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La réforme du marché du travail va-t-elle dans le bon sens?

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Le gouvernement fédéral a présenté une batterie de mesures pour augmenter le taux d'emploi. La réforme est-elle à la hauteur des enjeux? Analyse avec deux experts.

Il y avait beaucoup d'attentes placées dans la réforme du marché du travail présentée ce mardi conjointement au budget. Et pour cause: la Vivaldi a placé la création d'emplois en haut de la liste de ses priorités. Son mantra: atteindre un taux d'emploi de 80% en 2030. On attendait donc des mesures fortes, basculantes.

"Il y a de la cohérence dans les mesures."
Bruno Van Der Linden
Professeur à l'Ires (UCLouvain)

Y a-t-on droit? "Le paquet est très consistant, estime Didier Paquot, chief economist à l'Institut Destrée. Le gouvernement s'attaque à des points importants comme les métiers en pénurie, les maladies de longue durée, c'est symboliquement très fort." "Il y a de la cohérence dans les mesures", analyse de son côté Bruno Van Der Linden, professeur à l'Institut de recherche en sciences économiques et sociales de l'UCLouvain, expert en droit du travail.

Mais les deux experts estiment qu'on en attend peut-être un peu trop du niveau fédéral. "Le taux d'emploi est un problème très ancien et on a déjà tenté beaucoup de choses, il n'y a pas de réponse miracle", tempère Bruno Van Der Linden. D'autant que l'essentiel des compétences en matière de formation et d'emploi se situe au niveau des Régions, rappelle Didier Paquot.

Points forts: des incitants et des formations

"Des incitants pour les métiers en pénurie, c'est un très bon signal. Mais si les formations ne suivent pas au niveau régional, cela n'aura aucun effet."
Didier Paquot
Chief economist à l'Institut Destrée

Il prend pour exemple la possibilité pour un chômeur de conserver 25% de ses allocations en plus de ses premiers mois de salaire dans un métier en pénurie: "Des incitants, c'est un très bon signal. Mais si les formations ne suivent pas au niveau régional, cela n'aura aucun effet". Bruno Van Der Linden pointe lui le droit à cinq jours de formation par personne comme un "signal fort" du paquet de mesures qui n'aura certes pas d'impact sur le taux d'emploi à court terme, mais constitue un investissement à long terme, dans un contexte d'évolution très rapide du marché du travail. "C'est un changement potentiellement important pour les personnes peu qualifiées notamment, mais comment vérifiera-t-on si le dispositif est appliqué et le contenu même de ces formations?", interroge-t-il.

Le gouvernement De Croo veut notamment renforcer les liens entre entités via une "plateforme interfédérale". "Il existe déjà un accord de coopération entre Régions, une collaboration entre les agences pour l'emploi... Quelle sera la valeur ajoutée de cette plateforme?", se demande Bruno Van Der Linden.

"Sans mesures régionales, cela n'a pas de sens"

Le Bureau du Plan prévoit que la Belgique créera 13.200 emplois l'an prochain. Le gouvernement avance pouvoir en créer autant grâce à la réforme présentée mardi. Pour Didier Paquot, il ne faut pas accorder trop de crédit à ce chiffre, "il s'agit surtout d'enclencher une dynamique de remise à l'emploi". "Cela me paraît difficile de doubler la prévision du Plan, sachant que beaucoup de mesures devront passer par les partenaires sociaux et n'entreront donc pas tout de suite en vigueur", ajoute Bruno Van Der Linden.

70.000
emplois
C'est le nombre d'emplois que doit créer la Belgique chaque année pour porter son taux d'emploi à 80% en 2030.

Plus globalement, les deux experts relativisent l'objectif fixé pour 2030. "Le taux d'emploi des 20-64 ans tourne autour de 71%. Il faudrait donc créer en moyenne 70 à 75.000 emplois par an entre 2022 et 2030 pour atteindre 80%", rappelle Bruno Van Der Linden. Sachant que l'on en a créé 70.000 par an entre 2016 et 2019, cela tient la route. Sauf que le Covid est passé par là et que les dernières prévisions du Bureau du Plan tablent sur la création de 60.000 emplois en 2021 et, on l'a dit, seulement 13.200 en 2022. L'objectif sera donc difficile à atteindre. Si la Flandre peut espérer y parvenir, la Wallonie devrait elle créer près de 40.000 emplois par an d'ici 2030. "Elle en crée 10 à 15.000 les bonnes années", rappelle Didier Paquot, et donc "des mesures fédérales sans mesures régionales, cela n'a pas de sens. Il faudra voir comment les Régions vont s'emparer de ces outils."

Le résumé

  • Le gouvernement a présenté une réforme du marché du travail censée ouvrir la voie à l'augmentation du taux d'emploi.
  • La réforme est-elle prometteuse?
  • Nous avons posé la question à deux experts du marché du travail.

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