La station polaire au cœur des perquisitions chez Zuhal Demir

Zuhal Demir en compagnie d'Alain Hubert en juin dernier ©BELGA

La police a mené des perquisitions ce mardi matin au cabinet de Zuhal Demir (N-VA), la secrétaire d'Etat en charge, notamment, de la Politique scientifique. Les perquisitions sont liées à la plainte déposée en 2013 par Philippe Mettens, alors directeur de la politique scientifique. Le parquet de Bruxelles nous a confirmé le lien.

La police fédérale a effectué une série de perquisitions mardi matin au cabinet de la Secrétaire d'Etat Zuhal Demir, en charge, entre autres, de la Politique scientifique. Cette descente de police cadre dans l'instruction menée par le juge Michel Claise depuis la plainte introduite en 2013 par Philippe Mettens.

Le parquet de Bruxelles nous a confirmé le lien entre la plainte et les perquisitions effectuées ce matin. Il précise toutefois que Zuhal Demir n'est pas visée par les opérations du jour. Des documents recherchés ont été saisis par les enquêteurs. Par l'intermédiaire de son avocat, Zuhal Demir remarquait qu'ils étaient frappés par la confidentialité. Elle estimait en conséquence qu'ils n'étaient pas opposables au juge d'instruction.
   

"Je m'interroge sur le fait de savoir comment et pourquoi on a pu organiser une campagne en Antarctique l'année passée pour un budget de moitié inférieur à celui de cette année."
Philippe Mettens
Ancien directeur de la Politique Scientifique

Plainte pénale

En 2013, Philippe Mettens, qui était alors à la tête du département de la Politique scientifique, avait porté plainte au pénal contre l'explorateur Alain Hubert, président de la Fondation Polaire Internationale (IPF), l'organe de gestion de la station polaire Princesse Elisabeth en Antarctique. Alain Hubert était soupçonné de prises illégales d'intérêt et de conflits d'intérêts dans le cadre de la gestion de la station polaire.

Dans la foulée de cette plainte, des perquisitions avaient été effectuées au domicile d'Alain Hubert. Les perquisitions de ce mardi matin ne sont qu'une suite logique de l'instruction en cours. Le parquet de Bruxelles, qui n'a pas voulu commenter l'opération, a confirmé qu'elle était en lien avec la Fondation Polaire et qu'elle faisait suite à la plainte introduite par Philippe Mettens. 

Conflits d'intérêt 

"A l'époque, j'avais fait des révélations concernant des sociétés liées à Alain Hubert et à son épouse, des sociétés qui facturaient à la Fondation Polaire et qui étaient payées via la dotation de l'Etat", nous a déclaré Philippe Mettens ce mardi matin. Pour lui, il y avait des cas évidents de conflits d'intérêt.

"Je m'interroge sur le fait de savoir comment et pourquoi on a pu organiser une campagne en Antarctique l'année passée pour un budget de moitié inférieur à celui de cette année", nous a encore expliqué l'ancien directeur de la Politique Scientifique. 

"Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait par acrimonie, mais en tant que responsable de la Politique Scientifique et parce que j'étais soucieux des deniers publics. Ce que nous avons révélé à l'époque nous paraissait suspect", a ajouté Philippe Mettens, rappelant qu'il avait l'obligation de dénoncer des faits relevant d'une potentielle infraction pénale. "A l'époque, j'avais été auditionné de longues heures par la police fédérale, je suppose que l'instruction se poursuit", a-t-il conclu. 

Rappel des faits

Les tensions entre le gouvernement et l'International Polar Foundation (IPF), présidée par l'explorateur Alain Hubert, ont duré plusieurs années.

> En 2013, la direction de la Politique scientifique fédérale, avec à sa tête Philippe Mettens, a porté plainte contre le scientifique pour prises illégales d'intérêt et conflits d'intérêts dans la gestion de la station Princesse Elisabeth, construite par l'IPF. Le gouvernement a alors voulu écarter l'explorateur et choisir par marchés publics les équipes de scientifiques envoyés sur place.

> Le Conseil d'Etat a encore annulé en juin 2017 un arrêté royal qu'il avait déjà suspendu en septembre 2016 à la suite d'un recours de la Fondation polaire internationale (IPF). Le texte visait à retirer à l'IPF l'entretien et la maintenance de la station polaire belge en Antarctique et à les confier à un service public ou à un tiers, conformément à la loi sur les marchés publics.    

> La secrétaire d'Etat Zuhal Demir a réussi à signer fin juin une "Pax Antarctica" avec Alain Hubert, selon laquelle l'Etat devient pleinement propriétaire et l'IPF le gestionnaire pour au moins 5 ans.

> En 2016, à cause du conflit entre la Fondation polaire internationale et les autorités belges, aucune mission scientifique n'a eu lieu depuis la station Princesse Elisabeth. L'explorateur Alain Hubert partira le 1er novembre avec une équipe de 14 personnes vers la station polaire belge. 

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