analyse

La N-VA a-t-elle vraiment intérêt à mettre Michel à terre?

©Photo News

L’idée circule: les nationalistes flamands chercheraient à pousser à bout leurs partenaires, afin de s’offrir un scrutin anticipé. Plausible? 

C'est donc la dernière théorie (complotiste?) à la mode. Poussée dans le dos par des sondages relativement flatteurs, la N-VA ne verrait pas d’un mauvais oeil la chute anticipée du gouvernement Michel, histoire de coupler les scrutins communaux et fédéraux en 2018, et de délier les élections régionales et fédérales prévues en 2019 – les nationalistes flamands ont toujours été partisans de pareil découplage.

Cela expliquerait les récentes ruades du premier parti de la coalition suédoise, qu’il s’agisse des frasques de Theo Francken dans le dossier "soudanais" ou des sorties du président, Bart De Wever, faisant mine de s’asseoir sur le pacte énergétique en cours de finalisation. 

Voilà pour la théorie. Est-elle seulement plausible?

"Il ne faut rien exclure", glisse prudemment Pascal Delwit, politologue à l’ULB. "Il est sans doute exagéré d’y voir une sorte de ‘masterplan’, estime le politologue Dave Sinardet (VUB). Seulement, la N-VA est en position de force et en tire parti. En misant probablement sur le fait que ses partenaires n’oseront pas en faire une question de gouvernement – surtout pas sur le thème de l’asile – parce  que Theo Francken est assez populaire. De plus, la N-VA, assez douée en communication, est capable de retourner le sujet à son avantage. Et si un parti devait malgré tout retirer la prise de Michel, eh bien, la situation devrait être moins douloureuse pour elle que pour ses anciens partenaires."

Même s’il est sans doute risqué de se montrer trop sûr de soi, reconnaît Dave Sinardet. Prenons le cas, outre-Manche, de Theresa May. Cette dernière a provoqué des élections afin de renforcer sa majorité. "Cela lui est revenu comme un boomerang et elle a perdu la majorité." 

"Je ne vois pas où ce pari mènerait la N-VA"

Au final, ce scénario électoral laisse Pascal Delwit perplexe. "Surtout quant à sa traduction politique."

→ Admettons: le gouvernement Michel tombe et les Belges sont convoqués aux urnes. "La N-VA risque de sortir déforcée du scrutin", pointe Pascal Delwit. Parce qu’après un score au sommet en 2014, les nationalistes ont plus de chances de chuter, que de grimper, ou même de se stabiliser. "Surtout qu’en 2014, ils sortaient de l’opposition au Fédéral et qu’ici, la N-VA se présenterait en tant que premier parti du gouvernement fédéral. "Ajoutez à cela que celui qui fait chuter un gouvernement en fait généralement les frais.

→ Justement: si un autre parti, excédé, se retire, la N-VA est gagnante? Pas forcément! "Il n’échappera à personne que c’est la N-VA qui a causé la crise. Celle-ci devra mener une campagne défensive. Dans ces conditions, il me paraît difficile, pas impossible mais difficile, que la N-VA égale son score de 2014. Je ne vois donc pas trop où se situe son intérêt."

C’est encore plus flagrant si l’on s’intéresse à la mécanique post-électorale. Après ce coup fumant, qui donc voudra encore s’associer avec la N-VA? Sans doute pas le CD&V, l’Open Vld et encore moins le MR, échaudé – on lui avait bien dit que l’entreprise était kamikaze, non?

Bref, voilà la N-VA bien isolée pour former une coalition. "Le seul scénario envisageable serait que la N-VA et le Vlaams Belang réalisent tous deux un excellent score, analyse Pascal Delwit. Même si les deux ensemble, ce n’est pas si simple." De la sorte, la N-VA se rendrait incontournable.

→ Et encore: ne pourrait-on pas envisager une coalition minoritaire dans le groupe linguistique flamand, comme l’actuelle l’est côté francophone? Pas si évident. "Sous Di Rupo, il manquait un siège côté néerlandophone. Cela a pourri la situation en Flandre tout au long de la législature. Culturellement et politiquement, une coalition minoritaire en Flandre, c’est plus complexe."

Ajoutez que, pour ce faire, il faudrait marier CD&V, Open Vld, sp.a et Groen notamment, et que les trois premiers sont tout sauf au sommet de leur forme. Conclusion? "Je ne vois pas très bien où ce pari électoral mènerait la N-VA." Même s’il traverse de solides turbulences, le gouvernement Michel n’est pas encore à terre. Loin de là, puisque personne n’y a vraiment intérêt.

 

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