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"La situation épidémiologique n'est pas comparable à celle de mars"

La mortalité reste stable, un élément rassurant, d'après Yves Coppieters. ©BELGA

Les contaminations au coronavirus poursuivent leur hausse en Belgique, mais la mortalité reste stable. Le suivi de l'épidémie est plus précis qu'en mars, insiste le professeur Coppieters.

 L'épidémie de coronavirus reprend du poil de la bête. Entre le 4 et le 10 septembre, le nombre moyen de contaminations par jour a atteint 680,6 cas, soit une hausse de 42% par rapport à la semaine précédente.

D'après le porte-parole interfédéral, Yves Van Laethem, on est désormais "au seuil d'une deuxième vaguelette". De quoi s'inquiéter? On tente d'y voir plus clair.

Pour retrouver un nombre de contaminations identique à celui atteint ces derniers jours, il faut remonter au mois de mars, juste avant la flambée de l'épidémie. Mais attention, ne comparons pas des pommes et des poires.

"En mars, on ne captait au maximum que 5% des malades."
Yves Coppieters
Epidémiologiste ULB

"En mars, on ne captait au maximum que 5% des malades. Autrement dit, il fallait multiplier le nombre obtenu par 20 pour connaître le taux de transmission réel dans la population", explique l'épidémiologiste Yves Coppieters (ULB). "Aujourd'hui, on capte plus de 30% des cas positifs, donc il ne faut plus le multiplier que par 3 environ pour connaître le nombre réel."

En résumé, on dispose d'une vue sur l'épidémie bien meilleure que par le passé. Pas de raison de crier excessivement au loup donc, mais il faut tout de même s'assurer de restabiliser les transmissions. "On ne peut pas se permettre une augmentation exponentielle trop longtemps", reconnaît Coppieters.

Hospitalisations et mortalité

Deuxième point d'attention: les admissions hospitalières. Si la hausse des contaminations s'accélère, celle des hospitalisations est modérée, tandis que la mortalité reste relativement stable.

Des éléments rassurants? Pas vraiment si l'on se fie à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), laquelle prédit un automne "plus dur" avec une remontée du nombre de morts en Europe.

"Ce n'est pas parce que les gens vont plus se faire hospitaliser, que la mortalité suivra d'office la même dynamique."
Yves Coppieters
Epidémiologiste

Pour Yves Coppieters, ces prédictions ne sont pas nécessairement fondées. "Les hospitalisations réaugmentent en Espagne et en France, mais pas encore la mortalité", souligne-t-il.

Élément d'explication: la prise en charge clinique des patients Covid serait aujourd'hui nettement meilleure qu'en mars. "Les protocoles se sont affinés, on intube moins et on privilégie des thérapeutiques avec de l'hyperoxygénation", illustre l'épidémiologiste, qui observe aussi que les hospitalisations sont devenues plus courtes.

"Ce n'est pas parce que les gens vont plus se faire hospitaliser, que la mortalité suivra d'office la même dynamique. Elle va augmenter certes, mais pas dans la même mesure", insiste-t-il.

Enjeux du CNS

Dans ce contexte, qu'attendre du prochain Conseil national de sécurité (CNS)? Pour Yves Coppieters, l'enjeu reste avant tout de s'assurer du maintien des gestes barrières dans la vie privée comme publique.

"La bulle des 5 est tellement mal suivie qu'elle n'est pas optimale."
Yves Coppieters
Epidémiologiste

La bulle des 5 pourrait aussi "être remise en question car elle est tellement mal suivie qu'elle n'est pas optimale", estime le professeur.

D'après lui, les autorités doivent surtout se pencher sur la restructuration du testing. "On a désormais une capacité de tests en nombres absolus, mais on est dépassé par des demandes de dépistage au moindre symptôme. C'est problématique!"

La Belgique réalise plus de 30.000 tests par jour

La Belgique réalise pour le moment plus de 30.000 tests par jour, a indiqué lundi le ministre en charge de la taskforce 'Testing', Philippe De Backer. "Nous testons beaucoup en Belgique, les critères sont très larges. Cette semaine, nous avons réalisé plus de 30.000 tests par jour, ce sont des chiffres très élevés", a souligné le ministre.

Selon les données de M. De Backer (Open Vld), 99% des gens reçoivent les résultats dans les 24 heures. Et s'il y a du retard, c'est souvent en raison d'un résultat imprécis. Dans ce cas, un nouveau test doit être pratiqué. Il arrive aussi que les échantillons soient emmenés le soir vers le laboratoire et n'y soient donc analysés que le lendemain.

Une solution? La mise en place des centres de tri différenciés, un peu comme à Bruxelles, devrait être envisagée à l'échelle nationale. "Il en faut des 'express' pour les cas à risque, avec communication des résultats dans les 24 à 48h, et d'autres pour les personnes moins prioritaires, de retour de zones rouges par exemple."

"Sans des tests rapides, notre première ligne risque d'être rapidement noyée."
Yves Coppieters
Epidémiologiste

Investir dans des tests rapides devrait, selon lui, constituer une autre priorité. "Il faudrait notamment des tests salivaires pour poser des diagnostics et discrimer le Covid par rapport à d'autres virus. Sans ça, notre première ligne risque d'être rapidement noyée", prévient-il.

Sera-t-il entendu? Réponse à l'issue du prochain CNS. À moins d'une flambée, cette réunion ne devrait pas se tenir avant la semaine prochaine.

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