La leçon de science po du Professeur Michel

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On peut appeler cela un succès de foule. Ils étaient plus de 1.000 étudiants de la Faculté des sciences économiques et sociales de l’UCL à être conviés à la "leçon inaugurale" de cette rentrée 2015.

Et ils sont venus en masse: l’auditoire géant est plein à craquer en ce mercredi après-midi. Le "professeur" du jour n’est autre que le Premier ministre, Charles Michel (MR). Au menu de sa leçon: "un projet économique, un engagement social". Soyons franc: on le voit venir.

"Pour une fois qu’une manifestation ne vise pas mon gouvernement!"
Charles Michel
Premier ministre

Le Premier, en tout cas, est à l’aise. Détend l’atmosphère sitôt arrivé au pupitre. Il s’excuse du retard – presque inexistant. En cause, la grogne des taxis à Bruxelles. "Pour une fois qu’une manifestation ne vise pas mon gouvernement!" Rieur, il flatte l’institution: il est ravi d’être invité dans "la meilleure université du monde". Applaudissements. "Je savais que ça allait marcher. Mais méfiez-vous de ce que raconte un homme politique." Bref, il s’amuse. Et conclura son exposé par une pirouette. "Merci de m’avoir permis de terminer sans dégustation de frites et de mayonnaise." Attendu, mais bien placé.

Entre les deux, le Premier déroule son discours solidement rodé. Avec toute son équipe, il s’y est engagé: pas de barnum institutionnel. D’ailleurs, précise Charles Michel, son gouvernement, parti "d’une transgression par rapport aux habitudes politiques depuis au moins un quart de siècle" ne dispose ni de la légitimité, ni de la majorité qualifiée pour ce faire. Sa priorité: les réformes économiques et sociales. "Jobs, jobs, jobs": l’homme ne cesse de le marteler.

Le coup des deux pieds

Le Premier n’hésite pas à ressortir ses grands classiques. Son gouvernement est un gouvernement qui "décide". À se demander si les exécutifs précédents passaient leur temps à jouer à la crapette rapide. Et puis, bingo!, on l’avait parié. Son gouvernement "marche sur deux pieds": développement économique et solidarité. ça ne rate jamais.

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Il faudra attendre le jeu des questions-réponses pour voir le Premier sortir un peu de ses rails. Pas de ses gonds: il ne se démonte pas et, s’il use parfois de détours, n’élude rien. Le thème à l’honneur, actualité oblige, ce sont les réfugiés. La Belgique met-elle tout en œuvre pour recevoir les demandeurs d’asile? Le Premier se désolidarise-t-il des propos de certains membres de sa majorité (ici, les oreilles du N-VA Theo Francken sonnent)? Charles Michel insiste: la Belgique a le devoir d’accueillir dignement ceux qui fuient le chaos. Quant au cas Francken: "Il y a des tweets que je n’aurais pas écrits. Je m’en suis expliqué avec l’intéressé."

Interrogé sur la démocratie participative, il ira même de quelques idées personnelles. Le Premier voit d’un bon œil référendums et autres consultations populaires – "pas sur tout et n’importe quoi". Scrutin majoritaire et tirage au sort de citoyens: autant de débats "pertinents" à aborder avec "ouverture d’esprit".

Francken? "Il y a des tweets que je n’aurais pas écrits. Je m’en suis expliqué avec l’intéressé."
Charles Michel

La "leçon" finie, les commentaires vont bon train dans l’escalier. "C’était très intéressant, juge Carla, en première année de sociologie, même s’il ne répondait pas toujours de manière directe. Surprenant aussi: je ne suis jamais en contact avec des politiciens. Et là, il donnait l’impression que son gouvernement est beau et magnifique, alors que le monde ne l’est pas." Jonathan, en master de sciences politiques, se montre plus critique. "Ce n’est pas ce que j’attends d’une leçon inaugurale. Que ce soient Charles Michel ou Elio Di Rupo, ils sont venus défendre leur action. C’est bien, mais je peux entendre ce discours via les médias. Ce serait plus intéressant qu’ils utilisent leur expérience pour nous apprendre des choses sur la science politique. Ce que Rudy Demotte avait peut-être mieux réussi à faire l’an passé."

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