La dépénalisation de l'avortement va secouer la Chambre

Séance houleuse attendue ce jeudi à la Chambre pour les discussions autour de la dépénalisation totale de l'avortement. ©Photo News

La dépénalisation totale de l'avortement est au programme de la Chambre ce jeudi. Les opposants à la proposition de loi vont utiliser tous les moyens - amendements, appel au Conseil d'État - pour éviter de passer au vote.

Ce jeudi, la dépénalisation totale de l'avortement revient à la Chambre, en plénière. C'est un gros dossier et on attend une séance houleuse. Ce dossier est arrivé jusque là grâce à une majorité nettement marquée à gauche. Les socialistes, les verts, le PTB-Pvda soutiennent le texte. Les libéraux aussi. Mais en face, ils trouveront des partis bien décidés à bloquer ce texte. En premier lieu, le CD&V et le cdH. Mais aussi la N-VA et le Vlaams Belang. Ces partis ne sont pas contents que la gauche profite d'une absence de gouvernement de plein exercice pour tenter de faire passer ce dossier.

18
semaines
L'allongement du délai de pratique d'une IVG passerait de 12 à 18 semaines

Et même si une majorité de députés comptent bien voter pour cette proposition de loi, les démocrates chrétiens et les humanistes ont déjà assuré qu'ils la bloqueraient. Joachim Coens, président du CD&V, a répété que son parti ferait barrage. Comment? En déposant des amendements en séance plénière et en demandant qu’ils soient envoyés au Conseil d’État. C'est possible puisque, rien que dans le rôle flamand, 54 députés devraient s'opposer au texte et il suffira de 50 pour réussir cette manœuvre. 

À 18 semaines

Quels sont les principes de cette proposition de loi? Celle-ci est construite autour de trois axes:

 

• la dépénalisation complète de l'IVG, aussi bien pour les femmes que pour les médecins;

• le délai de réflexion ramené à 48 heures au lieu de 6 jours;

• l'allongement du délai de pratique d'une IVG, qui passe de 12 à 18 semaines.

C'est surtout ce dernier point qui suscite l'opposition, même si les deux autres sont aussi sous le feu. Le premier pour les risques de dérive. "En dépénalisant tout, vous avez ouvert l'accès à la pratique de l'IVG à tous, y compris dans les arrière-cours", avait lancé Catherine Fonck (cdH) en commission de la Justice. Le deuxième parce que, comme l'expliquaient encore en début de semaine des représentants d'un collectif réunissant 2.500 soignants (gynécologues, sages-femmes, etc.), deux jours c'est peu pour s'informer auprès de professionnels et discuter avec le cercle familial.

Des femmes en difficulté

C'est donc l'allongement à 18 semaines de grossesse (20 semaines d'aménorrhée) qui crispe. Environ 450 femmes dépassent chaque année le délai actuel de 12 semaines lors de leur demande et se voient envoyées à l'étranger, principalement aux Pays-Bas, pour se faire avorter. Ce nombre de cas mérite-t-il qu'on change une loi qui, de l'avis général, fonctionne bien? Les centres de planning familial et associations de défense des droits des femmes, laïques et chrétiens, le veulent: ils soulignent que ces cas concernent souvent des femmes au profil vulnérable (en difficulté sociale, victimes de violence...) qu'il faut donc pouvoir aider chez nous.

Parmi les autres inquiétudes, notamment relayées par le collectif de soignants opposés au texte, il y a la question de la méthode d'IVG qui doit être pratiquée pour les grossesses plus avancées. Il s'agit de techniques qui ne sont pas utilisées actuellement en Belgique, donc non maîtrisées et pour lesquelles le matériel adéquat doit être acheté. 

Au vu des freins annoncés par le CD&V et le cdH, la proposition ne devrait pas être approuvée ce jeudi soir. À voir ce qu'il en adviendra. Les travaux de la Chambre risquent bien d'être bientôt bloqués par des mesures autour du nouveau coronavirus. Et si une coalition en venait à se dessiner, impulsée par l'urgence de la crise sanitaire, on sait que le CD&V conditionne son éventuelle entrée dans un gouvernement à ces sujets éthiques dont il ne veut pas... 

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