analyse

Une coalition Diables Rouges? Des atouts et... des problèmes

Joachim Coens et Georges-Louis Bouchez feront un rapport intermédiaire le 20 janvier. ©BELGA

Les informateurs royaux envisagent désormais une coalition Diables Rouges, se servant du sp.a en appât pour faire mordre le PS. Faisabilité? Motivation?

Une solution, il en faudra bien une, un jour. Les essais s'enchaînent. On pourrait parler de lassitude, mais parfois, ça bouge un peu. Lundi, le Palais a accordé quinze jours aux informateurs pour éprouver, une fois de plus, la faisabilité d'une coalition alliant le PS et la N-VA. Encore? C'est Bart De Wever qui a fait pencher à nouveau la balance de ce côté-là. Le week-end dernier, le président de la N-VA s'est subitement positionné pour un programme penchant potentiellement davantage à gauche, parlant de "politique sociale forte" et du "relèvement des petites pensions". De quoi s'attirer à tout le moins les faveurs du s.pa. Qui pourrait alors jouer à la souris pour faire bouger le matou PS. Voilà l'idée.

Beaucoup de bruit pour rien? Il y a quand même une nouveauté. La Diables rouges: C'est le nom donné à la nouvelle possibilité de coalition: N-VA, PS, s.pa, MR et CD&V.  Une bourguignonne dans laquelle l'Open VLD serait remplacé par le CD&V. 80 sièges sur 150 à la Chambre (et une majorité dans les deux groupes linguistiques); le compte y est. 

Quel intérêt pour le sp.a?

Comment cette idée a-t-elle été rendue envisageable? L'idée est venue de Bart De Wever lui-même. Pourquoi mérite-t-elle d'être explorée? "C'est une des conditions du PS pour réfléchir à une éventuelle ouverture envers la N-VA: pas deux partis libéraux!", argumente Dave Sinardet, politologue (VUB).

Le s.pa est plutôt porté sur la piste Vivaldi.
Dave Sinardet
Politologue (VUB)

On peut se demander aussi pourquoi les socialistes flamands entreraient tout d'un coup si facilement dans le sillage des nationalistes flamands. "Le s.pa est plutôt porté sur la piste Vivaldi (MR, Open VLD, PS, sp.a, Ecolo/Groen et CD&V, NDLR). Mais il ne se sent peut-être pas pris très au sérieux par les informateurs. Il n'est pas vraiment d'accord avec leur note de centre-droit. Il y a peut-être aussi certaines crispations entre Georges-Louis Bouchez et Conner Rousseau", énumère Dave Sinardet.

De plus, nationalistes et socialistes flamands ont un palmarès commun. Ils ont gouverné la Flandre ensemble, de 2009 à 2014, avec le CD&V. À Anvers, les deux partis sont actuellement unis. "Et ça marche assez bien", glisse le politologue de la VUB, ajoutant: "Bart De Wever a su attirer de l'argent flamand vers Anvers. Dans ce cadre, c'est plus facile de faire des compromis... Le sp.a a aussi eu deux postes d'échevins... Et puis, le sp.a, c'est une version rouge du CD&V: c'est un parti de pouvoir!"

La N-VA est un parti idéologiquement flexible.

La N-VA vient donc de dire qu'elle peut s'ouvrir à une politique plus sociale. D'ailleurs, elle l'a déjà fait. En 2009 en Flandre notamment, même si c'était avec une logique autonomiste. "C'est un parti idéologiquement flexible, remarque Dave Sinardet.  Mais elle sera confrontée à des problèmes de budget, à l'idée de nouvelles taxes, si elle veut se porter plus à gauche. Difficile pour elle!"

 L'immigration n'est pas non plus un thème actuel qui sépare totalement le parti de Bart De Wever du sp.a. "Il y a un courant interne pour une politique migratoire un peu plus à droite. Crombez a essayé, il n'a pas été suivi par tout le parti, mais Rousseau s'inscrit aussi sur cette ligne." Sur le communautaire, le sp.a présente aussi une certaine flexibilité, du moment qu'on ne fédéralise pas la sécurité sociale.

Ça peut marcher?

Alors, la coalition Diables rouge, on y croit? L'option présente quand même deux problèmes majeurs. D'abord, il faut que le MR soit prêt à lâcher l'Open VLD. Le second écueil, c'est le sempiternel refus du PS à se marier avec la N-VA. "Le PS n'en a pas envie et il n'est pas clair de savoir si la N-VA a réellement envie de faire cet effort", soupire Dave Sinardet, qui ne croit de fait pas en cette alliance. "Pas qu'il y ait un réel problème de fond. Regardez en Autriche: les verts et les conservateurs de droite sont bien parvenus à s'unir. Le vrai problème, c'est la volonté politique. Et derrière celle-ci, il y a la perception. Comment les partis pourront-ils justifier auprès de leur arrière-ban, après des années de diabolisation mutuelle, de s'être accordé tant de concessions?"

Les informateurs,  Joachim Coens (CD&V) et Georges-Louis Bouchez (MR), doivent rendre un rapport intermédiaire au Roi le 20 janvier et leurs conclusions le 28. On saura s'ils ont réellement fait bouger les lignes de chacun. Ou si on repart pour un autre tour. Avec une autre musique. Un nouvel air de Vivaldi peut-être?

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