La triade pour éviter un reconfinement généralisé

Le professeur Gala (centre) assure que des mesures plus ciblées peuvent être prises, à condition d'améliorer les dépistages et le suivi des contacts. ©DOC

Prendre des mesures extrêmement ciblées et éviter un nouveau confinement général: c'est possible! Pour ce faire, trois conditions doivent cependant impérativement être remplies, martèle le professeur Gala.

Après un début d'été encourageant, l'épidémie de coronavirus connaît un rebond sur notre territoire. Si la majorité des nouveaux cas ont été constatés à Anvers, plus de 200 communes n'en ont pas répertorié un seul au cours des sept derniers jours étudiés. Malgré ces disparités géographiques, des mesures drastiques, applicables à l'ensemble de la population, ont été prises. De quoi nourrir un sentiment d'injustice chez certains...

Football panique

Pour le professeur Jean-Luc Gala (UCLouvain), spécialiste des maladies infectieuses, on assiste un peu à du "football panique" dans le chef des autorités. Confrontées à des chiffres en hausse constante, elles ont sorti l'artillerie lourde. "En fait, la bulle des cinq est une mesure très stricte, malheureusement généralisée, qui vise à reconscientiser la population, et éviter la poursuite des transmissions."

Bien qu'elle ne soit pas dénuée de sens, cette stratégie globale n'est pas la seule possible. "Le problème n'est pas disséminé sur l'ensemble de la Belgique, mais bien dans des zones particulières. On les connait et on pourrait donc avoir une approche chirurgicale", assure celui qui est également chef de clinique à Saint Luc. Autrement dit, il devrait être envisageable de procéder à des confinements "localisés ou très localisés".

"Le problème n'est pas disséminé sur l'ensemble de la Belgique, mais bien dans des zones particulières. On pourrait donc avoir une approche chirurgicale."
Jean-Luc Gala
Spécialiste des maladies infectieuses

Pour agir de la sorte, il faut toutefois disposer de certaines armes. Un contact tracing efficace, des dépistages massifs et le respect du port du masque constituent la triade indispensable pour lutter contre la pandémie selon notre interlocuteur.

Comme les autorités ne disposent pour l'heure pas de trois "piliers" solides, elles craignent de passer à côté de foyers épidémiques et prennent donc des mesures généralisées, explique-t-il.

Jean-Luc Gala en est convaincu, il n'y a pas de fatalité. L'extension de l'obligation du port du masque a constitué une avancée importante et il doit être possible de progresser rapidement sur le tracing et le dépistage.

Contact tracing

Mis en oeuvre par les Régions, le dispositif actuel de suivi des contacts, qui s'appuie sur des call-centers et les mutualités, n'est ni assez rapide, ni assez précis. "Trop lourd", il est aussi privé d'une application mobile, pourtant nécessaire, selon le professeur louvaniste.

"Il faudra bien expliquer aux gens l'interêt du tracing digital, comment il fonctionne et en quoi il n'affectera pas leur vie privée et la protection de leurs données personnelles."
Jean-Luc Gala

"Il y a des groupes de travail qui planchent activement là-dessus. Toute une série de paramétrages doit encore être réalisée. Techniquement, c'est possible, mais ça reste complexe dans la description et la finalisation", commente-t-il.

Au-delà de cette question et de la fixation d'un cadre juridique, l'adhésion de la population au tracing digital sera indispensable. "Il faudra bien expliquer aux gens l'intérêt de la mesure, comment elle fonctionne et en quoi elle n'affectera pas leur vie privée et la protection de leurs données personnelles", assène-t-il. Sans cela, aucune chance de réussite.

Et les tests dans tout ça?

Les tests ne sont pas assez nombreux, tous les experts s'accordent sur ce point. "Le ministre Philippe De Backer affirme qu'on peut monter à 30, voire à 40.000 tests par jour. C'est bien de le dire, mais maintenant, il faut le faire", déclare Jean-Luc Gala.

Au passage, il rappelle qu'il a proposé depuis plusieurs mois aux autorités la mise en place d'une unité de testing mobile pour intervenir rapidement là où des clusters seraient identifiés. "Un véhicule de la protection civile est déjà équipé et beaucoup de jeunes scientifiques ne demanderaient pas mieux que de prêter main-forte."

La stratégie alternative et ses prérequis semblent connus, reste à voir si les autorités s'en saisiront.

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