analyse

La N-VA tente de communautariser la crise

Le roi Philippe a poursuivi ses audiences lundi en recevant notamment Bart De Wever, président de la N-VA.

Le Roi consultera jusqu'à mercredi. En attendant, la N-VA en appelle à un front flamand contre le PS. CD&V et Open Vld condamnent ce langage guerrier. Des noms circulent pour prendre la relève de Koen Geens.

Après la dramatisation née de l'échec de la mission royale de Koen Geens, trois jours ne sont pas de trop pour permettre au Palais d'imaginer une nouvelle formule. Le Roi a reçu lundi en audience le président du cdH Maxime Prévot, ses homologues de Groen et de la N-VA, Meyrem Almaci et Bart De Wever. Le but: lancer la formation d'un gouvernement et éviter des élections anticipées.

Qui a dit quoi?

"Il faut former un front flamand et ne pas plier face aux ukases du PS."
Bart De Wever
Président de la N-VA

Lundi, la N-VA a tenté de communautariser la crise. "Les francophones, et surtout le PS, doivent voir qu'ils ne peuvent pas créer la zizanie entre nous", a placé l'ancien secrétaire d'Etat Theo Francken en radio. Son président Bart De Wever a appelé les autres partis flamands à "former un front flamand et à ne pas plier face aux oukases du PS". Un PS accusé de vouloir former un gouvernement sans majorité en Flandre. 

Bart De Wever estime que l'Open Vld a déjà "plié" sur cette question et que la pression s'exerce plus que jamais sur le CD&V. Le discours N-VA s'adresse donc directement à ses deux partenaires au gouvernement flamand, pressés de ne pas "trahir" leur engagement envers la Flandre. Les deux partis en question se sont toutefois unis pour contester l'idée de front.

"L'Open Vld ne marche pas là-dedans", a indiqué la présidente Gwendolyn Rutten sur Twitter. "Nous choisissons la collaboration. Pas contre les autres, mais pour une meilleure Belgique, en alliance avec le MR". "Malgré le langage du PS et notre déception, je préfère ne pas parler de 'fronts' ou utiliser du vocabulaire guerrier", a indiqué Joachim Coens, président du CD&V. 

"Malgré le langage du PS et notre déception, je préfère ne pas parler de 'fronts' ou utiliser du vocabulaire guerrier."
Joachim Coens
Président du CD&V

Le CD&V continue de réclamer un gouvernement jouissant d'une majorité des deux côtés de la frontière linguistique (ce qui est impossible sans la N-VA), tout en ne fermant pas la porte à une coalition Vivaldi (socialistes, libéraux, écologistes et CD&V) "théoriquement possible". Egbert Lachaert, chef de groupe Open Vld à la Chambre et candidat à la présidence de son parti, n'exclut rien, tout dépendant du contenu, dit-il. 

Côté PS, on rejetait naturellement le vocabulaire de la N-VA après avoir durement attaqué Koen Geens pour ne pas avoir suffisamment testé les alternatives à l'axe PS/N-VA. Geens s'en est défendu ce week-end en indiquant que deux ou trois formations politiques hors CD&V avaient exprimé des réserves importantes à l'égard de la Vivaldi.

Il visait, imagine-t-on, le sp.a qui n'est pas nécessaire dans une Vivaldi, mais aussi le Vld (et le MR?). Le sp.a se dit en faveur d'une coalition progressiste sans toutefois exclure la N-VA.

Et maintenant?

Plusieurs noms circulent pour la suite des opérations. 

Côté flamand, la presse évoque la possibilité d'un tandem formé par le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo et le jeune président du sp.a Conner Rousseau. Les deux hommes ne sont pas encore montés au front et leurs deux partis sont pivots dans plusieurs majorités en dépit de leur faiblesse (21 sièges à deux). 

Sophie Wilmès est également citée, pourquoi pas en duo avec le président de la Chambre Patrick Dewael (Vld). Lundi matin, le bureau du MR a rejeté toutefois l'idée que soit confiée à la Première ministre une mission budgétaire. Chez les libéraux francophones, on est très sceptique quant à la possibilité que la représentante du gouvernement minoritaire en affaires courantes puisse sereinement déposer des mesures budgétaires suffisantes pour réduire le déficit de un à deux milliards.

"Un budget, c'est un projet politique", dit-on. Et pas question de lancer un format comme celui d'une Première ministre. "Le Roi a besoin d'elle pour gérer le pays", dit un MR. Si une personnalité libérale devait être lancée, on pense à Sabine Laruelle, présidente du Sénat

Bart De Wever pourrait également être finalement mouillé.

Quelle coalition? 

Le PS a définitivement enterré une alliance avec la N-VA. Reste la Vivaldi qui reste théoriquement valable, et ses variantes sans le CD&V mais avec le cdH et/ou DéFi. Des formules sans le PS mais avec la N-VA sont également envisageables mais se heurtent à un écueil majeur: la N-VA n'a qu'un partenaire francophone assumé, le MR qui ne pèse que 14 sièges. "Si la Vivaldi est morte, il reste la coalition à 80 (PS, sp.a, MR, Open Vld, Ecolo, Groen et cdH)", glisse un observateur. Une option qui n'est pas idéale ni pour l'Open Vld ni pour le MR.

Un gouvernement d'urgence?

C'est une option qui revient régulièrement - notamment pour éviter un scrutin anticipé -  mais qui ne fait pas encore l'objet d'une ébauche très précise. Avec qui pour faire quoi?  La question risque de mener à la même impasse.  

Le Roi consulte

D'ici mercredi, dix présidents de parti s'entretiendront avec le souverain. 

Le président du cdH, Maxime prévot, a été le premier à s'entretenir de la situation politique avec le roi Philippe lundi. Dans la foulée, ce sont les écologistes flamands qui se sont rendus au Palais. Le Roi a terminé par un échange avec le président de la N-VA, Bart De Wever. 

Ce mardi, c'est au tour des présidents du sp.a, du MR et d'Ecolo. Mercredi, l'Open Vld, le PS, le CD&V, et DéFI sont attendus au Palais de Bruxelles. 

L'ordre dans lequel sont reçues les formations politiques ne revêt aucune signification particulière.

Le Vlaams Belang (extrême droite) et le PTB (extrême gauche) n'ont pas été conviés. 

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