analyse

La construction, lion sans dents du plan de relance belge?

Former en nombre suffisant des ouvriers qualifiés aux derniers standards de la construction: un casse-tête pour l'instant déjà. ©Thomas&Piron

Le secteur belge de la construction, où les travailleurs locaux ont repris la main, se verra attribuer la part du lion des plans de relance actuellement sur la table du politique. Mais encore faut-il qu’une main-d’œuvre qualifiée suffisante puisse croquer à pleines dents cette part.

En trois ans, le nombre d'ouvriers venus d’un autre pays et déclarés en Belgique sur des chantiers de construction a baissé de 38%, passant de 92.463 en 2017 à 57.346 en 2020.

L'année dernière, la majorité de ces travailleurs  - ouvriers et indépendants confondus - venait de Pologne, des Pays-Bas et du Portugal, ce dernier représentant le premier pays européen fournisseur d’ouvriers détachés chez nous (5.636 ouvriers déclarés en 2020).

Selon Robert de Mûelenaere, l’administrateur délégué de la Confédération Construction, trois causes peuvent expliquer cette forte baisse: le Plan pour une Concurrence loyale (PCL) conclu sous le gouvernement Michel - et désormais presque entièrement mis en œuvre -, la réduction des charges sociales accordée à la construction depuis 2018 et, bien sûr, la crise du coronavirus qui, via les mesures de confinement prises par tous les pays européens, a rendu la circulation des travailleurs détachés bien plus complexe, voire impossible.

Pour la Confédération Construction, preuve est faite que le PCL, signé avec les syndicats et le gouvernement fédéral en 2015 autour de 40 points d'action concrets, est parvenu à ses fins. Il a progressivement enrayé le dumping social débridé qui sévissait alors au détriment direct de la plupart des quelque 16.000 entreprises belges du secteur actives dans tous les segments de la construction (indépendants, PME et grandes entreprises).

60%
des 6 milliards d'euros
C'est la part du lion octroyée au secteur de la construction au sens large dans l'enveloppe globale belge du plan de relance.

Ce constat tombe à point alors que la Belgique affine comment exploiter au mieux la manne financière européenne censée activer son plan de relance et de résilience. La Confédération se réjouit d’ailleurs que le gouvernement fédéral ait attribué la part du lion - 60% des 6 milliards d’euros provenant de l'enveloppe européenne - au secteur de la construction, et plus particulièrement à la rénovation de bâtiments scolaires, la construction de logements sociaux et les travaux aux voies ferroviaires. "Nous sommes prêts pour ce défi de taille et ferons tout pour attirer plus de jeunes et de femmes dans nos filières", assure Robert de Mûelenaere.

Vision à 10 ans

Le promettre est une chose. Mais comment dépasser la méthode Coué? Pour finaliser ce plan de relance, baptisé à l’échelle wallonne Get Up Wallonia, le conseil stratégique composé de 9 experts académiciens montre notamment du doigt, parmi  les 7 plaies de Wallonie, l’important taux de chômage et les carences dans la formation. Dans les filières techniques et scientifiques (STEM), la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est clairement considérée comme un frein au développement régional.

"Nous ferons tout pour attirer plus de jeunes et de femmes dans nos filières".
Robert de Mûelenaere
Administrateur délégué Confédération Construction

Il semble donc évident qu’un des points forts pour ce plan de relance en passe d’être validé passera par une refonte de la formation des jeunes, notamment en sortant du cadre scolaire traditionnel et en opérant un "basculement progressif de tout ou partie de certaines filières d’enseignement qualifiant de plein exercice vers des parcours en alternance", essentiellement en entreprise.  

À ceux, nombreux, qui doutent de la capacité du secteur à fournir dans les temps la main d’œuvre nécessaire, Robert de Mûelenaere précise que le nombre de formations sur le lieu de travail a déjà triplé ces dernières années dans les filières qu’il fédère. Et le nouveau président de son aile wallonne (CCW), Bernard Piron, ajoute faire de cette matière régionalisée une de ses priorités, en multipliant les contacts avec tous les acteurs concernés (FOREM, IFAPME, etc.). "Même si certains points sur la table sont encore sensibles, les acteurs publics et privés autour de la table ont compris l’urgence à avancer groupés", précise-t-il.

Le résumé

  • Les travailleurs "détachés" sont une plaie pour le secteur de la construction.
  • Ils ont été réduits de 38% en 3 ans.
  • Le secteur de la construction tire la part du lion dans le plan de relance belge.
  • Mais la main-d'œuvre locale fait défaut pour répondre à la demande qui s'annonce.

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