analyse

L'Open Vld change de ton sur la N-VA

Pour Alexander De Croo, vice-Premier ministre Open Vld du gouvernement en affaires courantes, "toutes les pistes sont ouvertes (au fédéral)". ©BELGA

Les libéraux flamands ouvrent-ils la porte à l'arc-en-ciel au Fédéral? La formule pousserait la N-VA dans l'opposition. Les voix sont (encore) dissonantes au sein de l'Open Vld et toutes les pistes restent ouvertes.

Jusqu’ici, l’univoque prévalait dans le discours de l’Open Vld au sujet d’un abandon de la N-VA dans un attelage fédéral. "Non, c’est non", "impossible", "suicidaire", le message était clair. Mais voilà, la donne vient de changer. Et la voix des libéraux flamands s’est faite plus équivoque en l’espace de quelques jours seulement, alors que l’informateur Paul Magnette doit faire état de ses avancées au Roi cet après-midi.

Tout a commencé au début du mois, avec des signaux venus de la Cité des comtes, portés par le bourgmestre Mathias De Clercq. "Un arc-en-ciel (rassemblant libéraux, socialistes et écologistes, NDLR) est une meilleure perspective qu’une bourguignonne (associant socialistes, libéraux et N-VA, NDLR)". Un coup de semonce, mais dans l’eau. 

Dans tous les cas, le parti doit se préparer, et préparer la base, à l’idée d’une possibilité de gouvernement sans la N-VA.
Carl Devos
Politologue à l'UGent

Enfin, jusqu’à ce week-end. Car cette fois, c’est le ministre flamand des Affaires intérieures, Bart Somers, qui a renchéri, paroles à l’appui. Le Malinois confiait sur le plateau de VTM être convaincu que les nationalistes flamands ne voulaient pas prendre part à un gouvernement au sommet de l’Etat. "Un aveugle pourrait le voir. Ils ne veulent pas se mouiller", a-t-il lâché. De quoi susciter une vive réactions des concernés qui ont alors accusé Bart Somers "d’affaiblir la position de négociation de la Flandre", et, dans le même temps, de renforcer celle du PS.

Préparer le parti et sa base

Est alors intervenu un second appel, plus tactique, plus indirect, lundi matin. Il est venu du ministre fédéral des Finances Alexander De Croo qui a déclaré sur Radio 1 que "Bart Somers n’a fait que répéter ce qu’il a entendu de la N-VA".

De quoi relativiser les propos de son homologue? Pas tout à fait. Car l’homme a ajouté, dans la foulée, un élément important: "toutes les pistes sont ouvertes (au fédéral, NDLR), mais la barre est haute". Donc un gouvernement fédéral pourrait se former sans la N-VA, pourtant partenaire en Flandre. 

Les propos d'Alexander De Croo sont loin d'être anodins. "Jusqu’ici l’option de gouverner (sans les nationalistes flamands, NDLR) était tout simplement exclue, ce n’était juste pas possible" pour l’Open Vld, analyse le politologue Carl Devos (UGent). "Ce qui n’est désormais plus le cas. Cela fait partie des possibilités". Pour autant, "cela ne veut pas dire que, parce qu’il y a un changement de ton, quoi que ce soit est déjà décidé. Je ne crois d’ailleurs pas que ce soit clair à ce stade quel scénario a reçu les faveurs au sein de l’Open Vld". "Mais, dans tous les cas, le parti doit se préparer, et préparer la base, à l’idée d’une possibilité de gouvernement sans la N-VA".

La patate chaude renvoyée au CD&V

Se préparer et préparer sa base, c'est précisément ce que l'Open Vld est en train de faire – tout comme en 2010, où l’on avait vu naître le gouvernement Di Rupo au fédéral quelques mois plus tard –, dans une communication plutôt maligne. Et pour cause, alors que l’informateur royal Paul Magnette avance, avec une méthode "intelligente de travail par thèmes sans pousser qui que ce soit", l’Open Vld assure ses arrières. Il pourra dire, a posteriori, qu’il avait ouvert la porte à tous les possibles. Et, dans la foulée, il renvoie la patate chaude au CD&V qui devra aussi se positionner.

De même qu'il place la N-VA dans la position de l’éventuel vilain petit canard qui pourrait quitter la table faute d'accord sur le contenu. Il évite aussi de lui donner un boulevard communicationnel en cas d’excommunication décidée par les autres partis. Cela pourrait signer – enfin, penseront certains – la concrétisation d’un accord de gouvernement fédéral, placé sous les couleurs de l’arc-en-ciel, éventuellement complété par le CD&V, voire, pourquoi pas, le cdH.

En sachant que les libéraux flamands ne veulent pas de changement de politique par rapport à l’exécutif Michel, alors que les socialistes et les partis écologistes, eux, veulent tout le contraire, on voit que le chemin vers un nouveau gouvernement reste sinueux.

Bart De Wever est d'ailleurs sorti de son mutisme des derniers mois à la mi-journée, évoquant sur la VRT une "attaque orchestrée" par l'Open Vld, et "un grand cadeau à Paul Magnette". Avant d'indiquer que son parti ne se laisserait pas mettre de côté dans la formation fédérale.

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