"La Chine pourrait chercher des alternatives à nos exportations"

Entre Pékin et Bruxelles, la tension monte. ©REUTERS

La Chine menace la Belgique d'une dégradation de leurs relations après l'adoption d'une résolution sur le sort des Ouïghours en commission du Parlement fédéral.

"Mensonges" et "fausses infos": les autorités chinoises sont visiblement ulcérées par les députés belges. En cause? L'adoption par ceux-ci, en commission de la Chambre, d'un texte reconnaissant "un risque sérieux de génocide" de la minorité musulmane des Ouïghours du Xinjiang, territoire autonome du nord-ouest de la Chine.

8,5
Milliards d'euros
En 2020, les exportations belges vers la Chine ont représenté 8,5 milliards d'euros.

Pour Pékin, c'en est trop! Après avoir sanctionné l'auteur de la résolution, Samuel Cogolati (Ecolo), le régime de Xi Jinping appelle la Belgique à "rectifier immédiatement son erreur", faute de quoi les relations bilatérales entre les deux États en pâtiront, prévient-il.

Une réaction surprenante? Pas du tout, selon le professeur de relations internationales, Tanguy Struye (UCLouvain). "Dès que la Chine se sent menacée dans son intégrité, elle intervient en condamnant les propos, mais aussi parfois en instaurant des représailles économiques. Elle se sent désormais suffisamment puissante pour montrer son visage dur", explique-t-il.

Commerce menacé

Une situation préoccupante, d'autant que les relations commerciales sino-belges sont très loin d'être insignifiantes. En 2020, la Chine était le 5e fournisseur de la Belgique et son 9e client, selon les statistiques de l'agence pour le commerce extérieur. Les exportations belges vers l'Empire du Milieu s'élevaient ainsi à 8,5 milliards, tandis que les importations en sa provenance atteignaient 18,2 milliards. 

Environ 2.500 sociétés belges sont concernées par des exportations directes, chiffre-t-on à la Banque nationale de Belgique. Et quelque 17.000, lorsque l’on se penche sur les importations. 

"La Chine pourrait refuser d'importer certaines matières premières."
Tanguy Struye
Professeur de relations internationales à l'UCLouvain

Selon le professeur Struye, ces relations commerciales sont toutefois susceptibles d'être mises à mal. "La Chine pourrait refuser d'importer certaines matières premières, chercher des alternatives à nos exportations, ou encore limiter ses investissements dans notre pays", prévient-il.

D'autres États ont déjà fait les frais de telles représailles. Cas d'école: l'Australie dont Pékin a refusé d'importer les vins pour des motifs farfelus, après plusieurs désaccords politiques.

Du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on s'inquiète logiquement "des récentes tensions diplomatiques susceptibles d’affecter les échanges entre notre pays et la Chine", tout en précisant que le climat d'affaires pour les entreprises étrangères dans ce pays semble s'être dégradé.

Cyberattaques et fake news

Au-delà du levier économique, le dragon chinois dispose d'autres armes. "On pourrait assister à une multiplication des cyberattaques", à l'instar de celle qui avait touché, début mai, le réseau Belnet et paralysé plusieurs heures la Chambre, où des auditions relatives à la situation des Ouïghours devaient justement se tenir, rappelle le professeur Struye. Si l'implication chinoise dans cette action n'a pas été démontrée, un faisceau de présomptions pointe toutefois vers Pékin.

Autre effet à craindre si les tensions persistent: une intensification de la guerre de l'information, avec une propagation de "fake news".

Hors de question de reculer

Dans les prochains jours et semaines, les diplomates belges œuvreront probablement à apaiser les relations avec Pékin. Pour autant, la Belgique ne peut pas reculer, à moins qu'elle ne tienne à écorner sa crédibilité et son prestige international, insiste Struye.

Visiblement, ce n'est pas l'intention, d'autant plus que les préoccupations belges quant au sort des Ouïghours sont loin d'être uniques. Les parlements néerlandais, canadien, lituanien, tchèque et britannique, mais aussi l'administration du président américain Joe Biden, ont déjà condamné les violations des droits humains dans le Xinjiang.

Interrogée mercredi, la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès (MR) a défendu l'indépendance et les libertés de réflexion et d'expression du Parlement belge, soulignant que le gouvernement n'avait pas à le contrôler. Un détail qu'il n'était probablement pas inutile de rappeler au Parti communiste Chinois, lequel règne sans partage sur l'ensemble du processus décisionnel à l'intérieur de ses frontières.

"Nous ne faiblirons pas en Belgique face aux sanctions ou intimidations, peu importe le pays."
Samuel Cogolati (Ecolo)
Auteur de la résolution

À l'origine de la résolution, le député Cogolati a pour sa part assuré qu'il ne faiblirait pas. "Dénoncer les abus graves et nous lever contre les discriminations, ce n'est rien de plus que notre mission comme parlementaire. D'autres assemblées démocratiques ont aussi dénoncé un génocide avant nous. Voilà pourquoi nous ne faiblirons pas en Belgique face aux sanctions ou intimidations, peu importe le pays, puissant ou non. C'est cet attachement aux droits fondamentaux qui grandit notre petit pays", a-t-il affirmé.

Le résumé

  • La Chine est furieuse après l'adoption en commission de la Chambre d'une résolution relative à la situation des Ouïghours.
  • Pékin met en garde contre une dégradation des relations bilatérales.
  • Selon le professeur Tanguy Struye, la Chine pourrait mettre en place des représailles économiques.
  • Les exportations belges, mais aussi les investissements chinois en Belgique, seraient menacés.

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