La troisième carrière politique de Frank Vandenbroucke

Frank Vandenbroucke revient à la politique qu'il avait quittée il y a près de dix ans. ©Danny Gys

Le socialiste flamand Frank Vandenbroucke a, deux fois déjà, fait ses adieux à la politique. Son parti, le sp.a, a été le rechercher pour gérer le très délicat dossier de la Santé.

Dans un style très personnel, Conner Rousseau, président du sp.a, lançait mercredi soir "He's back, bitches" pour annoncer le retour en politique du vétéran Frank Vandenbroucke, 65 ans le 21 octobre prochain. Peu avant, le jeune boss des socialistes flamands avait parlé d'une "bombe". Certains avaient alors pensé à l'arrivée de Marc Van Ranst, le virologue anti-N-VA, pour succéder à Maggie De Block (Open Vld). Mais celui qui prend finalement en charge le poste de Vice-premier et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique est quand même plus classique, même si on ne pensait plus le revoir à un tel poste.

Frank Vandenbroucke est entré dans l'histoire belge pour avoir voulu brûler 5 millions de francs belges découverts dans un coffre lorsqu'il a pris la présidence de son parti, qui s'appelait encore le SP. C'était en 1995 (Conner Rousseau avait 3 ans...). Cet argent, qui n'avait finalement pas disparu dans les flammes, faisait partie, pense-t-on encore sans certitude aujourd'hui, des 51 millions de pots-de-vin liés à l'affaire Agusta. Mais ce serait dommage de résumer la carrière de ce natif de Louvain avec ce seul élément.

Vandenbroucke a étudié l'Economie à Louvain. On l'a longtemps connu comme parlementaire et comme ministre. Il s'est aussi retiré deux fois de la politique.

Plusieurs fois ministre

Sa carrière politique débute au département d'études du parti socialiste. Il est élu député entre 1985 et 1996. Et président du SP entre 1989 et 1994. En octobre 1994, il devient ministre des Affaires étrangères à la place de Willy Claes, promu secrétaire général de l'Otan. En mars 1995, il est balayé par l'affaire Agusta et démissionne après la révélation de son intention de brûler l'argent trouvé. En 1996, il quitte la Chambre et la politique pour la première fois et passe alors deux ans à Oxford pour développer la notion d'Etat social actif.

Retour aux affaires belges en 1999. Bon score électoral et une place dans le gouvernement arc-en-ciel de Verhofstadt, aux Affaires sociales et aux Pensions. On l'aura alors vu se fritter avec les associations de médecins. Mais l'opinion publique lui saura gré d'avoir réussi à assainir les finances des soins de santé. Avec Verhofstadt II, il passe à l'Emploi et s'accroche souvent avec la PS Laurette Onkelinx, autour du contrôle des chômeurs et des chèques-services.

Second départ

En 2004, Vandenbroucke part à la Région flamande, où il devient vice-ministre-président, en charge de l'Emploi et de l'Enseignement. Ses réformes sont alors souvent difficiles à avaler par le secteur. Il n'est ensuite pas retenu dans le gouvernement Peeters II en 2009.

En 2010, il devient sénateur mais quitte à nouveau la politique un an plus tard. Il a depuis lors officié en tant que président du comité national des pensions (l'organe d'avis et de concertation dans le cadre de la réforme des pensions), et s'est aussi investi dans sa carrière académique (KUL, UAntwerp et université d'Amsterdam).

Un fin connaisseur

Aujourd'hui, le revoilà aux commandes de matières qu'il connaît bien. Son dynamisme et sa maîtrise des dossiers ont toujours été appréciés, ce qui explique que Conner Rousseau, de 37 ans son cadet, fasse appel à lui.

Depuis son départ, le monde politique a pas mal changé, de style notamment. Or, son côté un peu pédant de professeur a souvent été raillé. Mais le délicat portefeuille de la Santé a besoin de mains assurément expérimentées et rigoureuses pour gérer la crise du coronavirus et l'avenir du secteur.

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