La réforme des pensions piétine: à qui la faute?

La chute du gouvernement n’a pas aidé à faire avancer les débats. Pour les députés, il faut maintenant décider.

L e président français, Nicolas Sarkozy, a promulgué mercredi le texte de la réforme des retraites. Pendant ce temps-là, en Belgique, on discute toujours. Mardi, en commission des Affaires sociales de la Chambre, les députés ont eu droit à un exposé des représentants de la Conférence des pensions et du ministre Michel Daerden (PS).

Certains n’ont pas apprécié cette mise à l’agenda de nouveaux débats sur l’état de la question. "Il faut cesser de tourner en rond. Il est grand temps de débattre sur des propositions concrètes", a protesté Catherine Fonck (cdH), appuyée par certains de ses collègues, dont l’Ecolo Georges Gilkinet. Pour ce dernier, la législature précédente aura été une législature perdue. "On a fait du surplace. Débattre est intéressant, mais j’ai l’impression qu’on essaye surtout de masquer l’absence d’avancées", critique-t-il, suivi par son collègue de Groen!, Wouter De Vriendt, et la sp.a. Myriam Kitir.

Les députés ont-ils raison de s’énerver? Oui… et non. En 2010, le coût des pensions a atteint 33,7 milliards d’euros. Ce chiffre devrait augmenter de 2% par an jusqu’en 2050-2060, selon les projections du Comité d’étude sur le vieillissement. Le nombre de personnes âgées (+65 ans) est en augmentation constante: entre 1991 et 2007, il a grimpé de 31% en Flandre, 14% en Wallonie. A Bruxelles par contre, le nombre de seniors diminue (-9% sur la période). Face à ces tendances, la viabilité du système de pensions actuel devient de plus en plus incertaine.

Réforme indispensable

Notre système doit être réformé en profondeur, coûte que coûte, tout le monde est d’accord là-dessus. Or, cela prend du temps. Comme l’a souligné Michel Daerden, la Suède a mis 10 ans pour le faire. En Belgique, le débat a été lancé début 2008 par la ministre des pensions de l’époque, Marie Arena (PS). Trois ans plus tard, aucune piste concrète de réforme n’a encore été lancée.

Michel Daerden s’en défend, avançant d’abord que si, depuis neuf mois, rien ne bouge, c’est avant tout parce que le gouvernement est tombé. Ce débat en commission sur le "Livre Vert" aurait d’ailleurs dû avoir lieu en avril dernier. Le VLD ayant poussé sur le bouton "eject" du gouvernement, il est lui aussi passé à la trappe et a dû être reprogrammé, explique Yvan Mayeur (PS), le président de la commission.

Si le gouvernement était resté en place, aurait-on abouti à quelque chose? Le ministre sourit: "Qui peut le savoir?" Michel Daerden reste en tout cas convaincu que sa méthode en quatre temps était la bonne. "Quand je vois ce qui se passe en France, avec les importants mouvements sociaux, je suis d’autant plus convaincu que l’on n’y arrivera que par la concertation", explique-t-il. Pour lui, des mesures doivent être prises, mais l’urgence a été exagérée. "Aujourd’hui, la réforme n’attend plus qu’une force politique pour être réalisée."

Michel Jadot, le président de la Conférence des pensions, défend lui aussi son travail. "L’instruction donnée par les cabinets ministériels n’était pas de présenter des solutions, mais de poser des constats. Nous avons d’ailleurs dû corriger certaines questions jugées trop orientées", précise-t-il.

Il estime par ailleurs que la précédente législature a malgré tout pu réaliser quelques avancées précises, qu’il chiffre en plusieurs dizaines de millions d’euros: revalorisation des minima de pensions, de la Grapa, travail sur les périodes assimilées,…

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