La Sûreté de l'État va augmenter ses effectifs de 75% en trois ans

L'administrateur général Jaak Raes (à gauche) et le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne ont dévoilé, ce jeudi, leurs ambitions pour la Sûreté de l'État. ©BELGA

Face à la "triple menace" du radicalisme, de l'ingérence étrangère et de l'espionnage économique, le gouvernement a validé une revalorisation inédite de la Sûreté de l'État.

Le Père Noël est passé par un temps caniculaire, cette année pour le petit monde du renseignement belge. Ce jeudi, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld) et l'administrateur général Jaak Raes ont présenté le plan de personnel 2021-2024 de la Sûreté de l'État et annoncé une vague de recrutement tout à fait inédite. Ce plan prévoit l'embauche de plus de 400 personnes en trois ans, passant ainsi de 583 collaborateurs à plus de 1.000, soit une augmentation de 75%. Le système informatique de la Sûreté sera également renforcé, à raison de 7,5 millions d'euros supplémentaires investis chaque année.

1.000
collaborateurs
Alors que la Sûreté de l'État emploie aujourd'hui 583 collaborateurs, elle compte en avoir plus de 1.000 d'ici 2024.

En 2021, la Sûreté prévoit de ce fait l'embauche de 56 personnels de soutien ou "data officers" capables de repérer et traiter l'information, de 60 enquêteurs et 16 analystes. Parmi les candidats à ces postes, on retrouve des licenciés, des titulaires d'un master, des criminologues, historiens, géographes... L'embauche se fera après une formation de quatre mois et un stage (rémunéré) de deux ans. Par contre, et c'est le cas pour toute la fonction publique, la Sûreté a tous les soucis du monde pour recruter des profils IT. Les arguments du public sont moins sonnants et trébuchants que dans le privé, à un certain niveau de compétence...

Enfin, un système d'officiers de liaison va être mis en place, avec deux premiers tests, à Washington et La Haye. Objectif: raffermir les liens avec les puissances étrangères et augmenter la masse d'informations circulant de l'étranger vers la Belgique. "Ce n'est pas un signe de méfiance envers les Américains, dont on n'a pas à se plaindre de nos relations", précise Jaak Raes. Si le succès est au rendez-vous, d'autres officiers de liaison seront nommés.

Triple menace

Cet investissement lourd mais non chiffré - "aucun de nos confrères dans le monde ne parlent de chiffres en public" se défend Jaak Raes - est réalisé pour répondre à une triple menace, a résumé Vincent Van Quickenborne, pour qui "ce plan est ambitieux".

La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme, d'abord. Alors que les faits de terrorisme sont en recul depuis des années, "nous avons constaté au niveau mondial une augmentation de la menace venant des extrémistes de droite", relève le ministre, tandis que Jürgen Conings est toujours en vadrouille.

"Le mélange de géopolitique, d'économie et de politique étrangère fait du travail de renseignement un véritable métier en soi."
Vincent Van Quickenborne
Ministre de la Justice (Open Vld)

L'ingérence étrangère vient ensuite. "Le mélange de géopolitique, d'économie et de politique étrangère fait du travail de renseignement un véritable métier en soi", résume Vincent Van Quickenborne. Qui prend l'exemple de l'affaire de la Grande Mosquée de Bruxelles, "qui montre que des puissances étrangères ont cherché à influencer nos citoyens". Fin 2020, la reconnaissance avait été refusée à cette mosquée sur base d'un rapport cinglant de la Sûreté de l'État établissant les liens entre le président de la Grande Mosquée et le pouvoir marocain.

La question Alibaba

Dernière cible prioritaire de la Sûreté, les menaces d'espionnage contre les secteurs économiques et stratégiques belges. Il y a un mois, Vincent Van Quickenborne avait défrayé la chronique en indiquant, dans une réponse à une question parlementaire, que la Sûreté de l'État enquêtait sur le fait que l'entreprise chinoise Alibaba, présente à Liege Airport, pourrait être poussée par une loi chinoise à ouvrir les zones sensibles de l'aéroport à des agents du renseignement chinois.

"Nous allons bien suivre ce qui se passe à Liège et on refera un rapport si besoin."
Jaak Raes
Administrateur général de la Sûreté de l'État

"Il y avait un risque d'ingérence et d'espionnage, on était obligés de le mettre sur la table des décideurs politiques. Nous allons bien suivre ce qui se passe à Liège et on refera un rapport si besoin", a répondu Jaak Raes, alors que le ministère précise ne pas avoir constaté la présence d'espions volant des secrets belges chez Alibaba et être en lien étroit avec Jean-Luc Crucke, le ministre libéral wallon rattaché à l'aéroport. Ce dernier s'était ému dans la presse des déclarations de Vincent Van Quickenborne.

De manière générale, la Sûreté et le ministre appellent à la vigilance le monde de l'entreprise. "Il faut être attentif à l'espionnage économique et nous signaler les problèmes", résume Vincent Van Quickenborne. Des contacts ont ainsi été établis à cette fin avec des instituts de recherche, des universités et des entreprises privées susceptibles d'attirer l'espionnage économique.

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