La Sûreté de l'Etat se met à nu dans un rapport offensif

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Le premier rapport publié depuis 2011 de l’instance de renseignement s’inquiète du vaste problème de la radicalisation islamiste en prison, de l’espionnage chinois, de l’influence russe…

Bruxelles, nid d’espion: la chose est sue de longue date dans la capitale de l’Europe où les informations sensibles pullulent. La Sûreté de l’Etat le sait aussi. Elle a publié jeudi sur son site internet un foisonnant rapport d’activité, le premier diffusé depuis 2011; et ce à l’occasion des 20 ans de la loi sur le renseignement. Il balaye de nombreux sujets et se signale par sa liberté de ton. Etat des lieux du renseignement par son principal acteur.

  • L’adversaire chinois. "Les activités de renseignement chinoises à l’encontre des intérêts belges et européens ne vont certainement pas diminuer", décrit le rapport. C’est ainsi qu’un espion chinois a été arrêté en Belgique en avril et extradé vers les Etats-Unis en octobre. La Sûreté a constaté que "les services de renseignement chinois traditionnels se livraient à des activités de renseignement dans notre pays", utilisant pour ce faire des "groupes de réflexion, sociétés de médias, entreprises publiques". Le rapport indique que la Chine cherche à s’informer "sur les projets de l’Union européenne et sur l’état des relations entre les Etats membres". La Sûreté recommande de "coopérer intensément avec nos pays partenaires".
  • L’essor russe. "L’affaire Skripal ne doit pas faire oublier les récentes activités d’espionnage dans le monde occidental: les suspicions d’interférence russe dans les processus démocratiques occidentaux, les campagnes de désinformation, les tentatives d’intimidation d’opposants politiques en Europe, etc.", écrit la Sûreté.
  • La mutation des extrémismes de gauche et droite. La Sûreté de l’Etat décrit une extrême droite en évolution profonde, notant la "réapparition" d’anciennes formes comme "le nazisme radical ou la culture skinhead", d’une manière plus discrète aujourd’hui. Plusieurs groupuscules néonazis sont dans le viseur. Il est noté aussi l’émergence d’une "extrême droite en col blanc" comme Schild en Vrienden, considéré en Belgique comme "l’expression la plus réussie du mouvement identitaire et ce phénomne mérite notre attention". La Sûreté s’inquiète aussi d’une "tendance à l’armement" dans ces groupes, dans l’objectif d’une confrontation avec l’islam qu’ils jugent inévitable. À l’extrême gauche violente, seuls "une centaine de militants et sympathisants" sont comptabilisés.
  • L’écueil de la radicalisation dans les prisons. Le problème, "d’ampleur considérable", est connu, la Sûreté s’en inquiète et craint une nouvelle vague d’extrémisme en Belgique du fait "des élans récidivistes des détenus condamnés pour terrorisme". Des task forces locales sont implantées pour surveiller les ultra-radicalisés qui ont purgé leur peine et sont en liberté. Avec la création d’une "cellule prisons" en août 2015, le nombre de rapports annuels sur les détenus radicaux a progressé de 45 à 598, montrant l’importance que ce sujet requiert aux yeux du Renseignement.
  • La menace djihadiste actuelle. Trente mois après les attentats de Bruxelles, "la menace ne s’est pas réduite", a estimé l’administrateur général de la Sûreté, Jaak Raes, en conférence de presse. On estime à 400 le nombre de Belges partis combattre au Proche-Orient. 130 sont revenus au pays, 150 se trouveraient toujours dans la région.
  • Le danger de l’enseignement islamiste. La Sûreté a pu observer une "offensive de certains réseaux salafistes internationaux sur l’enseignement", via des écoles ou même l’enseignement à domicile. 20% des parents d’élèves inscrits en enseignement à domicile sont liés à des groupes extrémistes. "La menace potentielle (…) est à prendre au sérieux au vu de la fragilité et de la sensibilité du public cible", écrit le rapport.

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