chronique

La régionalisation de la Sécu est déjà en marche

Le Voka a relancé l'idée de régionaliser les soins de santé et l'emploi. Mauvais pour la Wallonie? La chronique politique d'Alain Narinx.

La puissante organisation patronale flamande Voka a relancé cette semaine la revendication d’une régionalisation des soins de santé et de toute la politique de l’emploi d’ici 2024. Les patrons (et les partis) flamands ne souhaitent pas la scission des pensions. Pas fous: toutes proportions gardées, la part de la Flandre est bien plus lourde dans le système de retraites.  

Derrière ce plaidoyer se cache surtout une volonté du patronat flamand de tailler dans les dépenses sociales.

Inutile de pousser des cris d’orfraie devant cette énième offensive des employeurs flamands. La sécurité sociale est déjà partiellement régionalisée. Depuis la dernière réforme de l’État, les allocations familiales sont ainsi gérées par les entités fédérées. Au passage, on relèvera que ce transfert de compétences pourtant limité a déjà provoqué un beau casse-tête administratif. On rigole déjà en pensant à ce que serait la suite... 

Dans notre pays, où les compétences entre fédéral et Régions/Communautés sont étroitement imbriquées, où elles se chevauchent allègrement, il est toujours possible de trouver une justification rationnelle à une régionalisation… et des arguments tout aussi pertinents pour le niveau fédéral.

Tailler dans les dépenses sociales

Que penser alors des revendications du Voka? Scinder l’assurance maladie n’a pas beaucoup d’intérêt en termes de santé publique. On ne voit pas très bien ce que cela améliorerait de part et d’autre de la frontière linguistique.

À vrai dire, par cohérence, il serait même judicieux de refédéraliser la prévention qui, elle, est dans les mains des Régions. Derrière ce plaidoyer se cache surtout une volonté du patronat flamand de tailler dans les dépenses sociales, une pilule beaucoup plus facile à faire avaler aux seuls partis flamands.

Une certaine logique au niveau de l'emploi

En revanche, au niveau du chômage, un transfert des attributions de l’Onem vers Actiris, Forem et VDAB fait davantage sens. Les politiques de l’emploi sont déjà largement régionalisées et il y a effectivement de nettes différences entre la situation en Flandre occidentale ou dans certaines parties du Hainaut, par exemple. Or, l’efficacité de certaines politiques qui touchent au chômage dépend du marché de l’emploi dans lequel elles évoluent.

Politiquement, une scission du chômage apparaît également beaucoup plus tentante.

Illustration avec la dégressivité des allocations. D’un point de vue macroéconomique, une telle mesure aura un impact plus incitatif sur la remise à l’emploi dans une région où le taux de chômage est faible, où les embauches sont nombreuses, où les demandeurs d’emploi sont bien formés… Bref, dans un marché du travail en forme. Elle sera nettement moins profitable dans une région où il y a beaucoup de chômeurs de longue durée et où le recrutement se fait rare… Dans ce cas, faire perdre 100 euros par mois ne rendra pas le chômeur plus "employable". 

Politiquement, une scission du chômage apparaît également beaucoup plus tentante. On épinglera cette phrase de Paul Magnette, le président du PS, dans "Le Soir" du 30 décembre. Elle est passée un peu inaperçue au milieu d’un grand débat de fin d’année des présidents de parti, en pleine trêve des confiseurs. "Une grande partie de la droite flamande dit qu’il faut limiter les allocations de chômage dans le temps. Soyons clairs, j’y suis opposé. Un chômeur à Charleroi ne va jamais trouver un travail si l’allocation s’arrête. Mais je peux comprendre que pour un Flamand qui vit à un endroit où il y a le plein-emploi, la question se pose. On doit beaucoup plus territorialiser les politiques".

La porte est ouverte… 

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