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analyse

La méthode De Croo se cherche encore

Alexander De Croo en train de préparer son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, aux côtés de son chef de cabinet Peter Moors, de son porte-parole Tom Meulenbergs et de sa conseillère diplomatique Carole Van Eyl. ©BELGA

La rentrée gouvernementale sous la houlette du Premier ministre Alexander De Croo s’avère compliquée sur fond de frustration francophone.

Et de une. Le gouvernement De Croo s'apprête à souffler sa première bougie. Depuis la rentrée, le Premier ministre s'efforce de faire basculer sa gestion dans une nouvelle séquence où les enjeux socioéconomiques prendraient le pas sur la crise sanitaire.

Ce basculement, il ne suffit visiblement pas de le décréter et les premiers débats annonçant la réforme des pensions, du marché du travail ou l'élaboration du budget 2022 mettent à l'épreuve et le leadership et la méthode du locataire du 16. Profitons de ce premier anniversaire pour décortiquer l'exercice du pouvoir façon Alexander De Croo à la faveur d'un petit historique.

Les débuts

Le soulagement était au rendez-vous lorsque les sept partis de la Vivaldi ont annoncé leur accord. Depuis fin 2018, la Belgique vivait sous le régime des affaires courantes et lorsque l'épidémie mondiale a fini par frapper notre population au mois de février 2020, le monde politique a dû, faute de majorité gouvernementale issue des élections de mai 2019, bricoler un mode de décision inédit. Avec les heurs et malheurs que l'on connaît.

La Vivialdi est arrivée à l'été 2021 sans trop d'encombre au niveau de son bilan sanitaire comme de son image.

Nombreux étaient donc ceux qui se félicitaient de retrouver un exécutif agissant avec l'appui d'une majorité stable au Parlement. PS, Vooruit, Ecolo/Groen, MR, Open Vld et CD&V montaient dans ce train piloté par un Alexander De Croo rompu à la politique, mais entrant pour la première fois au 16 rue de la Loi. Les couleurs de cet attelage idéologiquement hétéroclite lui promettaient déjà une vie mouvementée, mais l'heure était alors à l'union sacrée.

La crise sanitaire

Juste après la deuxième vague qui a entaché la fin de mandat de Sophie Wilmès au 16 rue de la Loi, Alexander De Croo a d'emblée formé avec Frank Vandenbroucke, ministre Vooruit de la Santé, un tandem qui a donné le sentiment d'une bonne prise en main de la gestion sanitaire. De Codeco en Codeco, d'une mesure impopulaire à l'autre et à grands coups de soutiens publics au tissu socioéconomique, la Vivialdi est arrivée à l'été 2021 sans trop d'encombre au niveau de son bilan sanitaire comme de son image. La N-VA, principale force d'opposition au Nord, attendait impatiemment que les dossiers socioéconomiques soient mis à l'agenda pour passer à l'attaque.

Déjà agacé par le manque de perspectives sur le déroulé de la rentrée, le PS tombe de sa chaise en lisant la sortie d'Egbert Lachaert sur les pensions.

Un agenda, c'est un peu ce qu'a demandé le PS au Premier ministre Open Vld avant la trêve estivale qui s'étale traditionnellement du 21 juillet au 15 août. Les socialistes disent alors à Alexander De Croo qu'il serait opportun de postposer le débat sur la réforme des pensions porté par leur ministre Karine Lalieux. Ce débat était prévu en septembre, au moment où un autre ministre socialiste, Pierre-Yves Dermagne, devait mener sa conférence sur l'emploi, prélude à la réforme du marché du travail.

Vers un clash PS-Open Vld?

Le PS veut alors éviter un télescopage, mais il n'obtiendra pas de réponse claire de la part du Premier. Celle-ci ne viendra pas non plus à la mi-août alors que les vacances politiques sont terminées. De sources socialistes, c'est là que se joue le clash qui éclatera bientôt avec l'Open Vld.

Déjà agacé par le manque de perspectives sur le déroulé de la rentrée, le PS tombe de sa chaise en lisant la sortie d'Egbert Lachaert sur les pensions. Fin août, le président de l'Open Vld et député fédéral prend l'initiative d'une proposition de loi et indique qu'à ses yeux, la pension minimum doit être accessible après 20 ans de travail effectif contre 30 aujourd'hui.

Le sang du PS, dont la réforme est ficelée depuis des semaines, ne fait qu'un tour. C'est donc la presse qui aura la primeur du projet Lalieux avant que la discussion soit finalement remise à la fin de l'année. Forcément, les autres partenaires de la coalition s'en plaignent et le 16 de s'étonner de l'empressement socialiste.

La crise des sans-papiers

Le mois d'août est également marqué par la crise des sans-papiers en grève de la faim qui a poussé le PS dans ses retranchements, le vice-Premier Dermagne évoquant le risque d'une démission collective des ministres socialistes en cas de drame à l'église du Béguinage. C'est à ce moment que le manque de leadership du Premier ministre commence à alimenter les commentaires en coulisses, surtout au sein de l'aile francophone du gouvernement.

Il faut dire qu'à la fin août, Alexander De Croo est confronté à une affaire dont il se serait bien passé. Ses échanges de SMS vieux de deux ans avec une actrice italienne de cinéma porno refont surface dans les pages d'un gros succès de librairie: "Les fossoyeurs de la Belgique", une chronique de la formation houleuse du gouvernement signée du journaliste flamand Wouter Verschelden.

Côté francophone toujours, on considère que le Fédéral n'est pas suffisamment intervenu pour soutenir la Wallonie suite aux inondations de juillet.

L'actrice sera interrogée par la presse italienne et confirmera les échanges qui en sont restés à quelques SMS. L'affaire a mis l'Open Vld en ébullition. Chez les libéraux flamands, on estime que la N-VA cherche par tous les moyens à exploiter l'affaire en la reliant à son rejet dans l'opposition. Mais la presse flamande n'a pas plus embrayé que la francophone. L'histoire relève de la vie privée et n'a pas eu d'incidence politique prépondérante sur la naissance de la Vivaldi, estime-t-on dans les rédactions.

Les inondations de l'été

Côté francophone toujours, on considère que le Fédéral n'est pas suffisamment intervenu pour soutenir la Wallonie suite aux inondations de juillet. Paul Magnette le répète encore ce week-end dans nos colonnes. De Croo est dans le viseur et le gouvernement de préparer le budget et le plan de redéploiement.

Des centaines de propositions partent "dans tous les sens", entend-on rue de la Loi. Il reste trois petites semaines avant la déclaration de rentrée du Premier ministre.

Le résumé

  • Les relations entre le PS et le Premier ministre ne sont pas revenues au beau fixe.
  • Outre les débats politiques, la façon dont est menée la réflexion socio-économique interroge à l'intérieur de la Vivaldi.
  • Le manque de soutien fédéral à la Wallonie a laissé des traces chez les francophones de la Vivaldi.
  • Les débats socioéconomiques mettent déjà la méthode De Croo à l'épreuve.

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