La prolongation du nucléaire sur la table des négociateurs

Il sera difficile de prolonger Doel 1 et 2, qui doivent fermer les premiers, entend-on dans le secteur. ©KVA

Le MR va défendre devant les partis flamands une prolongation du parc nucléaire belge. Sur le terrain, une révision de la loi de sortie risque de buter sur des problèmes pratiques.

Le prochain gouvernement fédéral reviendra-t-il sur la loi de sortie du nucléaire? Depuis que les discussions politiques en vue de former un axe N-VA, MR, CD&V et Open VLD sont passées à la vitesse supérieure avec la désignation du tandem Charles Michel-Kris Peeters comme formateurs, la tentation est là. Et tant pis pour les dernières décisions prises par le gouvernement sortant dirigé par le socialiste Elio Di Rupo. Sous la dernière législature, les partis de la majorité papillon - dans lequel on retrouve tant le MR, le CD&V que l’Open VLD -, s’étaient accordés pour bétonner la fermeture des dernières centrales atomiques du royaume entre 2015 et 2025, avec une prolongation de 10 ans de Tihange 1.

Le MR pousse ses partenaires flamands

Mais voilà, avec la majorité dite "suédoise" qui se profile au fédéral, les cartes pourraient être à nouveau rebattues. Outre la fiscalité et le budget, les experts de la N-VA, du MR, du CD&V et de l’Open VLD ont prévu d’aborder le volet "énergie" d’ici le 18 août, date du début des négociations en plénière. Les discussions porteront essentiellement sur la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays et la stabilité des prix. C’est dans ce cadre que le volet nucléaire doit être examiné, avec en toile de fond une réouverture du calendrier de sortie.

D’après nos informations, le MR poussera la prolongation. Dans une note technique rédigée par les experts du parti, les libéraux francophones avancent leurs arguments en vue de défendre devant les partis flamands une prolongation de 10 ans de la durée de vie des centrales les plus récentes.

Le MR peut a priori compter sur le soutien de la N-VA. Si les nationalistes flamands sont plutôt partisans de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire, leurs négociateurs devraient en principe soutenir la demande du MR.

Du côté du CD&V, le parti de Kris Peeters n’est pas demandeur. Mais, sans une réelle garantie au niveau de la sécurité d’approvisionnement en électricité de la Belgique, le parti devrait marquer son accord à une prolongation de la durée de vie de certaines centrales.

Reste l’Open VLD. C’est en principe le plus farouche. Il serait même hostile à l’idée de revoir le calendrier de sortie. Mais voilà, l’Open VLD pourrait néanmoins s’incliner sur un point que les libéraux flamands ne considèrent pas comme crucial. "La Suède est revenue sur sa décision de renoncer au nucléaire, l’Espagne la reconsidère également, une telle décision ne me surprendrait donc pas", réagit Jean-Pol Poncelet, qui dirige aujourd’hui Foratom, la fédération des entreprises nucléaires en Europe.

Quasiment impossible pour Doel 1

Electrabel se tait dans toutes les langues sur cette prolongation – l’entreprise n’a manifestement pas envie d’apparaître comme demandeuse. Mais Philippe Van Troeye, qui a succédé à Sophie Dutordoir à la tête du producteur d’électricité en tout début d’année, a passé pas mal de temps à faire le tour des politiques pour leur faire part des préoccupations de l’entreprise. Parmi elles, la taxe nucléaire, les conditions de marché ou la sécurité d’approvisionnement du pays.

Si la Belgique risque déjà de connaître des problèmes en cas de grands froids durant l’hiver à venir, la situation s’avère plus délicate encore pour les hivers suivants, avec la fermeture du réacteur de Doel 1 le 15 février prochain, et celle de Doel 2 le 1er décembre 2015.

On entend toutefois dans le secteur, comme chez Electrabel, qu’une prolongation "serait très difficile pour l’un, et quasiment impossible pour l’autre". Une difficulté concerne le combustible. "Nous avons la matière première chez Synatom, mais il faudrait renégocier des contrats avec des fabricants d’assemblages, qui sont faits sur mesure pour chaque réacteur, ce qui prendrait des mois", explique Robert Leclère, CEO de Synatom et président du Forum nucléaire,

Plus problématique encore: il ne faudrait pas seulement changer la loi de sortie, mais réactiver le dossier de prolongation de Doel 1 et 2 auprès de l’AFCN, l’autorité de sûreté. "Une procédure extrêmement lourde, dont les exigences semblent difficiles à rencontrer dans un temps aussi court", chuchote-t-on. Une prolongation de Doel 1 serait donc devenue quasiment impossible, et la fenêtre serait étroite pour Doel 2. Et sur le plan économique, un tel scénario serait coûteux: il s’agit de réacteurs jumeaux, qui utilisent une série de systèmes et de circuits communs. En prolonger un seul pour une longue période n’est donc pas très rentable.

La prolongation des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, qui doivent fermer fin 2022 et début 2023, parait elle aussi difficile à assumer politiquement. Les tests sont en effet toujours en cours suite au problème des micro-fissures observées dans leurs cuves, et Electrabel envisage toutes les hypothèses – y compris le fait que ces deux réacteurs pourraient ne jamais redémarrer.

Les options les plus probables sont donc la prolongation de Doel 4 et/ou Tihange 3, qui doivent fermer en 2025, et la décision d’accorder, une nouvelle fois, 10 ans de vie supplémentaire à Tihange 1, où 600 millions d’euros doivent de toute façon être investis pour lui permettre de fonctionner jusqu’en 2025.

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