billet

La Flandre veut (une fois de plus) dégommer Damien Thiéry?

Journaliste

Si le MR n’entend pas lâcher son bourgmestre, non nommé, de Linkebeek, il n’est pas près non plus d’en faire un casus belli fédéral.

Vous reprendrez bien un peu de périphérie? Encore?, direz-vous. Encore. Oui, la ritournelle communautaire a moins la cote, ces temps-ci, reléguée dans l’arrière-cuisine politique par les comportements suspects dans le Thalys ou le sort des réfugiés. N’empêche, la situation est délicate.

Pour ceux qui n’ont pas suivi: la Flandre (par l’intermédiaire de la riante Liesbeth Homans, N-VA) a décidé de nommer bourgmestre de Linkebeek l’échevin indépendant Yves Ghequière, en lieu et place du contestataire Damien Thiéry (passé des FDF au MR). Précision: l’intéressé n’a pas encore accepté le cadeau empoisonné; il y a de fortes chances qu’il décline.

La décision de la N-VA n’est ni révolutionnaire, ni étonnante. "Ce n’est pas un coup d’État, relativise le politologue Vincent Laborderie (UCL). La Flandre n’a pas nommé un fonctionnaire flamand, mais un francophone qui figurait sur la liste du bourgmestre." Et il faudrait être naïf pour s’en étonner. S’il se dit "irrité", Olivier Chastel, le patron du MR, n’est en rien surpris. "Cette décision s’inscrit dans la lignée de celles que les gouvernements flamands successifs ont prises en la matière. C’est une logique flamande, qui traverse les différentes formations politiques." Bref, la N-VA ne fait ni plus, ni moins que ses prédécesseurs. Même si l’instant choisi ne tient pas du hasard, relève Pascal Delwit, politologue à l’ULB. "Nous sommes dans une phase où la N-VA reprend en main sa communication, avec des accents, notamment sur le dossier des réfugiés, qui ne facilitent pas la vie du Fédéral."

"Un problème local"

Ni, à plus forte raison, celle du MR, seul parti francophone à bord de Michel I. Déjà, parce que le MR a des plumes à perdre. Le poids lourd dans les communes à facilités, c’est lui: aux législatives de 2014, il récoltait 9.442 des voix dans le canton de Rhode-Saint-Genèse. Un score de 40,37%, soit un fifrelin de plus que les FDF, PS et cdH réunis! Et puis, il ne peut se permettre de lâcher le soldat Thiéry, sous peine de se voir accusé de trahison à la cause francophone par l’opposition, FDF en tête. "Bah, les FDF ont tout intérêt à surfer sur l’excitation communautaire, c’est leur fonds de commerce", tente de banaliser un libéral bien placé.

Bon, pour l’heure, il n’est pas question de laisser tomber Damien Thiéry. Qui recevra "tout le soutien" de son parti. Pour autant, le MR refuse d’en faire des tonnes et de faire remonter cette boule puante à l’échelon fédéral. "C’est d’abord un problème local, insiste Olivier Chastel. Entre une commune et l’autorité de tutelle." Dans l’entourage gouvernemental, on joue la même partition. "Ce dossier n’a aucune influence sur la politique fédérale. C’est le problème du parti; le gouvernement fait la part des choses. Dans plein de dossiers, la N-VA au Fédéral n’est pas sur la même longueur d’onde que la N-VA en Flandre; c’est parfois le grand écart."

Exact, la Flandre est bien l’autorité de tutelle de Linkebeek, tout bardée de facilités que soit la commune. Mais rien n’empêche un conflit local et/ou communautaire de pourrir la vie du Fédéral – les Fourons, ça vous dit quelque chose? La vérité, c’est que, pour, l’heure, le MR n’a aucun intérêt à dégoupiller une grenade fédérale. "S’il le fait, il sera sur le coup accusé de faire du communautaire au Fédéral", glisse Vincent Laborderie. Alors que le communautaire est supposé gentiment dormir dans le frigo. "Tant le MR que la N-VA ont la volonté de défendre leur cause sur leur terrain de jeu, sans en faire une affaire fédérale", appuie Pascal Delwit. D’autant plus qu’un emballement sur un sujet aussi symbolique, voire romantique, est difficile à stopper.

Le MR a tout intérêt à faire le gros dos. Et à espérer que cela passe.

Le MR a tout intérêt à faire le gros dos. Et à espérer que cela passe. Pour ça, il faudra voir la réaction de Linkebeek. Et la riposte flamande. La décision de Liesbeth Homans n’est qu’une péripétie, pas l’épilogue de la saga, assure Olivier Chastel. Il n’a pas tort.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés