"La Belgique ne pouvait pas être la cause d'une crise européenne"

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Le Premier ministre a dû justifier le choix de Didier Reynders en tant que futur commissaire européen et la procédure suivie pour cette désignation.

La commission des Relations extérieures de la Chambre s’est penchée ce vendredi sur la procédure de désignation du MR Didier Reynders en tant que commissaire européen pour le poste réservé à la Belgique.

La désignation du libéral francophone, annoncée un vendredi soir, le 24 août, après 21h et lapidairement par l’agence Belga, en a irrité plus d’un. Appelé à s’expliquer, le Premier ministre a justifié la manœuvre par l’urgence. Il a expliqué qu’il avait reçu un courrier d’Ursula von der Leyen, présidente de la future Commission, le 19 juillet dernier, et qu’il devait lui apporter une réponse pour le 26 août au plus tard.

Plusieurs députés ont balayé, voire moqué, cet argument de l’urgence. Comme François De Smet (DéFI), qui a lancé à Charles Michel: "Difficile d’invoquer l’urgence quand on a soi-même participé à cette urgence!"

Un débat sur la forme

"S’il y avait eu un débat ici, on sait comment il aurait tourné!"
Charles Michel
Premier ministre

Plusieurs alternatives ont été évoquées, comme une absence de réponse dans les délais à Ursula von der Leyen, l’organisation d’un débat au Parlement ou encore la désignation d’un candidat de la société civile. Mais pour Charles Michel, ne pas respecter les délais aurait eu de lourdes conséquences sur toute la future Commission. "Je ne voulais pas que la Belgique soit la cause d’une crise des institutions européennes", a-t-il argumenté.

Quand à l’absence d’organisation d’un débat dans le cadre du Parlement, il a été plusieurs fois rappelé, notamment par le cdH Georges Dallemagne, que ce n’était pas au pouvoir législatif de se positionner sur le choix d’un candidat mais bel et bien à l’exécutif. Et, plus ferme, Charles Michel a balayé le principe de la consultation des parlementaires à ce sujet: "S’il y avait eu un débat ici, on sait comment il aurait tourné et il aurait été impossible d’honorer cette date du 26 août."

Que va faire Reynders?

Autre réclamation récurrente, celle d’un débat sur le projet de Didier Reynders. "Que veut la Belgique pour l’Europe de demain?" s’est interrogé l’Ecolo Georges Gilkinet en commission. Le socialiste Hugues Bayez venait avec la même demande, voulant savoir ce que "va faire Didier Reynders pour mettre en place un véritable pilier social, relancer l’économie, lutter contre le réchauffement climatique, protéger nos emplois…?"

Un des points qui a particulièrement titillé les membres de la commission des Relations extérieures, c’est le terme de "contacts informels", vu que Charles Michel a expliqué avoir pris sa décision "conscient des limites des affaires courantes et après avoir pris des contacts informels" mais n’a pas précisé qui il avait consulté. Et impossible de le savoir clairement puisque le Premier ministre dit avoir approché des responsables des "partis démocratiques" alors que les verts et DéFI affirment ne pas avoir été consultés…

Changer le système

Le processus de désignation de Didier Reynders étant de toute façon lancé (il a déjà rencontré Ursula von der Leyen), plusieurs membres de la commission Relations extérieures ont surtout plaidé pour qu’un système clair soit implémenté à l’avenir, afin qu’un prochain gouvernement en affaires courantes ne soit encore confronté à ce genre de situation, demandant une réponse rapide et dont l’enjeu est important.

Le CD&V Servais Verherstraeten a ainsi pointé la responsabilité des derniers gouvernements: "Depuis juillet 2012, nous avons décidé que nous organisions les élections européennes concomitamment aux fédérales. Nous le savions depuis sept ans, deux ans avant la précédente désignation d’un commissaire. Nous aurions pu mettre en place une procédure, nous ne l’avons pas fait."

Bref, une clarification des pouvoirs d’un gouvernement en affaires courantes, qui n’est pas chose rare en notre pays, s’impose clairement…

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