La présidence de Georges-Louis Bouchez vacille

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Les départs de feu se multiplient au MR depuis mercredi. Une partie de la base du parti est écœurée par les manières de son président.

Le tweet, effacé depuis, est tombé vers 9h30 ce jeudi. Georges-Louis Bouchez, le président du MR, annonce urbi et orbi son casting ministériel pour le gouvernement fédéral avec une surprise en la personne de Mathieu Michel, frère de Charles Michel, pour occuper un poste de secrétaire d’État. La suite relève du psychodrame.

Imaginez… Non repris dans la liste des ministrables au fédéral, Denis Ducarme a fait des pieds et des mains ces derniers jours pour qu’on lui garantisse un maroquin ministériel dans un autre  gouvernement. Il menace même de lancer une fronde interne, chose que le parti ne peut se permettre après avoir déjà dû porter l’étiquette du "zwarte piet" à la fin des négociations fédérales.

Une ministre débarquée sans panache

Les tractations sont intenses. L’annonce tombera finalement sur les réseaux sociaux vers 9h30. L’ex-ministre fédéral Denis Ducarme est parachuté ministre en Région wallonne. Il reprend les matières liées au tourisme et à la fonction publique gérées par la libérale Valérie De Bue.

Certains cadors fustigent l’inélégance avec laquelle le président a relayé le passage de Valérie De Bue à la Fédération.

La suite est ubuesque! Débarquée officiellement sur les réseaux sociaux, Valérie De Bue est recasée comme cheffe de groupe au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une maigre consolation.

Au MR, les téléphones chauffent. Certains cadors fustigent l’inélégance avec laquelle le président a relayé le passage de Valérie De Bue à la Fédération "alors qu’elle a fait le travail et n’a pas démérité à Namur". Même choc au sein du cabinet de l’ex-ministre où on ne comprend pas vraiment ce qui arrive. Le tweet du président du parti a visiblement pris de court de nombreux libéraux, dont certains ministres qui ont eu connaissance du casting quelques minutes avant qu’il soit rendu public.

Loin de là, au PS, l’ambiance est plus euphorique. Ministre des Pouvoirs locaux, Pierre-Yves Dermagne est nommé vice-Premier au sein du gouvernement De Croo. Et c’est Christophe Collignon qui lui succède en Wallonie.

La grosse boulette

L’histoire ne s’arrête malheureusement pas là pour le MR. En imposant Denis Ducarme dans l’exécutif wallon, Georges-Louis Bouchez a visiblement oublié un décret wallon voté par l’ensemble des partis politiques en avril 2019. Le texte garantit la présence d'un tiers de femmes et d'un tiers d'hommes au sein du gouvernement wallon. Ce décret avait ainsi permis au gouvernement Di Rupo d’avoir trois femmes sur les huit postes. Mais voilà, avec le départ de Valérie De Bue, ce "quota" n’était plus respecté.

"Georges-Louis Bouchez a fait ce casting dans son coin (...) c'est de l'amateurisme."
Coulisses du MR

Les portes claquent. Au sein du gouvernement wallon, la traditionnelle réunion du jeudi se transforme en réunion de crise. "Le gouvernement wallon est dans l’illégalité", reconnaissent PS et Ecolo.  Au fil des minutes, la pression s’accentue sur le MR et son président. PS et Ecolo refusent de contourner la règle. "Le décret doit être respecté et si le problème vient du MR, c’est au MR de trouver une solution et de revoir son casting".

Même les ministres libéraux du gouvernement wallon, Willy Borsus et Jean-Luc Crucke, montent au front pour défendre Valérie De Bue. Jean-Luc Crucke est même allé jusqu’à mettre son poste de ministre dans la balance.

"Le problème est la façon dont tout cela s’est fait. Rien n’est collégial. Georges-Louis Bouchez a fait ce casting dans son coin et n’avait visiblement pas connaissance de l’existence de ce décret", sussurrent certains au MR. "C’est de l’amateurisme", regrette-t-on.

"La base est écoeurée, surtout les femmes, c’est une honte."
Un ténor MR

Double humiliation

Le rétropédalage viendra en fin de matinée. Valérie De Bue conserve finalement son portefeuille ministériel. Ephémère ministre wallon, Denis Ducarme irait, lui, à la Chambre comme chef de groupe. Un groupe qui grogne d'avance. Mais cette solution s'annonce temporaire. Résultat: les deux "sont humiliés", dit-on au MR

Cette folle journée laissera inévitablement des traces."Il va falloir réparer les dégâts", estime-t-on. Et ils sont nombreux, tant sur le plan personnel avec une Valérie De Bue injustement cataloguée sous "quota féminin",  qu’en termes d’image avec un parti au bord de l’implosion.

"Georges-Louis Bouchez nous avait promis la méritocratie et la fin du copinage, nous voilà servis."
Un libéral

Certains se déchaînent. "La base est écoeurée, surtout les femmes, c’est une honte", s’insurge un ténor. La violence du débarquement de la Brabançonne ne passe pas auprès de nombreux mandataires. Pas plus que la montée de Mathieu Michel. "Georges-Louis Bouchez nous avait promis la méritocratie et la fin du copinage, nous voilà servis", dit un libéral.

Et l’étoile de Georges-Louis Bouchez de pâlir davantage après une négociation gouvernementale vertement critiquée. "Il est coincé entre le chantage de Ducarme et la famille Michel", entend-on au MR. Dans l'entourage de la présidence, on confirme le problème du replacement de Denis Ducarme qui garde du poids au parti. Mathieu Michel? Une façon de repositionner une figure "compétente" du Brabant wallon dans la perspective de la succession de... Charles Michel au niveau local.

Mais le désordre est complet au MR où l'on évoque le "contrôle nécessaire" du président. On parle de la désignation d'un vice-président par gouvernement. Quant à Denis Ducarme, il a fait savoir qu'il attendait une solution rapide.

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