La sortie de Bouchez énerve. Mais si elle faisait bouger les lignes?

"Je ne connais pas une seule compétence régionalisée qui soit mieux organisée aujourd'hui qu'elle ne l'était au niveau national", affirmait en décembre dernier l'informateur Georges-Louis Bouchez au magazine Wilfried. ©Photo News

Georges-Louis Bouchez a accordé une surprenante interview dans laquelle il affirme sa volonté d'une Belgique "unitaire". Est-ce-là conforme au rôle d'un informateur royal? Selon la N-VA, il complique surtout les négociations...

Quelle mouche a donc piqué Georges-Louis Bouchez? Le président du MR et informateur royal a accordé une interview au magazine Wilfried dans laquelle il se déclare en faveur d'une Belgique "unitaire".

Moi, je suis pour un État unitaire.
Georges-Louis Bouchez
Président du MR

Bon coup de pub assurément pour ce magazine dont le site internet était un temps hors d'usage ce matin; on imagine qu'il a été pris d'assaut par tous ceux qui voulaient avoir accès à l'interview intégrale. Coup de pub aussi pour le jeune président des libéraux francophones dont le nom est propulsé numéro 1 des tendances sur Twitter ce jeudi...

Que dit Bouchez dans cet entretien croisé (avec François De Smet, Défi) qu'il a accordé à Wilfried non pas cette semaine, à quelques jours de la remise au Roi du rapport final qu'il doit établir avec son co-informateur Joachim Coens, mais en décembre alors que le Montois était déjà chargé de mission par le roi Philippe?

Régionalisation... ou pas

"Je suis unitariste. Moi, je suis pour un État unitaire. Je ne parle pas d'efficacité quand je vous dis ça, mais d'attachement sentimental." Ou encore: "Je ne connais pas une seule compétence régionalisée qui soit mieux organisée aujourd'hui qu'elle ne l'était au niveau national", dit Bouchez dans cette interview.

Mais en parlant quand même d'efficacité, il remet en cause les réformes de l'État: "Des améliorations liées aux réformes de l’État? Je n’en vois aucune en ce qui concerne les grandes compétences."

Il faudrait remettre toutes les compétences au niveau fédéral.
Georges-Louis Bouchez


Il donne son interprétation des résultats des élections de mai dernier et des actuelles forces en présence dans le paysage politique belge, alors que la formation d'un gouvernement fédéral est toujours au point mort. Pour lui, l'essor du Vlaams Belang (et du PTB en Wallonie) relève d'un même mouvement "contestataire", qui ne permet pas de conclure à une opposition entre une Flandre "de droite" et une Wallonie "de gauche"

De Wever, "le plus gros phénomène belge"

Il faudrait remettre toutes les compétences au niveau fédéral.
Georges-Louis Bouchez

Il laisse aussi transparaître son admiration pour Bart De Wever, président de la N-VA. "Sur le plan de la réussite politique, c'est le plus gros phénomène belge des dernières années. (...) il a une ligne beaucoup plus claire et affirmée." Et justement, cette interview n'a pas laissé indifférent le président de la N-VA. Qui ne se montre guère complaisant à l'égard du jeune président des libéraux francophones. "Il a bien sûr le droit d'avoir son opinion, mais en tant qu'informateur, il n'aide pas à faire avancer les choses."

Manque de perspicacité historique

"L'unitarisme a déjà été éprouvé dans notre pays", réagit le président de la N-VA. "Il a fonctionné depuis 1830, alors que les Flamands étaient des citoyens de seconde zone et étaient gérés par des gens qui ne parlaient pas le néerlandais. Depuis que les néerlandophones ont exigé et obtenu leurs droits civils, l'unitarisme est resté complètement bloqué et le fédéralisme a finalement pu commencer." 

 La Belgique est désormais constituée de deux démocraties totalement distinctes, relève encore De Wever. "Ce que Bouchez propose nous ramène donc au XIXe siècle. Il témoigne d'un manque de perspicacité historique."

On sait que la N-VA, premier parti de Flandre et du pays au sortir des élections de mai, est demandeuse de réformes institutionnelles. On sait aussi à quel point la constitution d'un gouvernement est laborieuse... "L'interview donnée par l'informateur Georges-Louis Bouchez (MR) risque de compliquer les négociations fédérales", a réagi Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre.

Qu'en pense l'Open Vld?

Du côté de l'Open Vld, on semble plutôt embêté de cette sortie du président des bleus du sud du pays. "Je considère qu'il s'agit d'une opinion personnelle du président du MR", glisse Bart Tommelein, candidat à la présidence de l'Open Vld. "La réforme de l'État n'est pas une priorité pour nous, mais je pense qu'il faut gérer avec efficacité. Je veux surtout un gouvernement plus léger, avec des pouvoirs clairs à tous les niveaux."

Tout le monde ne crie pas au loup, c'est clair. Ainsi, Els Ampe (Open Vld) propose quelques compétences qu'elle aimerait voir refédéralisées, comme les normes de bruit, la 5G ou encore la qualité de l'air et de l'eau. "Dans l'éventualité d'une prochaine réforme de l'État, du point de vue de l'efficacité, la refédéralisation de certains pouvoirs est une option pour nous", a assuré le parti bleu flamand.

Ce qui est sûr, c'est que "GLB" a à nouveau énervé pas mal de monde. Ses nouvelles attributions, la présidence de son parti et la mission d'informateur du Roi, ne l'ont clairement pas changé. Et ce qui est tout aussi certain, c'est qu'il a réussi à relancer le débat autour du confédéralisme...

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect