analyse

La gauche qui rage et piétine, Michel qui persiste et signe

Le MR a vanté l'action de ses gouvernements. En balayant les "slogans creux" brandis par ceux dénonçant la casse sociale. ©Photo News

Le Premier mai 2018 ressemblait fortement à celui de 2017, un zeste de virulence en plus. Les rouges ont tapé sur les bleus, qui ont tapé sur les rouges.

Symbole des décennies de lutte en faveur des droits des travailleuses et travailleurs, le Premier mai a perdu, au fil des ans, de sa vigueur contestatrice en Belgique pour se muer, principalement, en vaste manifestation politique. L’occasion de prendre le pouls et de mesurer où en est l’éternel rapport de forces qui se joue entre la gauche et la droite.

On vous résume cette journée où il a été question de travail et de travailleurs, certes, mais surtout, côté francophone, de Mons à Court-Saint-Etienne en passant par Liège ou Bruxelles, de la FGTB et du PS. Sans oublier le MR, évidemment, qui, finaud, s’est emparé de cette journée au tournant du siècle sous prétexte que, finalement, la valeur travail n’était nullement l’apanage des socialistes. Avec, aussi, sorte de fantôme planant sur le tout, la grande méchante N-VA.

1. On prend les mêmes et on recommence.

C’est, somme toute, assez logique. Plus une législature file, plus les Premier mai ont tendance à se ressembler, les contents étant de plus en plus contents et les mécontents, de plus en plus mécontents. Aussi, si l’on excepte l’agression à l’arme blanche dont était victime l’an dernier à Liège Raoul Hedebouw (PTB), le cru 2018 présentait une saveur similaire à celui de 2017. Un peu à la façon de ces plats de la veille que l’on réchauffe, en les assaisonnant juste davantage.

Plus une législature file, plus les Premier mai ont tendance à se ressembler.

Jugez plutôt.

Constant, le patron du MR loue l’action fiscale du gouvernement fédéral, rappelant que le tax shift, centré sur les bas et moyens salaires, mais pas uniquement, fera encore sentir de nouveaux effets en 2019. "Ainsi, depuis 2014, le salaire poche aura augmenté jusqu’à 140 euros net par mois!" Autre constante: la création d’emplois – si ce n’est que le compteur a continué à tourner de mai 2017 à mai 2018. "Depuis le début du gouvernement de Charles Michel, 185.000 emplois ont été créés, principalement dans le privé, chiffre Olivier Chastel. Et contrairement à ce que prétendent certains esprits chagrins, ce ne sont pas des emplois précaires!"

Les bleus se répéteraient-ils? Pas plus que les rouges, en face, il n’y a pas de raison. Une des propositions phares des socialistes, en cette belle journée? L’instauration du bonus social généralisé, qui éviterait à tout un chacun de chuter en deçà du seuil de pauvreté – voyez cela comme une sorte d’allocation universelle, mais distribuée uniquement à ceux qui en ont besoin. Une belle idée ressortie du frigo 2017, et qui pourra sans doute être resservie en 2019. Tout comme la revalorisation des salaires minimums, l’accès au chômage des indépendants ou l’abandon du recul à 67 ans de l’âge de la pension.

Quant au PTB, c’est sur les pensions qu’il a remis le couvert, en plus du soutien de circonstance aux travailleurs de Lidl.

Rien de vraiment neuf sous le (pâle) soleil de ce Premier mai.

2. La droite déroule; la gauche grince des dents.

C’est cruel à dire, mais on sent poindre une dose d’impuissance et de frustration dans les discours émanant de la gauche de l’échiquier politique. Prenez les syndicats qui, depuis 2014, multiplient les actions sans obtenir quoi que ce soit de significatif. Et c’est reparti le 16 mai pour une manifestation contre les pensions, après une grève dans la fonction publique fédérale pas franchement marquante ce lundi.

"Le gouvernement des droites s’attaque petit à petit, insidieusement, à des fondements de notre démocratie."
Robert Vertenueil
Secrétaire général de la FGTB

Ce n’est pas pour autant qu’ils désarment. Mardi, le secrétaire général de la FGTB Robert Vertenueil a fustigé ce "gouvernement de riches", qui s’attaque tant aux jeunes et aux pensionnés qu’à la qualité des services publics. Nulle résignation, clame Robert Vertenueil. "Il n’y aura pas d’essoufflement!" Et, comme Marc Goblet l’an dernier, d’appeler à l’unité de la gauche. "Il est temps de faire cesser nos chamailleries, de revenir à l’intérêt général et de ne plus nous laisser distraire par d’accessoires intérêts."

©BELGA

Entre le discours de la FGTB et celui du PS, vous ne trouverez pas – plus? – une feuille de papier à cigarette. Pour ne citer qu’Elio Di Rupo: "Après cinq années d’un désastre néolibéral où le gouvernement MR/N-VA aura offert des cadeaux aux riches et aux puissants, tout en dressant les citoyens les uns contre les autres, le choix sera clair! A gauche, nous avons le camp du progrès, celui du PS!"

Pas de quoi ébranler les libéraux, à vrai dire, qui, au même moment, font défiler leurs nombreux ministres sur l’estrade à Court-Saint-Etienne. Et chantent les louanges et accomplissements des gouvernements fédéral et wallon. 

"Je n’avais encore jamais connu de gouvernements qui traduisent à ce point la pensée libérale et nos programmes électoraux successifs."
Olivier Chastel
Président du MR

Le déficit a fondu, le pacte d’investissement est sur les rails, l’emploi est au beau fixe, la sécurité a été renforcée, liste Charles Michel. Qui entonne l’un de ses couplets favoris, qu’il réserve à ceux qui dénoncent la casse sociale. "La solidarité ne se décrète pas à coups de slogans creux." Non, pour cela, il faut des réformes valorisant l’emploi, seul capable de financer la Sécu, garante de la solidarité. Le MR a rendu le pays plus solide, martèle le Premier. Qui ose. "Nous sommes le gouvernement des travailleurs de Belgique. Nous sommes la force tranquille." Avertit. "Nous ne changerons pas de cap." Et balaie ceux qui "souffrent de scandalite aiguë". "Leurs pétards mouillés ne nous déstabiliseront pas."

3. Et les autres, là-dedans?

Voilà pour le choc, assez convenu, des titans bleu et rouges. Et les autres, direz-vous? La CSC a choisi la carte de la sobriété, en ne venant pas chahuter la grand-messe libérale. Au cdH, on a décoché un regard dédaigneux à l’adresse de toute cette rhétorique "belliqueuse". Quant à Ecolo, fidèle à ses traditions, il a mis en avant une série de propositions de réforme du marché du travail, mêlant congé parental, formation et réduction du temps de travail.

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