Benoît Mathieu

L'enquête soudanaise ne crucifie pas Theo Francken et sa politique migratoire à la fermeté si humaine. Du coup, le bouillant secrétaire d’État en sort conforté et presque renforcé.

Vous souvenez-vous de ce bête pari piégé qui a eu, un temps, droit de cité dans les cours de récréation belges? Une pièce et "pile je gagne, face tu perds".

Eh bien, on est traversé par la coriace impression que la N-VA y joue sans arrêt. Quoi qu’elle dise ou qu’elle fasse, elle engrange et ne perd rien.

Prenez un Jan Jambon s’immisçant dans un procès en cours en s’indignant que l’avocat Sven Mary puisse demander l’acquittement pour son Salah Abdeslam de client. Nous, on a trouvé piquant qu’un flamingant pur jus s’offusque des effets secondaires d’une loi sur l’emploi des langues, héritage abstrus du nationalisme flamand. Le monde judiciaire, lui, a vu rouge, à juste titre. Et est tombé à bras raccourcis sur le ministre de l’Intérieur, qui s’était juste assis sur le principe de séparation des pouvoirs.

Quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, la N-VA engrange et ne perd rien.

Et au final? Jan Jambon n’a pas reculé d’un pas, arguant qu’il avait bien le droit d’avoir une opinion en tant que citoyen, et que celle-ci était d’ordre moral, pas juridique. Et s’il a hérissé une fois de plus ici, il a surtout marqué un paquet de points là-bas. Parce que, quelque part, en voilà un qui n’a pas peur de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, ma bonne dame.

On croyait naïvement que c’était justement ce qu’un ministre était censé ne pas faire, mais ceci ne semble plus guère avoir d’importance.

Prenez la migration et l’affaire soudanaise. Le rapport mitonné par le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides souligne certes que la Belgique s’est montrée légère quant au respect de l’article 3 de la Convention des droits de l’homme. Mais il le fait à mots feutrés. (On ouvre ici, au propre comme au figuré, une parenthèse. On a entendu ce vendredi matin à la radio le député MR Richard Miller glisser que la Belgique avait "insuffisamment respecté" ce fameux article 3. Chou, range donc ces euphémismes maladroits et gênés. Un droit, on le respecte, ou pas. On ne bafoue pas "juste un petit peu". Bref.)

Mais voilà: l’enquête soudanaise ne crucifie pas Theo Francken et sa politique migratoire à la fermeté si humaine. Du coup, le bouillant secrétaire d’État en sort conforté et presque renforcé. Et peut faire pleurer dans les chaumines, en évoquant tous ces gauchistes qui l’ont accusé d’avoir du sang sur les mains.

Les nationalistes flamands engrangent. Et s’en vantent. Cela n’a pas traîné. Le jour même, le duo infernal Jambon-Francken reprenait sa communication là où ils avaient été contraints de la déposer un temps. Promotion du mois, la Belgique a en stock treize Soudanais tout prêts à être expulsés vers leur dictature! On espère qu’ils on pu négocier un bon prix avec Eurowings.

Sur le plan socio-économique, c’est tout bon aussi. La N-VA peut se vanter d’avoir fait baisser le taux de l’impôt des sociétés, qui s’entêtait à près de 34%. Oh, le gouvernement Michel a bien renoncé à renouer avec l’équilibre budgétaire, alors que la N-VA avait juré haut et fort, avant de prendre place au Fédéral, qu’avec elle, ça ne rigolerait plus comme avec ces sagouins de socialistes. Mais qu’importe, au final, qui irait donc encore le leur reprocher, puisque le déficit ne se porte malgré tout pas trop mal? Et puis, franchement, ça ne vous galvanise pas vraiment une foule, un budget à l’équilibre.

Mais la taxe sur les comptes-titres, qui hérisse de part et d’autre de la frontière linguistique? Rien de très gênant. Ce n’est rien d’autre qu’un geste que la N-VA a bien dû effectuer en direction de ces crypto-communistes du CD&V afin de faire passer la baisse de l’Isoc.

La question est: mais qu’est-ce qui pourrait bien arrêter la N-VA? Pas grand-chose. Si ce n’est, peut-être, le réveil des indépendantistes, fâchés d’avoir été hypnotisés par l’adroit Bart De Wever. Se rendant compte que ce n’est sans doute pas à bord d’un immense paquebot conservateur de droite qu’ils atteindront le lointain rivage de l’indépendance ou celui, plus fumeux, de l’autonomie. Ou que les xénophobes de tout poil s’en retournent au Vlaams Belang, parce que vous savez ce que l’on dit de l’original et de la copie.

Tout cela pend au nez de la N-VA; reste à savoir quand ça lui tombera dessus. Et si, d’ici-là, elle n’aura pas réussi à siphonner les autres partis (du CD&V à l’Open Vld avec, pourquoi pas, un petit détour par le MR à Bruxelles). Lui permettant de survivre à ces défections programmées.

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