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La droite de la droite, terrain miné…

L’implosion du Parti populaire (PP) montre toute la difficulté de présenter une alternative crédible au MR à l’extrême droite de l’échiquier politique.

Avec l’implosion du Parti populaire (PP), c’est une nouvelle fois la débandade à l’extrême droite de l’échiquier politique. Une habitude. Avant même les élections du 13 juin dernier, le PP avait enregistré plusieurs défections/exclusions. Peu avant la création du PP avec Mischaël Modrikamen, Rudy Aernoudt avait échoué dans une tentative similaire: son LiDé s’est crashé au décollage. Quant à l’extrême droite francophone, elle est aujourd’hui balkanisée. Et s’il a jadis connu des succès électoraux non négligeables, le Front national (FN) n’a jamais réussi à s’implanter de façon crédible, structurée et durable dans le paysage politique.

Un peu plus loin dans l’Histoire, au début des années 1980, l’UDRT (Union démocrate pour le respect du Travail), poujadiste voire franchement raciste, a enregistré une petite percée, principalement à Bruxelles. Mais ce fut un feu de paille. Il faut remonter au rexisme de Léon Degrelle, en 1936, dans le contexte très particulier de la déferlante fasciste en Europe, pour trouver trace d’un triomphe d’un parti d’extrême droite. Et encore: il fut aussi de courte durée.

Moyens financiers

C’est donc une constante dans le paysage politique belge francophone: la droite de la droite libérale traditionnelle n’arrive pas à émerger. Ce qui explique ses déboires, c’est d’abord la difficulté intrinsèque de créer un parti politique. "L’accès aux médias est difficile pour les formations qui n’ont pas de représentation parlementaire forte", souligne tout d’abord Jean Faniel, politologue au Crisp (Centre de recherches et d’informations socio-politiques).

"C’est aussi une question de moyens financiers", ajoute-t-il. Le financement public est réservé aux partis disposant d’élus. Le PP, par exemple, va recevoir une dotation de 430.000 euros grâce à l’élection de Laurent Louis à la Chambre le 13 juin dernier.

Ciment idéologique

Enfin, "il faut des moyens humains. Créer un parti, cela demande un investissement personnel important. C’est du temps, de l’énergie et même des ressources propres".

Il faut encore un staff politique doté d’un minimum de qualifications et d’expérience. "De plus, dans un nouveau parti s’agrègent des gens qui ne partagent pas forcément la même vision, les mêmes idées, qui ne viennent pas nécessairement du même milieu social. Le ciment idéologique n’est pas toujours très solide", observe Jean Faniel.

Un point commun au PP, à LiDé, au FN et à ses ersatz? Les conflits incessants entre personnes ou entre "chapelles". Or, ces tensions internes sont très dommageables car, souvent, ces petits mouvements populistes dépendent fortement de l’une ou l’autre "figure" emblématique.

Positionnement ambigu

La droite de la droite est aussi confrontée, aujourd’hui comme hier, à la difficulté de choisir son positionnement. C’est le dilemme de la droite radicale: doit-elle chercher à séduire les déçus du MR ou les déçus du FN? Sans doute, dans le cas du PP, la seconde option est-elle privilégiée. La désintégration du FN lui ouvre un boulevard. Mais c’est au risque de mécontenter d’autres "cibles" électorales potentielles…

Se positionner sur des thématiques comme la sécurité ou l’immigration est aussi dangereux. "Les dérapages sont possibles. La pente est savonneuse" pour ne pas glisser dans le racisme et la xénophobie, souligne le politologue du Crisp.

En outre, ces sujets sont déjà abordés par le MR ou, à tout le moins, par certains de ses représentants (Alain Destexhe, Denis Ducarme, Jacqueline Galant…). Or, l’extrême droite "pure et dure" se profile principalement sur ces dossiers. Pas facile de se faire entendre dans ce contexte. Pour autant, "cela ne signifie pas que la population francophone est bienveillante vis-à-vis des étrangers et rassurée sur les questions de sécurité", conclut Jean Faniel.

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