiques. Immédiatement, il s’est inscrit au Forem afin d’entamer son stage d’insertion professionnelle. Du travail, il n’en a toujours pas. C’est la crise, le marché de l’emploi dans son secteur est plutôt bouché.

Des jeunes comme lui, il y en a de plus en plus: au sud du pays, le nombre de jeunes en stage d’insertion a augmenté de 3% l’année dernière (23.000 en décembre). En Flandre, c’est pire: cette catégorie a progressé de 9,8% pour atteindre 17.237 jeunes. À Bruxelles par contre, le nombre de jeunes en stage d’insertion a baissé l’an dernier de 9,7% (6.506 jeunes).

ce lundi et les jours qui suivent, comme 30.000 jeunes francophones dans la même situation que lui, Arthur sera convoqué pour la première fois par l’Onem afin d’évaluer son comportement de recherche d’emploi. On lui posera des questions auxquelles il ne s’attendra pas nécessairement: combien de candidatures a-t-il envoyé, a-t-il répondu aux offres proposées, a-t-il réalisé des stages? Il joue gros. S’il n’enchaîne pas deux évaluations positives, il n’aura pas droit à ses allocations d’insertion au terme de son stage. Il lui faudra patienter.

"Les taux d’évaluation négative au premier entretien atteignent 50%, 15.000 jeunes risquent donc de voir leurs allocations reportées, s’inquiète la CSC. C’est un printemps noir pour la jeunesse qui s’annonce." En plus de ces 30.000 jeunes en attente d’allocations, 30.000 autres touchant déjà leur allocation d’insertion seront aussi contrôlés. "Ce qui porte à 60.000 le nombre de jeunes concernés par ces mesures", dit encore la CSC.

La colère gronde

Depuis l’entrée en vigueur, en 2012, des nouvelles dispositions du stage d’insertion professionnelle, les syndicats ne décolèrent pas contre le durcissement de la procédure. Le stage a été rallongé à 12 mois, et les contrôles sont nombreux.

Après ces douze mois, le jeune qui n’a pas trouvé de travail, mais qui a reçu des évaluations positives, touchera son allocation. Une somme pas bien consistante, regrette la FGTB: en moyenne 500 euros, avec une fourchette allant de 267 euros à 1.100 euros (pour un chef de ménage, une catégorie plutôt rare chez ces jeunes). "On est largement sous le seuil de pauvreté, dit la FGTB. Et pourtant, il va falloir ‘mériter’ son allocation". Car les contrôles se poursuivent tous les six mois. Et après trois ans sans emploi, le robinet est coupé. Ce qui suscite, à la CSC, des craintes pour 30.000 autres jeunes qui touchent déjà ces allocations, mais qui n’ont toujours pas trouvé de travail.

Vendredi, le conseil des ministres a approuvé un arrêté royal assouplissant cette dernière règle. Les jeunes travaillant à temps partiel, et certains jeunes fragilisés obtiendront un "rab". Cette période est rallongée.

Le jeune en stage d’attente qui ne trouve pas de travail, lui, ne perçoit toujours que les allocations familiales, et n’a d’autre choix que de vivre aux crochets de ses parents. "Pour prendre conscience de la situation, pour se mettre à chercher du travail, ce n’est pas très stimulant", explique Pedro Rodriguez, responsable des travailleurs sans emploi à la CSC. Il craint aussi que cette génération n’essuie les plâtres de la nouvelle réglementation. "Ces évaluations vont se passer dans des conditions déplorables: le nombre de demandeurs d’emploi qui doit être évalué en même temps est énorme."

En plus des jeunes en stage d’insertion, les contrôles ont en effet été élargis aux travailleurs à temps partiel et aux 50 +. Ce qui fait dire à la CSC que, toutes catégories confondues, 100.000 chômeurs vont être sanctionnés et exclus cette année, dont 50.000 jeunes qui ne toucheront plus leurs allocations d’insertion. "Notre propos n’est pas de défendre les allocations jusqu’à la pension. Mais mobilisons plutôt l’énergie à réduire le ratio d’1 offre d’emploi pour 40 demandeurs plutôt que de la consacrer à ces contrôles qui ne s’attaquent pas au problème global du marché de l’emploi, mais aux personnes. Il faut un moratoire de ces mesures, un audit de l’activation et une suspension de la dégressivité accrue des allocations dans le temps", conclut Pedro Rodriguez.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés