La Région bruxelloise exige une concertation sur le choix du successeur du F-16

©ANP

Les ministres bruxellois Rudi Vervoort et Didier Gosuin ont saisi le comité de concertation. Ils craignent que le F-35 ne rapporte pas grand-chose aux entreprises bruxelloises.

Il y a de la friture sur la ligne Top Gun. Alors que les autorités françaises ont brouillé toute la procédure de sélection du successeur de l’avion de chasse F-16 en proposant un partenariat "inédit et de grande ampleur" à la Belgique – via l’achat d’avions Rafale –, le scénario dérive, aujourd’hui, en querelle belgo-belge puisque la Région bruxelloise s’invite dans le dossier.

Dans une note dont L’Echo a obtenu copie, les ministres bruxellois Rudi Vervoort (PS) et Didier Gosuin (DéFI) exigent que la procédure de sélection prenne en compte l’avis des Bruxellois dans le dossier: la Région a d’ailleurs fait inscrire ce point à l’ordre du jour de mercredi du comité de concertation, l’organe qui réunit le Fédéral et les entités fédérées. Les experts bruxellois (groupe aéronautique) ont estimé à environ 4 milliards d’euros les retombées économiques industrielles du choix de l’avion. Ils estiment que 5 à 10% de ces retombées peuvent atterrir dans la besace de la Région bruxelloise: 400 millions d’euros, donc, si on prend la fourchette maximale.

Retours économiques

Pour rappel, outre le Rafale français, deux avions sont candidats à la succession du F-16: le F-35 (US) et l’Eurofighter (consortium anglo-européen). "Les experts aéronautiques avancent que le partenaire américain, candidat privilégié du gouvernement fédéral belge, n’est pas connu pour être très actif ni même volontariste en termes de retours économiques. Cela fait craindre un très faible impact en termes de retombées économiques tant pour l’économie belge que pour l’économie bruxelloise, écrit le gouvernement bruxellois. Les deux autres concurrents, au contraire, ont parfaitement saisi l’importance pour la Belgique de disposer de retombées économiques conséquentes." Et les Bruxellois de louer les offres des gouvernements français et britannique.

"Le candidat américain, privilégié par le gouvernement fédéral, n’a qu’un impact faible en termes de retours économiques."
rudi vervoort et didier gosuin

Pour rappel, si le F-35 est souvent présenté comme l’avion favori de la Défense belge, les retours économiques d’un tel choix sont limités pour notre pays puisque le centre de maintenance de ces avions est déjà installé au Pays-Bas et constitue la part du lion en termes de retours économiques.

Bref, le gouvernement bruxellois veut être entendu en la matière et défend ses fleurons entre autres l’entreprise Sabca , établie partiellement en Région bruxelloise. à noter que l’actionnaire majoritaire de Sabca n’est autre que le groupe français Dassault, promoteur et constructeur du Rafale

Coordination entre le Fédéral et les Régions

"Vu l’importance que revêt ce dossier pour l’économie belge, il est indispensable qu’une coordination étroite entre le pouvoir fédéral et les trois Régions sur les retours économiques du marché soit mise en place le plus rapidement possible. à cette heure, les demandes de la Région bruxelloise en ce sens n’ont pas donné de résultat", écrivent encore Rudi Vervoort et Didier Gosuin.

Du côté Fédéral, la demande de concertation est relativement peu appréciée. "C’est un dossier qui relève de la compétence du gouvernement fédéral, y note-t-on. La procédure de sélection a été lancée de la manière la plus correcte et transparente possible, si la Région bruxelloise se réveille aujourd’hui, comme les carabiniers d’Offenbach, avec plusieurs temps de retard, ce n’est certainement pas au Fédéral à s’excuser ou à revoir sa copie."

À voir si ce dossier peut rallumer le brasero de la contestation au comité de concertation: les séances y sont décrites comme plus calmes et apaisées entre autres depuis le changement à la tête de la ministre-présidence wallonne. Le prédécesseur de Willy Borsus, Paul Magnette, s’était érigé en opposant numéro uno du Premier ministre Charles Michel dans cette enceinte. Le dossier des F-16 va-t-il rappeler de vieux souvenirs? "Pas nécessairement, juge une source fédérale. Se disputer au sujet d’avions de guerre, ce n’est pas très porteur dans l’opinion publique." Effectivement…

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