La FGTB fait planer la menace d'une grève plus longue

Le président de la FGTB l'assure: il espère qu'un AIP pourra être conclu. Même si les chances sont minces. "Volontariste mais pessimiste", résume Robert Vertenueil. ©Photo News

Mais que veut le syndicat socialiste? Beaucoup de choses, ramassées dans un mémorandum publié ce mercredi. L'occasion, également, de prendre le pouls de la concertation sociale. Les négociations (salariales, mais pas que) reprendront lundi. Et la FGTB prévient déjà: si le message du 13 février dernier n'est pas passé, les troupes sont prêtes à remettre le couvert. Voire à frapper plus fort.

C'est la saison électorale qui le veut: les mémorandums sortent les uns après les autres. Ce mercredi matin, c'était au tour du syndicat socialiste de décliner ses exigences et priorités, déclinées en quelque 150 propositions. 

C'était l'occasion, également, de mesurer les chances que la concertation sociale à la belge aboutisse et accouche d'un accord interprofessionnel (AIP) pour les deux années à venir, fait d'évolution salariale, bien entendu, mais aussi de bien-être au travail, de mobilité ou encore de flexibilité.

Qu'est-est-il? Après le mouvement de grogne syndical qui a fait tourner le pays au ralenti il y a pile une semaine, patrons et syndicats se sont brièvement revus vendredi dernier. Histoire de briser la glace, ou renouer le fil, quelque chose du genre. De voir s'il était possible de reprendre les discussions. Avec quel résultat? Le Groupe des 10 se réunit à nouveau lundi prochain, le 25 février. "Je suis toujours volontariste, résume Robert Vertenueil, président de la FGTB. Nous voulons aboutir à un AIP. Même si j'avoue être pessimiste. Nous avons accepté de rouvrir les négociations, reste à voir si nous parviendrons à un accord équilibré sur tous ces points, que nous pourrons aller défendre devant nos membres.

Rendez-vous lundi prochain. Et mardi, aussi

Concrètement, les syndicats attendent des évolutions dans quatre dossiers précis: la norme salariale, qui pose problème depuis l'entame des négociations, la hausse du salaire minimum, l'aménagement des fins de carrière et le bien-être au travail. Et puis, il y a les demandes patronales, qu'ils ne peuvent balayer d'un geste négligent. Aussi sera-t-il également question de flexibilité. "À condition que cela puisse aller dans les deux sens. De la flexibilité pour l'entreprise, pour coller notamment aux cycles de production. Mais également en faveur du travailleur, afin de faciliter la conciliation entre vie privée et vie professionnelle."

"Nous avons prouvé le 13 février que nous pouvions mettre le pays à l'arrêt. Nos militants nous l'ont fait savoir: ils sont prêts à le refaire. Et même plus longtemps, si cela s'avère nécessaire."
Robert Vertenueil
Président de la FGTB

La nuit du 25 au 26 février sera déterminante. Puisque les négociateurs syndicaux dormiront sur les résultats engrangés, ou non, durant la journée. "Nos instances se réuniront dès le mardi matin, précise Robert Vertenueil. Et si aucune évolution n'est constatée, nous descendrons à nouveau dans la rue. Nous avons prouvé le 13 février que nous pouvions mettre le pays à l'arrêt. Nos militants nous l'ont fait savoir: ils sont prêts à le refaire. Et même plus longtemps, si cela s'avère nécessaire. Cela ne traînera donc pas: vous connaîtrez la position de la FGTB mardi prochain."

Que veut la FGTB?

Place aux revendications à présent, dont les thématiques ne vous surprendront guère.

Pouvoir d'achat. Le syndicat socialiste prône le déploiement d'un "plan d'urgence sociale", centré sur le pouvoir d'achat. Et dont voici les têtes de gondole. Pour la FGTB, le salaire minimum brut, bloqué actuellement à 9,65 euros de l'heure, doit évoluer vers 14 euros de l'heure, soit un brut mensuel tournant autour des 2.300 euros. "Bien sûr, passer à 14 euros en un coup est impossible, c'est pourquoi nous débutons par une hausse de 10%, soit environ 1 euro." Ajoutez à cela une pension minimum à 1.500 euros par mois, en net cette fois-ci. Ainsi qu'une révision de la loi de 1996, corrigée en 2017, et encadrant l'évolution des salaires - on vous en entretenait longuement ici

N'allez pas croire que la FGTB en oublie ses classiques, puisque la défense de l'indexation automatique des salaires et des barèmes est au rendez-vous, de même que l'exigence d'égalité salariale entre femmes et hommes. Ceci encore: les allocations sociales minimales doivent être fixées 10% au-dessus du seuil de pauvreté.

 

Justice fiscale. "Un euro égale un euro". Sous ce slogan, voilà un petit temps que la FGTB plaide pour la globalisation des revenus, toutes les rentrées financières étant taxées de la même façon, quelle que soit leur origine. "Il n'existe aucune raison intellectuelle ou économique de taxer différemment un euro gagné par le travail qu'un euro perçu via la location d'immeubles ou un placement", assène Robert Vertenueil. Vous n'entendrez donc pas la FGTB plaider pour l'introduction d'une taxation sur la fortune; elle demande simplement que les revenus du capital soient davantage mis à contribution, et à même hauteur que ceux du travail. De quoi permettre, ce faisant, de réintroduire davantage de progressivité dans l'impôt des personnes physiques.

Petite nouveauté: le syndicat socialiste plaide pour l'instauration d'un moratoire sur l'octroi de nouveaux avantages en nature. "Qui ne sont en réalité qu'un moyen de contourner l'impôt. C'est vrai, nous en avons négocié nous-mêmes. Mais actuellement, la limite est atteinte. Car s'il s'agit d'un moyen d'agir sur le pouvoir d'achat, cela prive en même temps la sécurité sociale de rentrées financières." Alors, au bac chèques-repas, écochèques ou voitures de société? Pas si vite. L'intention de la FGTB est de faire le tri entre les mécanismes devant être maintenus, comme les chèques-repas, et ceux auxquels il serait bon d'appliquer une forme de prélèvement social, voitures de société en tête.

Puisque l'on parle sécurité sociale, il est question d'introduire une cotisation sociale généralisée de 2%, portant sur l'ensemble des revenus globalisés, et devant servir à alimenter les caisses de la Sécu. Mentionnons encore une hausse de 1% de l'impôt des sociétés afin de financer durablement les pensions.

 

Emploi et liberté syndicale. Le menu est encore copieux - impossible ici de tout énumérer. Citons, en vrac, des investissements dans une transition vers une économie "bas carbone", le renforcement des services publics et la formation des travailleurs; la création d'un cadre juridique permettant la mise en oeuvre progressive d'une réduction collective du temps de travail; un meilleur équilibre entre vie privée et activité professionnelle; le renforcement des libertés syndicales; ou encore une marche arrière sur l'âge de la pension légale et le durcissement des conditions d'accès à la pension anticipée.

 

Pour les curieux, le mémorandum de la FGTB est accessible ici

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