La Belgique maintient sa ligne dure

La Belgique sacrifie les fêtes de fin d'année, mais tient sa stratégie en deux phases lui permettant de déterminer quand elle peut commencer à lever les restrictions. Peut-être pas le plus réjouissant, mais le plus essentiel. ©Photo News

Ceux qui espéraient une trêve de Noël en sont pour leurs frais. Les festivités de fin d'année se passeront sous cloche. Les commerces, par contre, peuvent rouvrir. Et la Belgique tient un début de stratégie de sortie de crise.

C'est ce qui s'appelle du funambulisme. Ne surtout pas relancer la machine épidémique, en lâchant précipitamment la bride, tout en évitant de faire sombrer pour de bon le commerce et le moral des Belges... Telle était la périlleuse tâche du Comité de concertation de ce vendredi. Confronté au fait qu'il est sans doute moins ardu de placer un pays sous cloche que de soulever celle-ci tout doucement, sans faux mouvement se payant immanquablement très cher.

Parce que, comment concilier ces élans contradictoires? D'un côté, des appels à un allègement des restrictions, repris jusque dans les gouvernements par une brochette de ministres. Il faut rouvrir les commerces non essentiels sous peine de les voir disparaître; il faut sauver Noël sous peine de voir le Belge dépérir – ou célébrer sous cape.

De l'autre, l'insistance solennelle des experts et des hôpitaux. Même si la tendance est encourageante, il est bien trop tôt pour relâcher l'effort et s'aventurer sur le sentier glissant de l'assouplissement. Les chiffres sont arides, mais leur discours est clair. Avec une moyenne de 256,9 admissions par jour et un total de 4.395 patients Covid hospitalisés, dont 1.034 aux soins intensifs, on se trouve, à peu de choses près, avec des indicateurs deux fois plus élevés qu'au début du déconfinement du joli mois de mai. Alors que l'hiver s'installe... Voici ce qu'il en est ressorti, en fin de journée.

Ceci n'est pas un déconfinement

"La situation s'améliore, se réjouit Alexander De Croo (Open Vld). Mais il ne faudrait pas mettre en péril ce que nous avons construit durant quatre semaines." Le comité de concertation a opté pour "la plus grande prudence".

"La situation s'améliore, mais il ne faudrait pas mettre en péril, par des décisions irréfléchies, ce que nous avons construit durant quatre semaines."
Alexander De Croo
Premier ministre

De déconfinement, il n'est pas question. La Belgique garde le cap. Et ne changera son fusil d'épaule que lorsque les chiffres seront suffisamment bas. "D'après les modèles, cela pourrait se produire mi-janvier, si nous maintenons nos efforts", glisse le Premier. L'idée étant de donner une perspective, mais pas de nourrir de faux espoirs.

Les mesures qui suivent sont valables jusqu'au 15 janvier, et le tout sera réévalué début de ce même mois.

Noël à petite échelle

Couvre-feu, interdiction de rassemblement et bulle d'une personne. Le tout est maintenu durant les festivités de fin d'année. Et tant pis pour Noël, qui se fêtera à petite échelle, avec les gens habitant sous le même toit. Seule exception: le 24 ou le 25 décembre, les personnes seules ont l'autorisation d'inviter leurs deux contacts en même temps.

"Moi aussi, j'aurais souhaité fêter Noël avec ma soeur et mes parents. Cela ne sera pas le cas cette année."
Alexander De Croo
Premier ministre

"Beaucoup avaient espéré qu'il en soit autrement, reconnaît Alexander De Croo. Je comprends cette déception. Moi aussi, j'aurais souhaité fêter Noël avec ma soeur et mes parents. Cela ne sera pas le cas cette année. Faisons de Noël le point final de cette année catastrophique, et non le point de départ d'une nouvelle."

Les commerces non-essentiels rouvrent

C'était pressenti, c'est confirmé. Les commerces non essentiels, forcés de baisser le rideau début novembre, pourront rouvrir le 1er décembre. Sous strictes conditions, s'entend bien. Tout comme les musées et les piscines.

"Il ne s'agit pas d'un vrai assouplissement. Parce qu'il apparaît que l'ouverture ou la fermeture des magasins non essentiels a un impact très limité sur l'épidémie."
Pedro Facon
Commissaire corona

Faut-il y voir un début de relâchement? "Il ne s'agit pas d'un vrai assouplissement, tempère Pedro Facon, le 'commissaire corona'. Parce qu'il apparaît que l'ouverture ou la fermeture des magasins non essentiels a un impact très limité sur l'épidémie. Si, du moins, les conditions sont respectées, notamment en matière d'attroupements, à l'intérieur ou à l'extérieur."

À lire entre les lignes. Si jamais la Belgique devait à nouveau se confiner, ces mêmes commerces non essentiels ne devraient plus figurer dans le "paquet de base" du lockdown, sauce belge.

Contrôle des voyageurs

Les voyages non essentiels restent fortement déconseillés. Et la Belgique suivra de plus près les sauteurs de frontières, notamment en contrôlant le respect de la quarantaine.

Une stratégie en deux phases

Il a beau être traversé de "sentiments partagés", regretter les "décisions difficiles", il affiche surtout un grand sourire, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a). Sans doute parce que la rigueur reste de mise – mais cela, il ne le dira pas.

"Ce n'est que lorsque nous sommes à une distance de sécurité de la tempête que nous pouvons commencer à assouplir. Et là, c'est au débat politique de trancher."
Frank Vandenbroucke
Ministre fédéral de la Santé

Sourire, parce que le Comité de concertation a acté une stratégie en deux phases; notez qu'il n'est plus question de baromètre. La première consiste à sortir de la tempête - la Belgique s'y échine encore. C'est la phase "descendante". "Ce n'est que lorsque nous sommes à une distance de sécurité de la tempête que nous pouvons commencer à assouplir. Et là, c'est au débat politique de trancher."

Reste qu'il faut bien un déclencheur permettant de considérer que le gros de la crise est passé et que l'on peut commencer à respirer. Quand basculer dans cette seconde phase, dite "de gestion"? Lorsque trois conditions sont réunies.

Un: le nombre de contaminations est inférieur à 800 par jour. "Ce n'est pas encore idéal", reconnaît Frank Vandenbroucke. Mais en deçà des 2.765 actuelles. Deux: moins de 75 admissions Covid par jour à l'hôpital. Trois: les indicateurs scrutant l'épidémie doivent connaître une tendance positive. Qui sait, mi-janvier peut-être?

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