analyse

L'Open Vld dans un arc-en-ciel, un pari gagnant?

Gwendolyn Rutten, la présidente de l'Open Vld, et Mathias De Clercq, le bourgmestre de Gand qui souhaite que son parti participe à un gouvernement arc-en-ciel. ©BELGA

Difficile pour un parti libéral comme l'Open Vld de s'associer à la gauche. Difficile aussi de lâcher l'allié N-VA. Mais certains voient pourtant l'arc-en-ciel comme un pari gagnant pour le parti flamand.

Aïe! Voilà qui fait mal à l'image. Le bourgmestre de Gand, Mathias De Clercq, a été le premier membre de l'Open Vld à plaider ouvertement pour une coalition arc-en-ciel au Fédéral. Il s'est exprimé dans De Standaard ce jeudi. "Au lieu de qualifier une coalition 'arc-en-ciel' d'impossible, de pas souhaitable ou de dernière option, les socialistes, les libéraux et les verts devraient saisir cette opportunité pour opérer un changement d'avis complet. Un arc-en-ciel: non pas par nécessité, mais par conviction."

Mathias De Clercq, qui mène à Gand un collège formé de l'Open Vld, de Groen, du sp.a et du CD&V, ne favorise pas la piste bourguignonne (N-VA, PS, sp.a, Open Vld, MR), qu'il décrit comme une coalition de "l'impuissance, de la méfiance et des chamailleries".

Dissensions

On peut parler de tensions claires et nettes au sein du parti libéral flamand quant à la formation d'une coalition arc-en-ciel au fédéral. On savait que Vincent Van Quickenborne voulait un coup de barre à droite. Le vice-premier ministre Alexander De Croo et le chef de groupe à la Chambre Egbert Lachaert ont, eux, déjà exclu la possibilité d'une coalition arc-en-ciel. Toutes ces divergences font un peu tache...

"Ce genre de division existe depuis longtemps au sein de l'Open Vld, rappelle Dave Sinardet, politologue à la VUB. Il y a une aile plus à droite et une autre plus à gauche, avec des dissensions sur plusieurs terrains, notamment l'immigration et l'intégration. Comme dans tous les partis, sauf au Vlaams Belang et chez Groen."

Entrer dans un gouvernement arc-en-ciel donnerait davantage de couleurs à l'Open Vld!
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

Ainsi, l'Open Vld n'a jamais tranché entre un modèle libéral progressiste urbain ou une ligne plus dure sur les questions migratoires et le socio-économique. Ceux qui se positionnaient le plus à droite sont partis à la N-VA. Les autres restent et certains donnent de la voix là où ils peuvent. Comme le même Mathias De Clercq qui, le week-end dernier, apostrophait sèchement sur Twitter la ministre N-VA Zuhal Demir, pourtant partenaire de l'Open Vld dans le gouvernement flamand, sur son idée d'inclure dans le "canon flamand" les boulettes à la sauce tomate...

Comment s'afficher face à la N-VA?

La question qui se pose aujourd'hui, c'est bien celle de l'entrée ou non dans un gouvernement fédéral sans la N-VA. "Évidemment, ce qui rend les choses si difficiles, c'est que l'Open Vld est associé à la N-VA à la Région, dans un gouvernement de droite. Entrer par ailleurs dans un gouvernement 'de gauche' et donc devoir afficher deux profils si différents n'est pas évident. En sachant que le parti vit déjà une certaine schizophrénie au gouvernement flamand, avec son ministre Bart Somers qui est plutôt progressiste", constate Dave Sinardet.

En filigranes se pose donc surtout le problème: comment se comporter face à la N-VA? "Est-ce vraiment dans l'intérêt de l'Open Vld d'encore s'afficher comme une succursale de la N-VA? Mais alors, quel est l'intérêt de voter pour ce parti?" Et Dave Sinardet de relever que si la N-VA fait sa cure d'opposition au fédéral, ce sera l'occasion pour l'Open Vld de se profiler comme un parti du centre qui gouverne et réalise ses idées. "Entrer dans un gouvernement arc-en-ciel lui donnerait davantage de couleurs!"

Pactiser avec l'ennemi

Se distinguer de la N-VA, OK. Mais quel est l'intérêt de s'associer à des partis de gauche? Les libéraux flamands ont-ils vraiment quelque chose à gagner en entrant dans un gouvernement fédéral? "Ils n'ont rien à perdre!, assène Dave Sinardet. Affirmer que s'associer à un parti idéologiquement éloigné est un scénario suicide, c'est une analyse bien trop simple! On dit ça aussi pour le PS et la N-VA, et je ne suis pas d'accord. La réussite dépend de bien d'autres facteurs."

Affirmer que s'associer à un parti idéologiquement éloigné est un scénario suicide, c'est une analyse bien trop simple!
Dave Sinardet

Et pour preuve, le politologue de la VUB revient sur quelques-unes des expériences de l'Open Vld en matière gouvernementale. Ainsi, après avoir participé au gouvernement Di Rupo, le parti avait gagné un siège. Par contre, après Michel Ier, qui constituait une expérience très confortable en somme pour un parti de droite, ce fut l'échec électoral... Face à ces constats, la théorie du suicide politique se dégonfle.

Alors, à quoi ça tient la réussite d'un gouvernement panaché? "La réussite est liée à la créativité montrée pour trouver des compromis accordant des avancées importantes. Ça dépend aussi de la cohésion au sein du gouvernement, de la volonté affichée pour faire aboutir le programme", décrypte le politologue.

Maintenant, c'est à la présidente des libéraux flamands, Gwendolyn Rutten, d'exposer ses vues à Paul Magnette, l'informateur royal...

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