La dette belge découverte par les anglo-saxons

La situation budgétaire belge, doublée d'une crise politique qui tire en longueur, place notre pays sous les feux des projecteurs dans la foulée des inquiétudes suscitées par la crise de la dette de l'Irlande et du Portugal.

Jeudi, le quotidien britannique "The Guardian" indiquait que la Belgique risquait à son tour de se retrouver dans la ligne de mire des marchés financiers, après l'Irlande, le Portugal et l'Espagne. Vendredi, le blog européen du Wall Street Journal se demandait si notre pays ne serait pas le prochain domino de la zone euro à tomber.

Faut-il s'en inquiéter? Pour le moment, la Belgique peut emprunter sur les marchés à un taux d'intérêt de 3,65% pour des prêts obligataires à dix ans. L'Allemagne, référence du marché, parvient quant à elle à se refinancer à dix ans à un taux de 2,70%. La différence (ou "spread"), soit 95 points de base, est la prime de risque que le marché demande à la Belgique compte tenu de sa situation financière moins solide que celle de son voisin allemand.

A quel point la santé financière de notre pays est-elle moins solide que celle de l'Allemagne ? La Belgique se situe entre les pays considérés comme les moins risqués au point de vue de leur dette et les pays qui posent problème sur le plan budgétaire. Mais l'Etat belge est nettement plus proche des bons élèves que des cancres. Certes, les "spreads" du Royaume-Uni (60 points de base par rapport à l'Allemagne), de la France (40 points de base) et des Pays-Bas (20) sont meilleurs que le nôtre. Mais la prime de risque belge, de 95 points de base, reste à ce stade loin de celle des grands Etats qui pourraient subir les conséquences de la crise irlandaise, à savoir l'Italie (165 points de base d'écart par rapport au taux allemand) et l'Espagne (240 points de base de différence). Et, bien sûr, la prime de risque belge n'a rien à voir avec les "spreads" énormes du Portugal (400 points de base d'écart avec l'Allemagne), de l'Irlande (615 points de base) et de la Grèce (875 points de base).

Il suffit pourtant de peu pour que les marchés s'angoissent. La situation budgétaire belge peut-elle affecter la perception de la santé financière du pays sur les marchés? "Notre déficit budgétaire sera à peu près au même niveau que celui de l'Allemagne en 2011", rappelle Peter De Keyzer, économiste en chef de la société de Bourse Petercam, dans une interview à nos confrères du quotidien économique "De Tijd". Il ajoute que l'endettement de la Belgique, qui devrait être d'un peu moins de 100% du PIB (produit intérieur brut) l'an prochain, ne sera pas beaucoup plus élevé que la moyenne européenne, à savoir 85% du PIB.

"La presse anglo-saxonne a humé l'odeur du sang", juge l'économiste qui estime que ces articles "ne sont pas fondés". "Notre pays n'est pas faible mais bien aussi bon que le noyau de la zone euro." Selon lui, si la Belgique pose problème, la France également. Et d'ajouter que, si l'Allemagne est la norme, la spéculation peut se porter sur 90% de la zone euro.

Mais la crise politique qui affecte la Belgique n'est-elle pas de nature à inquiéter les investisseurs ? "Je crois que l'on se focalise beaucoup sur les difficultés politiques alors que ce n'est pas là que se situe le problème numéro un", indique Etienne De Callataÿ, chef économiste de la banque Degroof, dans une interview à "La Libre Belgique". "Ce qui pose davantage problème, ce sont la dette publique conséquente, le coût du vieillissement de la population, les dysfonctionnements du marché du travail et surtout la difficulté du pays à se réformer."

En fait, la situation politique et financière de la Belgique n'a pas changé depuis les élections de juin dernier. Chaque fois que les agences de presse anglo-saxonnes évoquent notre pays, elle rappellent qu'il est actuellement dirigé par un gouvernement en affaires courantes et que plusieurs milliards d'euros sont à trouver pour boucler le budget de l'Etat après 2011. Pour l'instant, les marchés estiment qu'il n'y a pas péril en la demeure. Mais, estiment les économistes, si l'incertitude devait encore durer très longtemps, les investisseurs pourraient craindre que l'Etat belge n'arrive pas à redresser sa situation budgétaire, ce qui poserait alors problème. Sur le marché de la dette, la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain...

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