La fonction publique, première à trinquer?

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Difficile d'imaginer que la fonction publique sortira indemne des négociations fédérales, vu le contexte budgétaire. Est-il encore possible de réaliser des économies? D'autres pistes sont possibles, plus ou moins réalisables. Les syndicats s’inquiètent.

Un départ à la retraite non remplacé sur cinq. Dans sa déclaration de politique régionale présentée en juillet dernier, le nouveau gouvernement wallon PS-cdH a donné le ton en matière de services publics. Le contraire aurait été surprenant: la cure d’amaigrissement des fonctionnaires est à l’œuvre depuis un bail et, caisses vides obligent, le régime n’est pas près de s’arrêter.

Cela n’empêche pas les organisations syndicales et les travailleurs de s’inquiéter: s’ils savent à quelle sauce régionale ils seront mangés, ils ignorent tout du menu qu’est probablement en train de leur concocter la Suédoise au Fédéral…

Si rien ne filtre au niveau des négociations en cours, difficile d’imaginer que la fonction publique s’en sortira indemne étant donné le contexte budgétaire.

"Nous craignons d’être la cible favorite de la coalition kamikaze. Nous serons sans doute les premiers à trinquer, avance Alphonse Vanderhaeghe, secrétaire permanent de la CSC fonction publique. Le gouvernement précédent avait déjà montré la voie."

Et de citer quelques autres chiffres et prévisions non exhaustifs: 11.000 agents sur 26.000 au SPF Finances ces dernières années, une perte de 10.000 militaires prévue en 10 ans à la Défense, diminution annoncée du nombre d’agents pénitentiaires côté Justice

"En matière de personnel, nous sommes déjà saignés à blanc et l’os est touché depuis très longtemps, non seulement à cause des réformes menées par le gouvernement précédent, mais aussi depuis le plan Copernic du début des années 2000", lance Pierre Vermeire pour la CGSP.

"Il est absolument hors de question que les services publics payent les 17 milliards d’économies que le gouvernement fédéral doit trouver", martèle-t-on au SLFP.

Si les coupes claires ne s’abattent pas sur le personnel, quelles seraient les autres cibles potentielles? "Pas les bâtiments, pointe Pierre Vermeire. Toute une série de bureaux en périphérie ont déjà été fermés et des biens vendus. Il ne reste pas grand-chose…" "Je ne vois vraiment pas où on pourrait encore faire des économies", abonde Alphonse Vanderhaege.

Durant son mandat, le secrétaire d’État à la Fonction publique, Hendrik Bogaert (CD&V), avait déclaré qu’il était nécessaire de maintenir le cap au niveau de la stratégie de non-remplacement systématique des départs à la pension tout en réaffirmant sa volonté de faire rimer technologies et économies.

Simplification et technologies

La simplification administrative et l’informatisation des services seraient un moyen complémentaire de se serrer la ceinture. Il y a un an, Hendrik Bogaert avait annoncé la mise en route d’un plan de mutualisation et de meilleure gestion des ressources ICT qui doit permettre d’aboutir à une économie de 15 millions d’euros.

Simplifier: Michel Legrand, président du GERFA (groupe d’étude et de réforme de la fonction administrative) est d’accord sur le principe. Mais selon lui, les décisions politiques prises jusqu’à présent n’ont eu pour conséquence qu’une complication du fonctionnement des services publics. "On en est arrivé à une bureaucratisation qui ne sert à rien sinon à produire des papiers, des papiers et encore des papiers", regrette-t-il.

Il avance également d’autres pistes envisageables pour réduire les budgets de fonctionnement mais qui, de son propre aveu, resteront sans doute non envisagées. Comme l’option de restreindre l’étendue des cabinets ministériels pour faire en sorte que les ministres et secrétaires d’état travaillent directement avec les administrations et à l’intérieur de celles-ci. "Un cabinet coûte entre trois à quatre millions d’euros, certifie-t-il. Multiplié par une vingtaine, il y aurait de quoi économiser."

"Il faudrait aussi remettre en cause tous les contrats de sous-traitance, les études extérieures, les audits, etc., qui coûtent très cher et qui démotivent le personnel", poursuit-il.

Il ajoute une dernière proposition, soutenu sur ce point par la CGSP: revoir à la baisse la rétribution de "200 à 300" top managers dont les salaires et les avantages extralégaux seraient trop dodus. "Mais je ne suis pas certain que le gouvernement envisage cette piste", concède Pierre Vermeire.

Le verdict tombera en même temps que la déclaration de politique fédérale. Reste à savoir quand…

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