interview

"L'Open Vld pourrait tirer profit de la situation, c'est le parti en forme du moment"

©JOURET

Pour Bart Maddens (KULeuven), la N-VA fera tout pour récupérer ses électeurs partis au Vlaams Belang. Quitte à déplaire au patronat. L’Open Vld est en première ligne pour en profiter.

Je vois deux scénarios possibles pour ce gouvernement.

Professeur de sciences politiques à la KULeuven, Bart Maddens est réputé proche des nationalistes flamands. Il explique pourquoi la N-VA n’entend pas céder un pouce de terrain sur le pacte migratoire.

Bart De Wever a-t-il toujours la régie en mains?

 
Ce qui s’est passé mardi atteste à tout le moins d’un malentendu entre l’équipe de communication et le sommet du parti. Au niveau politique en revanche, la ligne du parti est restée claire depuis le début. Seul le chef de groupe Peter De Roover parle, les autres membres du parti restent en retrait.

N’y a-t-il quand même pas quelques tensions au sein du parti, entre idéologues et pragmatiques?

 
Il est certainement plus facile pour Peter De Roover de pousser le gouvernement à la démission que pour les ministres et quelques centaines de cabinettards de se retrouver du jour au lendemain à la rue. Cela étant, je n’ai pas le sentiment que nous soyons en présence de deux blocs politiques qui se font face. Le parti dans son ensemble a pris la décision stratégique de faire du pacte migratoire un point de rupture.

La N-VA aurait-elle sous-estimé la détermination de Charles Michel?

 
La manœuvre de Michel de s’adresser au Parlement au lieu de se rendre chez le Roi a pris de court la N-VA. Le parti n’a pas vu à quel point Michel doit se débattre, au sud du pays, avec cette image de marionnette de Bart De Wever. Cette crise arrange plutôt bien Charles Michel qui, mardi soir, a parlé devant la presse en tant que chef.

La N-VA vise deux publics: les électeurs du Vlaams Belang et les entrepreneurs. Cette position est-elle encore tenable?

 
C’est plutôt une sorte de miracle que cette position ait pu être tenue jusqu’ici. Le parti est toujours parvenu à émettre sur ces deux fréquences différentes. D’une part en tant que parti gestionnaire et responsable et d’autre part, en tant que parti anti-establishment. On constate aujourd’hui que cette stratégie a atteint ses limites.

Le parti, à qui rien ne semblait résister, va-t-il entrer dans une phase de déclin?

 
Les élections communales ont été une grande victoire pour le Vlaams Belang, qui était en état de mort clinique en 2014 et qui aujourd’hui est le troisième parti de Flandre avec 13%. C’est par chance que la N-VA a pu conserver la Ville d’Anvers. Depuis ce 14 octobre, la direction du parti a pris la décision stratégique de regagner à tout prix les électeurs du Vlaams Belang. Quitte à sacrifier une partie de son crédit auprès des patrons.

Bart De Wever négocie actuellement avec les socialistes la mise en place d’une majorité à Anvers. Est-ce le signe que la N-VA s’est mise à l’heure du pragmatisme?

Les libéraux flamands sont un peu le vainqueur caché du scrutin du 14 octobre. Ils ont gagné le mayorat dans plusieurs villes, à Gand, Ostende, Malines, Courtrai et Aarschot. C’est le parti en forme du moment.


Derrière une image exprimant une certaine dureté, la N-VA a toujours été pragmatique. Et ce, dès la mise en place du cartel avec le CD&V en 2004. La participation à un gouvernement socio-économique sans réformes institutionnelles est une autre illustration de ce pragmatisme. La position sur le pacte migratoire constitue une rupture avec ce pragmatisme historique.

Votre doctrine, qui consiste à assécher l’État fédéral pour amener les francophones à la table de négociation, a-t-elle été appliquée par la N-VA depuis 2014?


La doctrine Maddens est régulièrement citée par la N-VA pour plaire à son arrière-ban nationaliste. L’idée est qu’en gouvernant la Belgique avec une majorité flamande de droite, on amène le PS à dire stop et à négocier une réforme institutionnelle. Pour ma part, j’ai toujours dit que ça ne marcherait pas dans la mesure où la N-VA n’est plus si à droite que cela. Les réformes de la suédoise n’ont rien de néolibéral ou de thatchérien.

L’opinion flamande est-elle mûre pour une nouvelle réforme de l’État?


Ce n’est pas à l’ordre du jour. En septembre 2016, lors du départ de Hendrik Vuye et de Veerle Wouters, Bart De Wever a plaidé pour une poursuite du gouvernement actuel sans réforme de l’État. Un peu plus tard, en 2017, il a esquissé les trois thèmes de la prochaine campagne: sécurité, prospérité, identité. Pas un mot sur le confédéralisme.

Bart De Wever a-t-il encore le soutien des patrons flamands?


Ce dernier épisode marque une sorte de rupture de confiance. Le monde de l’entreprise n’est pas très emballé à l’idée de porter un coup d’arrêt aux réformes socio-économiques. Si la crise dégénère vraiment, la N-VA risque d’y perdre un précieux allié.

Ce serait tout bénéfice pour le CD&V et l’Open Vld?


C’est surtout l’Open Vld qui pourrait en tirer profit. Les libéraux flamands sont un peu le vainqueur caché du scrutin du 14 octobre. Ils ont gagné le mayorat dans plusieurs villes, à Gand, Ostende, Malines, Courtrai et Aarschot. C’est le parti en forme du moment. Il a choisi de virer plus au centre de l’échiquier politique. Ce qui n’est pas sans risque non plus. Car l’immigration, l’asile et l’islam demeurent des sujets très sensibles en Flandre. C’est pourquoi la N-VA n’entend pas céder un pouce de terrain sur ces thématiques.

Derrière une image exprimant une certaine dureté, la N-VA a toujours été pragmatique.
Bart Maddens
KULeuven

 

Comment évaluez-vous les chances de survie de ce gouvernement?


Il est déjà aux soins palliatifs. Je vois deux scénarios possibles. Soit la N-VA reste au gouvernement et perd en grande partie la face. On poursuit le travail, mais dans une ambiance glaciale. Soit les ministres N-VA démissionnent et on va vers un gouvernement de transition qui s’appuie sur le soutien passif de l’opposition.

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