La N-VA craint le retour de la Vivaldi

Le bourgmestre d'Anvers considère comme impensable l'avènement d'une majorité sans la N-VA. ©BELGA

À l'Open Vld et au CD&V, le ton est en train de changer quant à une coalition fédérale qui exclurait les nationalistes flamands. Bart De Wever, doublé par le Vlaams Belang dans un récent sondage, remonte au créneau pour faire pression sur ses deux partenaires au gouvernement flamand.

Les lignes sont en train de bouger au fédéral, du moins dans les expressions politiques qui fleurissent depuis le début du week-end. Pour rappel, le pic de la crise sanitaire est désormais derrière nous et la famille socialiste, la plus importante en sièges (29) à la Chambre, a initié une reprise des contacts en vue de former un gouvernement. Un processus laissé au début du mois de mars sur une énième tentative avortée de faire négocier PS et N-VA.

Le changement de ton le plus significatif est à relever du côté de l'Open Vld qui a élu vendredi son nouveau président. Egbert Lachaert est chef de groupe à la Chambre, étiqueté à la droite de son parti et proche du vice-Premier ministre Alexander De Croo. Depuis son élection, lui qui avait pourtant été, jusqu'à la fin de l'an dernier, l'un des fers de lance de l'arrimage de son parti à la N-VA, il indique que l'heure n'est plus aux exclusives. On le rappelle, sans les nationalistes et leurs 24 sièges, pas de majorité possible dans le groupe flamand (hors Vlaams Belang) de la Chambre.

"Si l'on trouve une solution qui assure la collaboration entre les gouvernements fédéral et flamand, c'est le plus important."
Joachim Coens
Président du CD&V

Côté CD&V aussi, le discours semble moins radical. Du moins dans le chef de son président Joachim Coens qui ce week-end, à la télévision, n'a plus présenté la montée de la N-VA au gouvernement comme indispensable. "Ce débat a eu lieu", a-t-il dit à propos des tentatives d'allier socialistes francophones et nationalistes. "Si l'on trouve une solution qui assure la collaboration entre les gouvernements fédéral et flamand, c'est le plus important", ajoute-t-il. Ce ton tranche cependant avec les expressions de son ministre de l'Intérieur Pieter De Crem ou de son vice-Premier Koen Geens.

Faire passer une alliance sans la N-VA

Open Vld et CD&V pourraient dès lors entrer en concurrence avec deux candidats Premier ministre: Alexander De Croo et Koen Geens.

Par ailleurs, Paul Magnette, président du PS, est sorti dans les médias flamands, notamment pour affirmer que c'était au tour des néerlandophones de fournir le Premier ministre. Cela ne mange pas de pain, Sophie Wilmès (MR) est la troisième francophone d'affilée au 16 rue de la Loi. En coulisses, il se dit que c'est pour Paul Magnette une manière de faire passer au Nord une alliance sans le premier parti flamand. Accepter une rupture avec la N-VA en échange de la visibilité du 16, voilà un deal susceptible d'attirer Open Vld et CD&V qui pourraient dès lors entrer en concurrence avec deux candidats Premier ministre: Alexander De Croo et Koen Geens.

On le rappelle, Paul Magnette informateur avait fin 2019 tenté une alliance entre socialistes, libéraux, écologistes et le CD&V. Une coalition baptisée Vivaldi qui avait trébuché sur un CD&V "scotché" à son allié nationaliste. 

"Il est totalement impensable que se forme une coalition Vivaldi, sans majorité en Flandre."
Bart De Wever
Président de la N-VA

Le nouveau contexte semble confirmé par Bart De Wever lui-même. Le président de la N-VA est sorti de sa réserve lundi matin. Il est "totalement impensable que se forme une coalition Vivaldi, sans majorité en Flandre", a-t-il asséné sur Radio 1. "Les choix qui doivent être posés aujourd'hui détermineront notre bien-être pour la décennie à venir", plaide-t-il en répétant que l'enjeu économique rendait indispensable une majorité en Flandre. 

Depuis des semaines, la N-VA, doublée par le Vlaams Belang dans un sondage récent, appelle le PS à entamer des négociations avec elle. "Pouvons-nous trouver un compromis entre ce que Paul Magnette dit et ce que nous disons? On peut, si on consacre du temps à discuter des problèmes, mais il faut aussi passer du chaos institutionnel à un schéma de solution", dit De Wever. Ce faisant, la N-VA démontre sa volonté de remonter au pouvoir fédéral. 

Vraie ou fausse ouverture PS?

Côté socialiste francophone, le discours a gagné en nuances à la faveur de la crise. Paul Magnette (auteur du célèbre "avec la N-VA, nous n'avons rien en commun") dit maintenant pourquoi pas, si les nationalistes adoptent de nouvelles options de gauche (refinancement de la Sécu, etc.). "Tout dépend du programme", a dit Elio Di Rupo dimanche sur RTL. 

Un peu comme la N-VA demande au PS de cesser d'être le PS, le PS demande aujourd'hui à la N-VA de ne plus être la N-VA. La dialectique ressemble à une ouverture, mais en est-elle vraiment une? Rien n'est moins sûr. LA préférence du PS va toujours à la Vivaldi, c'est une évidence.

En attendant, Conner Rousseau, président du sp.a, et Paul Magnette annoncent un rapport destiné à celui ou celle qui prendra en main la formation d'un gouvernement. Car urgence socio-économique il y a. Comme jamais.

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