La grève est passée... Et maintenant?

L'entrée de Brucargo a été partiellement bloquée par les grévistes ce lundi. ©Photo News

Satisfaits de la mobilisation lors de la grève, les syndicats espèrent qu'elle permettra d'infléchir les positions patronales sur les salaires.

Une grève dans un pays déjà en bonne partie à l'arrêt, voilà la scène surréaliste à laquelle nous avons assisté ce lundi. En l'organisant, la CSC et la FGTB entendaient mettre la pression sur le patronat, mais aussi sur le gouvernement, afin d'obtenir de la souplesse sur les hausses salariales.

Avec succès? Cela reste à voir...Si les représentants des travailleurs parlent d'une belle mobilisation, les employeurs évoquent plutôt un mouvement à l'impact limité. Pour l'heure, aucune nouvelle rencontre entre interlocuteurs sociaux ou avec le gouvernement n'est en tout cas planifiée.

Le nœud du problème

Revenons brièvement sur le nœud du problème, en l'occurrence le plafond d'augmentation des salaires fixé à 0,4% pour 2021-2022. Dénoncée par les syndicats et défendue par les patrons, cette marge salariale maximale a été obtenue en suivant les modalités de la loi de 1996 sur la compétitivité.

"Il faut être deux pour danser le tango, mais nous nous sommes retrouvés bien seuls sur la piste."
Pieter Timmermans
Administrateur délégué de la FEB

Le hic, c'est que cette marge est impérative, martèlent les syndicats. Autrement dit, elle ne permet pas que des augmentations supérieures soient accordées dans les secteurs, ou plutôt les entreprises, qui se portent bien.

Côté patronal, on rétorque que la loi doit absolument être respectée, sans quoi la compétitivité belge en pâtira. À la tête de la FEB, Pieter Timmermans l'assure: les employeurs ont proposé des options pour sortir du blocage, mais elles ont toutes été repoussées par les syndicats.

"Il faut être deux pour danser le tango, mais nous nous sommes retrouvés bien seuls sur la piste", lance-t-il. Les propositions patronales n'étaient pas satisfaisantes, répondent en chœur la CSC et la FGTB, pour lesquelles la grève était devenue inévitable.

Une danse à trois...

Bref, deux mois de (non-)négociation et une grève plus tard, on en est toujours quasi au même point. Quasi, car il y a tout de même une petite nouveauté... Depuis le 14 mars, le gouvernement fédéral est supposé avoir repris les choses en main. On écrit "supposé", car il faut bien l'avouer, la Vivaldi se fait particulièrement discrète.

"Nous ne voulons pas parasiter le débat par des déclarations intempestives."
Nicolas Gillard
Porte-parole du ministre du Travail

Présent sur les plateaux télévisés dimanche, le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) a laissé entendre que son exécutif avait fourni des pistes aux patrons et aux syndicats afin de permettre aux entreprises engrangeant de bons résultats d'accorder de meilleures augmentations.

En première ligne dans ce dossier, le ministre du Travail Pierre-Yves Dermagne (PS) se montre prudent. Interrogé à propos de ces fameuses pistes, son porte-parole se borne à répondre qu'aucune proposition formelle n'a été déposée. D'accord, mais à quoi peut-on s'attendre dans les prochains jours? "Il est trop tôt pour se prononcer. Nous ne voulons pas parasiter le débat par des déclarations intempestives."

14 avril en ligne de mire?

Les divergences au sein du gouvernement quant à l'attitude à adopter ne sont probablement pas étrangères à cette prudence. Pour autant, le vice-Premier socialiste ne devrait pas pouvoir jouer la montre indéfiniment. La loi de 1996 indique, en effet, que l'exécutif dispose d'un mois pour tenter une conciliation entre les interlocuteurs sociaux.

"La meilleure option consiste à se remettre autour de la table."
Fédération des entreprises de Belgique

Ce délai, qui prend fin le 14 avril, ne semble pas trop inquiéter chez Pierre-Yves Dermagne. "Nous ne sommes pas coincés par cette loi. Aujourd'hui, nous constatons qu'aucun des deux bancs n'a dit qu'il n'était plus possible de négocier", précise son porte-parole.

À la FEB, on insiste: "la meilleure option consiste à se remettre autour de la table." Qu'en pensent les syndicats? À la CSC et à la FGTB, des bureaux sont prévus ce mardi. "On devrait y acter que les pistes avancées sont intéressantes, mais pas suffisantes", nous glisse un acteur de premier plan.

Le résumé

  • La CSC et la FGTB se félicitent de la mobilisation lors de la grève
  • Du côté des patrons, on évoque une action "inopportune" et à l'impact limité
  • La Vivaldi reste quant à elle discrète. Dans les prochains jours, le gouvernement pourrait abattre ses cartes pour tenter de relancer la négociation entre partenaires sociaux

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